On gèle, mais on s'enrichit!

Je ne vous apprends rien, il fait froid depuis le temps des Fêtes. Mais est-ce qu'Hydro-Québec en tirera profit? Est-ce qu'elle versera de plus grands dividendes au gouvernement qui en a bien besoin? Ce n'est pas aussi simple.
Dans les grandes pointes de froid des derniers jours, la société d'État a dû acheter jusqu'à 2000 mégawatts de ses voisins ontariens et américains, de quoi approvisionner 400 000 clients résidentiels. Mais sur l'ensemble de la période du 23 décembre au 4 janvier, elle a été un exportateur net d'électricité, à raison d'une moyenne horaire de 2149 MW. Bref, on a fait de l'argent avec le froid sibérien de la période des Fêtes. Seule déception: les parcs éoliens, dont on espérait tirer jusqu'à 1200 mégawatts, n'en ont produit que 300. Le vent n'était pas au rendez-vous, et l'utilisation des éoliennes est problématique par temps glacial.
Il faudra tout de même attendre à la fin de l'année pour savoir si les revenus de notre or bleu seront plus élevés. Il faudra voir si l'été sera plus chaud que prévu et forcera nos voisins du sud à accroître leur demande pour la climatisation.
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C'est complexe, les questions énergétiques. Il y a cinq ans à peine, Hydro-Québec pouvait toucher jusqu'à 8 à 10 cents le kilowatt/heure pour son électricité sur le marché américain. Aujourd'hui, elle est heureuse lorsque les prix atteignent 4 à 5 cents le kWh.
Comment expliquer une telle baisse? L'exploitation accélérée des gaz de schiste aux États-Unis a fait chuter le prix du gaz naturel, réduisant considérablement les coûts de l'électricité produite par les centrales au gaz.
L'Ontario semblait un marché prometteur il y a quelques années, d'autant plus que les prix de l'électricité y sont beaucoup plus élevés qu'au Québec depuis longtemps, et qu'ils continuent d'augmenter. Le mois dernier, le gouvernement ontarien a fait savoir que la facture d'électricité dans le domaine résidentiel grimpera de 42 % d'ici 2018! La hausse sera de 33 % pour le secteur industriel. N'y a-t-il pas là un marché intéressant pour Hydro-Québec? La société d'État dispose d'une capacité de 2000 mégawatts d'interconnexion avec l'Ontario depuis qu'elle a inauguré un nouveau poste frontalier de 1200 MW, en 2009.
Le problème, c'est que malgré ses coûts de production élevés, l'Ontario est en surplus d'électricité et investit massivement dans l'énergie alternative comme l'éolien et le solaire. La centrale nucléaire de Pickering sera fermée d'ici 2020, mais l'importance de cette industrie en Ontario fait que le gouvernement compte restaurer deux autres centrales nucléaires, Darlington et Bruce. S'il va de l'avant avec ce projet, on ne voit pas le jour où le marché de l'Ontario sera véritablement prometteur. Depuis quelques années, les connexions d'Hydro-Québec avec le réseau ontarien servent presque uniquement à vendre de l'énergie au Midwest américain.
Il est assez surprenant, dans un tel contexte, de voir le gouvernement du Québec continuer à pousser sur l'industrie éolienne. On peut penser qu'à long terme le prix de l'électricité sera plus élevé sur les marchés étrangers, mais rien ne permet de prévoir de tels développements à court et à moyen terme. Quoi qu'il arrive, les mamelles de la société d'État, auxquelles les gouvernements a l'habitude de puiser sans scrupule depuis une décennie, ne seront guère plus généreuses si la hausse de tarifs résidentiels de 5,8 % soumise à la Régie de l'énergie n'est pas acceptée. Chaque pourcentage d'augmentation représente 100 millions $ de plus en revenus pour la société d'État. Des revenus qui font saliver le ministère des Finances.