Alain Lefèvre, dont le mandat d'artiste associé à l'Orchestre symphonique de Québec prendra fin sous peu, et le chef Stéphane Laforest (à droite) croient tous deux que des changements sont nécessaires pour regarnir les salles de concert.

OSQ: sans jeunesse, point de salut

«Si on crée une génération qui croira que Jessica Simpson et Miley Cyrus sont les nouveaux Mozart, il faudra ensuite vivre avec», lance le pianiste Alain Lefèvre, qui terminera son mandat d'artiste associé à l'Orchestre symphonique de Québec par un concert hors série avec 135 jeunes, sous la direction du chef Stéphane Laforest. Mais juste avant, le duo fera honneur aux compositeurs nordiques.
Dans la foulée de compressions des gouvernements québécois et canadien, Alain Lefèvre se fait militant. «Tout a changé. La volonté des décideurs de faire en sorte que la musique classique soit présente a beaucoup diminué. Ils pensent que l'art ne participe pas à l'économie, alors que le Québec est devenu fort parce que la culture était présente et à la portée de tous», déplore le musicien, qui a rencontré 800 000 enfants à travers le monde depuis 30 ans, et qui se désole parfois de l'évolution des questions qui lui sont adressées. Plutôt que de se faire demander dans quelles villes il a joué, «on me demande si j'ai un hélicoptère comme Céline Dion»...
Le pianiste ne perd toutefois pas courage, et entreprendra une tournée des écoles d'Abitibi-Témiscamingue après un séjour de trois semaines en Norvège. «Je le fais parce que ma terre, c'est le Québec, malgré mon accent, et parce qu'on a un devoir moral», explique celui qui est convaincu que sans changement radical, le milieu de la musique classique ne se relèvera pas.
«Pour les gens qui ont pris pour acquis que leur art serait financé et qui vivent sur les demandes de bourses - ce que je n'ai jamais eu, ni du provincial, ni du fédéral, tout ce que j'ai eu, c'est un coup de pied dans le cul -, le réveil va être difficile», prévient celui qui croit que le talent peut s'accompagner de succès de billetterie. «Un critique de musique classique aura tendance à poignarder un artiste qui a du succès public. C'est d'une tristesse inouïe. On n'a pas à avoir l'air d'une bibitte à poils qui souffre sur scène, c'est de la marde. Et ça, personne n'ose le dire.»
Le chef Stéphane Laforest croit également que des changements sont nécessaires pour regarnir les salles de concert, mais tempère les propos de son collègue. «Je crois qu'on a aussi une faute, nous, les artistes. On a joué les big stars pendant longtemps.» Il se félicite que des artistes comme Lefèvre, Marc Hervieux, Nathalie Choquette ou Gino Quilico soient allés vers le public, et juge qu'il est temps que les spectateurs puissent applaudir entre les mouvements et que le chef parle au public lors des concerts, ce qu'il s'efforce lui-même de faire.
Le chef prône une culture accessible et riche, prenant en exemple la cérémonie de fermeture des Jeux olympiques de Sotchi, où il y avait du Tchaïkovski, du Rachmaninov, du cirque, du théâtre et du ballet. «Montrer les racines culturelles d'un pays à un rassemblement sportif mondial, ça, c'est de la culture», soulève Laforest.
Accents nordiques et politiques
Des pièces russes font justement partie du programme du concert aux accents nordiques qui sera donné mercredi soir par l'OSQ. Le coeur du programme sera le Concerto no 1 de Rachmoninov, une oeuvre de jeunesse portée par un élan romantique, mais ayant une partition rehaussée de nombreuses difficultés techniques pour le pianiste soliste. En première partie, on entendra également le Mouvement symphonique II du Québécois Roger Matton, qui fait la part belle aux violoncelles.
«Sibelius [dont sera joué le poème patriotique Finlandia] utilise des thèmes folkloriques de la Finlande et Tchaïkovski des thèmes folkloriques de l'Ukraine», explique Laforest. «Ces compositeurs-là étaient des nationalistes, qui écrivaient avec des thèmes du peuple, dans des formes symphoniques extrêmement rigides.»
Lefèvre joue Rachmaninovsera présenté mercredi à 20h à la salle Louis-Fréchettedu Grand Théâtre et repris en programme condensé jeudi à 10h30.
La relève sur scène
Vendredi, un concert tout particulier permettra à 135 jeunes du programme musique-études de l'école secondaire de la Seigneurie, à Beauport, de jouer aux côtés de l'orchestre. «Pour une école secondaire, ils sont extraordinaires, mais le but était de leur montrer ce que c'est de travailler dans un contexte professionnel», indique le chef Stéphane Laforest. «Vendredi après-midi, il y avait tempête, et pourtant j'avais la centaine de jeunes devant moi et on aurait pu entendre une mouche voler.»
Les élèves ont été jumelés à des musiciens professionnels à chaque pupitre, pour qu'ils puissent tirer le maximum de l'expérience. Des oeuvres de Beethoven, Rachmaninov, Chostakovitch, Elgar, Saint-Saëns et John Williams sont au programme d'Alain Lefèvre et la relève, à 20h à la salle Louis-Fréchette.