Au total, 33 personnes, pour la plupart des membres en règle du chapitre de Québec, sont visées par des mandats d'arrestation.
Au total, 33 personnes, pour la plupart des membres en règle du chapitre de Québec, sont visées par des mandats d'arrestation.

Opération SharQc: la descente aux enfers

Matthieu Boivin
Le Soleil
Les Hells Angels ne seront peut-être jamais éliminés de la carte du Québec, mais mercredi, les différentes forces policières ont donné tout un jab à cette organisation criminelle, qui a dû se résigner à se coucher pour le compte final de 10.
Descente chez les Hells à Charny
La Sûreté du Québec (SQ), la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et une vingtaine de corps de police du Québec ont réalisé une importante frappe contre cette organisation. Bien plus marquante que celle de Printemps 2001, qui avait permis l'arrestation de 122 membres et sympathisants des Hells Angels.
À l'aube, quelque 1200 policiers se sont activés partout au Québec afin d'arrêter 156 personnes, dont 111 membres en règle des Hells Angels, mais aussi 29 relations, cinq prospects et même 11 retraités des Anges de l'enfer, dans le cadre de l'opération SharQc. Au moment de mettre sous presse, une trentaine de ces individus étaient toujours recherchés par les policiers.
L'organisation criminelle a été très malmenée, car elle possédait mercredi 113 membres en règle au Québec. Deux seuls Hells ont donc résisté à cette frappe. Signe de la puissance de cette intervention, quelques arrestations ont aussi été effectuées en République dominicaine, où les Hells de Trois-Riviè­res ont ouvert un chapitre, et une arrestation a eu lieu en France.
Accusations
Ces individus seront notamment accusés de complot pour meurtre sur des Bandidos et des Rock Machine, d'homicide, de gangstéris­me, de trafic de drogues et d'autres crimes graves contre la personne. Cette opération a permis de résoudre 22 meurtres, dont plusieurs sont survenus durant la guerre des motards. Les accusations déposées contre tous ces suspects touchent à des incidents qui se sont déroulés entre 1992 et 2009.
Près de 180 perquisitions ont ainsi été menées aux quatre coins de la province. Des armes, des stupéfiants, des documents, des sommes d'argent, des motos et des logos des Hells Angels ont été saisis.
Les policiers ont aussi obtenu une ordonnance de blocage sur les repaires des Hells de Charny, de Trois-Rivières, de Sherbrooke et de Longueuil. Même le terrain du repaire des Hells de Sorel, qui a brûlé, est visé par l'ordonnance.
Tous les moyens ont été utilisés dans le cadre de cette enquête, qui a duré plus de trois ans. L'écoute électronique, la filature et même des confessions de délateurs ont permis de faire progresser cette opération. Les enquêteurs ont aussi fouillé dans des anciens dossiers de meurtre, afin de recouper de l'information obtenue dans le cadre de l'enquête.
Dans la grande région de Québec, plus de 30 perquisitions ont été réalisées par l'escouade régionale mixte, notamment au nouveau repaire de Charny, à Saint-Nicolas, à Duberger, à Lévis, à Val-Bélair et à L'Ange-Gardien. Au total, 37 personnes, pour la plupart des membres en règle du chapitre de Québec, ont été arrêtées. Les mandats d'arrestation visent tous les membres en règle du chapitre de Québec.
Parmi les têtes d'affiche du chapitre de Québec, on retrouve le guerrier «Ti-Claude» Morin, l'ancien chef du chapitre Marc «Tom» Pelletier et un des membres fondateurs, René «Will» Pearson. Ce dernier a d'ailleurs eu tout un comité d'accueil mercredi matin, au repaire des Hells de Charny, où l'équipe d'intervention tactique de la SQ l'a mis sous arrêt.
Même s'il fait partie du chapitre de Sherbrooke, l'ancien trompettiste de l'Orchestre symphonique de Québec Claude Berger a été coffré par les policiers, mercredi, à sa résidence de la capitale. Ces quatre individus font notamment face à des accusations de complot pour meurtre et ils auraient tous été impliqués dans les homicides de quatre personnes survenus dans la grande région de Québec et en Beauce, en 1999 et en 2000.
Sur ces 37 personnes liées au chapitre de Québec, 4 ont été mises en état d'arrestation dans des pénitenciers fédéraux et quatre au Nouveau-Brunswick. Quatre membres en règle du chapitre de Québec étaient toujours recherchés, en fin d'après-midi hier. Il s'agissait de Yannick Gauthier, Jean-Judes Faucher - deux anciens Rock Machine convertis en Hells -, Pierre Hamilton et Marco Bordage.
Repaires saisis
Toutes les personnes appréhendées dans la région de Québec ont été amenées en premier lieu au quartier général de la SQ, sur Pierre-Bertrand, avant de prendre la direction du parc Victoria. Elles ont comparu, en fin d'après-midi, au moyen de la vidéoconférence au Centre judiciaire Gouin de Montréal. Elles demeurent détenues.
Au repaire des Hells de Charny, dont la construction n'est pas achevée, les policiers comptent vider l'endroit au cours des prochains jours. Ensuite, des procédures judiciaires seront entreprises pour que tous les repaires des Hells au Québec deviennent la propriété de l'État. Ces procédures s'annoncent très longues. Le déploiement final de l'opération SharQc (pour Stratégie Hells Angels Rayon QuébeC) fait suite à une enquête qui aura duré trois ans.
Cette opération fait très mal aux Hells du Québec, car pour demeurer actif et être reconnu par l'organisation mondiale des Hells Angels, un chapitre doit compter 50 % plus un de membres actifs qui ne sont pas emprisonnés.
Comme pratiquement tous les membres de tous les chapitres viennent d'être arrêtés, il ne serait pas surprenant que les chapitres du Québec deviennent rapidement sous tutelle de l'organisation nationale des Anges de l'enfer ou d'une de ses filiales.
Avec la collaboration de Claude Vaillancourt et de Guy Benjamin