Alfonso Cuarón a repoussé les frontières techniques et artistiques avec son film Gravité.

Oscars: Alfonso Cuarón en orbite

Alfonso Cuarón a réussi un tour de force cinématographique avec Gravité. Mais il a surtout rallié la critique ET le public. Ce qui ne passe pas inaperçu auprès des membres de l'Académie. Le réalisateur mexicain ne redescendra pas de la stratosphère dans laquelle il flotte depuis la sortie du film. Malgré la qualité relevée des mises en nomination, il va repartir avec le trophée du meilleur réalisateur à cette 86e soirée des Oscars.
Mieux vaut tard que jamais : depuis sa nomination au meilleur scénario pour Et ta mère aussi (2001), l'homme de 52 ans n'avait jamais obtenu la reconnaissance de l'Académie pour la réalisation, même s'il a démontré qu'aucun genre ne le rebutait. Il gagnera donc à sa première tentative, la conclusion logique à la saison des prix après ses victoires aux Golden Globe, aux BAFTA et, plus important encore, à la Guilde des réalisateurs.
Difficile de passer à côté : Cuarón a repoussé les frontières techniques et artistiques avec son film. Son plan-séquence d'ouverture, une vertigineuse prouesse de 17 minutes, fait déjà partie de l'histoire du cinéma. Il démontre toute la virtuosité du réalisateur, un véritable artiste de la caméra, mais aussi comment il arrive à nous river à notre siège - ça n'a rien à voir avec la force gravitationnelle - malgré un scénario somme toute assez mince : une ingénieure doit tenter de regagner la Terre après qu'un accident ait rendu sa navette spatiale inopérante.
Il a aussi démontré l'étendue de son talent. Il a coécrit, comonté, coproduit et pratiquement inventé la technologie nécessaire à traduire sa vision artistique.
Ce qui n'enlève rien au talent de Steve McQueen - dont Esclave pendant 12 ans gagnera, ce n'est pas rien, le prix du meilleur film. Mais comme l'an passé, il n'y aura pas de double palme. La nature de sa réalisation est plus exigeante, ce qui a tendance à rebuter les votants (et qui explique l'absence déplorable de Spike Jonze, des Coen et, dans une moindre mesure, de Richard Linklater, dans cette catégorie).
Depuis une dizaine d'années, McQueen est l'un des meilleurs réalisateurs qui soient. Sa façon éloquente de filmer et sa créativité, sa direction d'acteurs rigoureuse ainsi que son humanité font de ses films de vrais moments de cinéma. Ce n'est tout simplement pas une bonne année pour défier la gravité.
Alexander Payne devra, lui aussi, s'en faire une raison : il fera encore chou blanc à sa troisième nomination dans cette catégorie, après Les descendants (2011) et Sideways (2003), pour lesquels il a gagné l'Oscar du meilleur scénario! Nebraska est un autre film sans compromis - tourné en noir et blanc, c'est dire. Le réalisateur signe un film splendide et humain sur les illusions perdues en Amérique, qui s'attarde surtout, avec beaucoup de tendresse, à illustrer l'amour inconditionnel d'un fils pour son père imparfait. Mais il est tout sauf hollywoodien.
C'est plutôt le contraire pour Arnaque américaine : il a une histoire, des vedettes et une fin heureuse (en quelque sorte). Quoique le long métrage de David O. Russell est surtout scorsesien dans ses thèmes et sa forme. C'est la troisième nomination de suite pour le réalisateur de 55 ans, après Le bon côté des choses (2012) et Le coup de grâce (2010). Son talent évident et sa créativité ne suffiront pas : son film n'est pas de taille (dans la perspective des Oscars).
Parlant de Scorsese, il est de retour dans sa catégorie fétiche, où il est nommé pour une huitième fois (!), mais il n'y arrivera pas cette fois. Parce que le réalisateur de 71 ans a - enfin - gagné en 2006 avec Agents troubles, ce qui réparait une grave injustice. Et surtout parce que Le loup de Wall Street est entouré d'une aura sulfureuse - de la corruption! de la drogue!! du sexe!!! - et que les votants se tiennent à distance des oeuvres controversées. À dire vrai, la réalisation a beau être d'une maestria époustouflante sur le plan technique, le film souffre de ses répétitions et de son aspect involontairement caricatural.
Meilleur réalisateur
- Alfonso Cuarón (Gravité)
- Steve McQueen (Esclave pendant 12 ans/12 Years a Slave)
- Alexander Payne (Nebraska)
- David O. Russell (Arnaque américaine/American Hustle)
- Martin Scorsese (Le loup de Wall Street/The Wolf of Wall Street)
Ma prédiction: Alfonso Cuarón
Mon choix: Alfonso Cuarón
Le gagnant de l'an dernier: Ang Lee (L'histoire de Pi)