Dix ministères ou organismes du gouvernement québécois étaient représentés à la Foire de l'emploi, en fin de semaine, au Centre de foires d'ExpoCité.

On veut votre talent

Je n'étais jamais allée à une foire de l'emploi, jamais eu besoin. De toute façon, dans mon temps qui n'est pas tellement loin, ça n'existait pas. On regardait dans le journal, c'était même avant Internet. On pouvait aussi aller au bureau de chômage, il y avait des fiches accrochées sur de grands babillards.
On faisait le tour avec un papier et un crayon.
Un papier et un crayon. On dirait des artefacts d'une autre époque, et, pourtant, ça ne fait même pas 20 ans.
Toujours est-il que je suis allée à la Foire de l'emploi samedi, avec un papier et un crayon d'ailleurs. J'ai fait le tour pour voir s'il y aurait du monde. Après Edmonton, Québec est la ville canadienne où il y a le moins de chômeurs. Il y avait toutes sortes de gens, et toutes sortes de compagnies venues les courtiser.
Il y avait aussi notre bon gouvernement québécois, qui avait dépêché une vingtaine de fonctionnaires pour faire du recrutement. Il y avait un slogan en gros sur les panneaux, écrit aussi sur les t-shirts bleus spécialement imprimés pour ce genre d'occasions. «On veut votre talent.»
J'ai cherché, en vain, une petite pancarte qui aurait indiqué «veuillez noter que le Conseil du trésor a décrété un gel d'embauche le 12 décembre. Bonne chance».
Je suis restée là un bon bout de temps pour écornifler. Je trouvais ça curieux, quand même, que le gouvernement fasse autant d'efforts pour recruter du monde, alors qu'il en fait encore plus pour réduire la taille de la fonction publique.
Une fille s'est arrêtée, intriguée par une telle opération séduction. «Il y a des jobs au gouvernement?» qu'elle a demandé, incrédule, à la représentante de la SAAQ. Celle-ci a fait un beau sourire. «Il n'y a rien d'impossible!» L'autre fille lui a renvoyé son sourire, avec un regard qui disait: «me semblait aussi».
Il n'y avait pas un seul kiosque du gouvernement, mais 10 stands pour 10 ministères ou organismes. Chaque fois que quelqu'un voulait poser sa candidature, on le renvoyait au stand du début. C'est que, voyez-vous, que vous vouliez travailler à la CSST, à l'Office québécois de la langue française ou au Centre de services partagés, vous devez participer au même concours de recrutement. Si vous passez le test, on met votre nom sur une liste et on vous appelle si on a un emploi pour vous.
De retour chez moi, je suis allée sur le site du gouvernement pour faire une petite recherche. C'est quand même pratique, Internet, en deux, trois clics, on peut savoir combien d'emplois sont disponibles dans toute la fonction publique au Québec. Vous voulez savoir il y en a combien?
Six.
Des six offres d'emploi, deux visent «à constituer une banque de candidatures» pour d'«éventuels emplois» occasionnels ou réguliers. Autrement dit, on vous invite à vous inscrire sur la liste, au cas où. On cherche aussi des «éventuels» agents de sécurité à 16,50 $ l'heure, des aides sylvicoles à 17,43 $, un - ou une - chef d'équipe électricien et un - ou une - copilote d'avions d'affaires.
Il y a évidemment d'autres emplois disponibles, mais on ne les voit pas sur le Web. Ils sont affichés à l'interne, seront probablement attribués à quelqu'un qui est déjà là, dont le contrat arrive à terme.
C'est justement ce que racontait une des fonctionnaires plantées devant le kiosque. «J'ai commencé à travailler à la réception pour un ministère, j'étais arrivée là pour dépanner. Puis, ils ont eu besoin d'un agent, j'ai appliqué. Comme j'étais sur place et que je connaissais les gens, j'ai eu l'emploi. Moi, c'est ce que je valorise, de commencer par un emploi qui est en dessous de vos objectifs, pour monter ensuite.»
Aide sylvicole, ça peut mener où?
La fonctionnaire a raconté son histoire le plus sérieusement du monde à la fille devant elle qui se cherchait un emploi. Qui avait ce même regard de «me semblait aussi». Me semblait bien que c'est comme ça que ça marche au fond, que le concours ouvert à tous, c'est beau sur papier.
Ceux qui se cherchaient du boulot ont mieux fait d'aller voir ailleurs qu'au gouvernement. Il y avait de tout pour tous, Normandin, l'armée, les compagnies d'assurances, Prévost Car. Il y avait le Massif de Charlevoix, où la fille faisait plus la promotion des forfaits que des emplois. Elle n'avait peut-être pas super le goût de vanter ses conditions de travail, acceptées in extremis il y a trois semaines sous la menace d'un lock-out.
Il y avait les hôtels Jaro, les Fairmont, les ex-employés du Concorde ont dû aller faire leur tour. Il y avait Bell, où le gars vantait le «travail flexible. Tu travailles quand tu veux». Et il y a de l'emploi chez Bell, 506 postes à pourvoir, selon ma petite recherche sur le site Web. Il y avait aussi Vidéotron. En plus, chez Vidéotron, on donnait un petit cadeau à ceux qui s'arrêtaient.
Une rondelle de hockey.
Ironique. En sortant du Centre de foires, on voit le nouveau Colisée sortir de terre. Le bébé de Québecor. Et toujours pas d'équipe à mettre dedans.