Fabien Gabel a dirigé avec énergie, en plus d'afficher de véritables poses de torero.

OSQ: la touche qui fait la différence

Le concert de l'Orchestre symphonique de Québec était placé mercredi soir sous le signe de la danse, de l'Espagne, de l'esthétique impressionniste et... de l'hiver québécois!
La salle Louis-Fréchette était bien remplie. La tempête qui menaçait n'a pas du tout effrayé les mélomanes. Hors de question de se priver du Boléro de Ravel ni de rater l'occasion de découvrir Bertrand Chamayou, un musicien annoncé comme le «nouveau prince français du piano».
Il est vrai que celui qui effectuait ses débuts à l'OSQ a conquis plusieurs titres. Aux Victoires de la musique classique, en 2011, on l'a couronné «soliste instrumental de l'année». L'année suivante, son intégrale des Années de pèlerinage de Liszt a été proclamée «enregistrement de l'année».
Bertrand Chamayou est né à Toulouse, et donc tout près de l'Espagne, en 1981. Ses origines le prédisposent-elles plus qu'un autre à la musique de Manuel de Falla? Apparemment si. Le pianiste s'est glissé tout doucement au coeur des Nuits dans les jardins d'Espagne. On dirait que l'instrument y joue le même rôle que le clair-obscur en peinture. Il occupe discrètement le premier plan sans pour autant passer au second. Il apporte la touche de lumière finale, celle qui fait la différence. Chamayou la dépose avec goût, dans un mouvement aussi vif que souple. Superbe interprétation!
On ne peut pas dire que le public de Québec soit bien familier avec la musique de Falla. Reste qu'elle se déploie sur un incroyable horizon expressif. On peut naturellement l'associer à celle de Ravel, mais parfois, elle fait davantage penser à celle de Richard Strauss ou de Stravinski.
Fabien Gabel dirige la suite du Tricorne avec énergie, mais surtout avec économie, sans tomber dans l'effet, même si, à l'occasion, il affiche de véritables poses de torero. L'OSQ découpe bien les sons, c'est propre et c'est net, et puis ça se réchauffe et ça se corse jusqu'au feu d'artifice final.
Ravel occupe toute la seconde partie du programme. On attaque avec Alborada del gracioso. L'exécution a du ressort, de la transparence et on y trouve des coups de langue en abondance. Suit la Rapsodie et ses cordes envoûtantes et, enfin, le Boléro et son implacable ascension dynamique, si totalement prévisible, et pourtant toujours aussi enivrante.
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ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE QUÉBEC. Direction : Fabien Gabel,chef d'orchestre. Soliste : Bertrand Chamayou. M. de Falla : Le Tricorne, suite n°2; Nuits dans les jardins d'Espagne. M. Ravel : Alborada del gracioso, Rapsodie espagnole, Boléro. Hier soir à la salle Raoul-Jobin.Présenté de nouveau au même endroit, aujourd'hui à 10h30, et à la Maison symphonique de Montréal, dimancheà 14h30. Diffusé le 18 mars à 20h surles ondes d'Espace Musique, ainsi que sur le Web à www.espace.mu.