Céline Poulin et Jocelyn Fleury, copropriétaires du salon de coiffure L'Inter-Coupe de la rue des Érables à Québec, font partie de la catégorie d'entrepreneurs qui cherchent de la relève afin de pouvoir lâcher prise un jour.

Où se cache la relève?

Occasionnellement, les propriétaires d'entreprise se font taper sur les doigts parce qu'ils ne prennent pas le temps de préparer leur succession.
Et quand sonne le moment de la retraite - ou encore que la maladie se pointe le bout du nez -, il n'y a plus personne pour prendre les commandes de l'entreprise. Cette dernière est alors contrainte bien souvent de fermer ses portes, surtout si les enfants du propriétaire ne sont pas intéressés à le suivre dans ses traces.
Une étude réalisée en 2010 par la Fondation de l'entrepreneurship pour le compte de la Conférence régionale des élus de la Capitale-Nationale révélait que sur 11 000 entrepreneurs de 55 ans et plus, un peu plus de 6000 d'entre eux n'avaient aucun plan de retrait concernant la direction de leur entreprise.
Pour ceux ayant déjà une planification, on en dénombrait plus de 2000 qui n'avaient qu'une planification informelle.
«Passer le flambeau de son entreprise, c'est un acte émotif», décrit Francis Nadeau, coordonnateur au Centre de transfert d'entreprises de la Capitale-Nationale. «Pour un entrepreneur, c'est un peu comme s'il abandonnait son bébé. Il a la difficulté à lâcher prise.»
À l'aide!
Propriétaires du salon de coiffure L'Inter-Coupe sur la rue des Érables dans le quartier Montcalm à Québec, Céline Poulin et Jocelyn Fleury font partie de la catégorie d'entrepreneurs qui veulent lâcher prise.
Même s'ils n'ont pas l'intention de ranger leurs ciseaux, leur peigne et leur séchoir à court terme, les coiffeurs - tous deux dans la mi-cinquantaine - veulent ralentir le rythme et préparer sereinement la transmission de leur entreprise à des plus jeunes.
«La retraite, ce n'est pas pour tout de suite. Nous nous accordons encore 10 à 12 ans, mais il faut commencer à prévoir notre retrait de la vie active. On ne va quand même pas continuer à coiffer les clients jusqu'à l'âge de 90 ans!» explique Jocelyn Fleury.
«On aimerait, par contre, commencer à diminuer un peu nos heures de travail. De passer graduellement d'une semaine de travail de cinq à trois jours», ajoute Céline Poulin.
Or, les repreneurs ne cognent pas à la porte de L'Inter-Coupe.
Non seulement la relève est pratiquement inexistante dans l'industrie de la coiffure, mais Céline Poulin et Jocelyn Fleury n'ont plus d'employés.
«Jusqu'à tout récemment, nous en avions trois. Tour à tour, elles nous ont quittés», témoigne Jocelyn Fleury.
Dans leur salon, les propriétaires «hébergent» deux coiffeuses indépendantes qui louent chacune une chaise. Elles achètent leurs produits coiffants et elles possèdent leur propre clientèle.
Formant un couple dans la vie, Céline Poulin et Jocelyn Fleury avouent au Soleil qu'ils ont besoin d'aide plus que jamais pour servir leurs 400 clients réguliers.
«Ça fait 40 ans que nous travaillons et nous n'avons plus 20 ans», raconte Mme Poulin. «Des journées de travail de 12 heures, nous n'en faisons plus. Nous sommes prêts à laisser tranquillement notre clientèle.»
Au moment où ils pouvaient compter sur des employés dignes de confiance, les coiffeurs-propriétaires avaient commencé à lever le pied de l'accélérateur. À tour de rôle, ils s'accordaient un samedi de congé.
Jusqu'au moment du départ de leur dernière employée, ils pensaient être en mesure de s'évader, ensemble, tous les samedis durant la saison estivale. «Il faut maintenant faire une croix là-dessus», confie Jocelyn Fleury.
Ah! les jeunes...
De la relève, les propriétaires de L'Inter-Coupe en cherchent partout. Sur les sites spécialisés d'emploi, sur les réseaux sociaux.
Les rares candidats ne font pas toujours l'affaire.
Sans être rabat-joie, Céline Poulin et Jocelyn Fleury déplorent l'attitude d'une bonne partie de la jeune génération de coiffeurs qui refuse d'apprendre le métier en commençant par le bas de l'échelle et qui s'exprime de façon peu convenable avec la clientèle.
«Quand j'entends une jeune dire à une cliente : "Viens t'assireau lavabo", c'est bien simple, les oreilles m'écorchent», commente Céline Poulin.
Directrice du Centre de formation professionnelle de Lévis à la commission scolaire des Navigateurs, Rachel Bégin comprend la situation du couple de coiffeurs de Québec.
«Ils ont travaillé fort pour bâtir leur clientèle et ils tiennent à ce qu'il reste quelque chose de ce qu'ils ont accompli une fois qu'ils auront tiré leur révérence.»
Mme Bégin estime que l'entrepreneuriat fait peur aux jeunes. Ils sont hésitants à prendre des risques et à investir.
«Il faut se demander si nous avons réussi à développer suffisamment le goût du risque auprès de la jeune génération. En coiffure, il y a des élèves qui décrochent quand ils apprennent qu'ils devront travailler le vendredi soir et le samedi. La situation, dans ce secteur comme dans bien d'autres, est vraiment difficile pour les employeurs. Les jeunes, eux, ont l'embarras du choix lorsqu'ils sortent de l'école.»
Si ça ne marche pas ici, ça fera l'affaire ailleurs...