Aux prises avec la peur presque paranoïaque de la trahison, Omar (Adam Bakri) se met à douter de chacun.

Omar: vie et mort en territoires occupés ***1/2

Après avoir visionné Omar, on comprend parfaitement pourquoi il a remporté le Prix du jury de la section Un certain regard au dernier Festival de Cannes et qu'il a été sélectionné pour représenter la Palestine aux prochains Oscars. Le film d'Hany Abu-Assad est une véritable tragédie grecque en territoires occupés, un puissant drame humain qui aborde sans faux-fuyants l'amour, la jalousie, les trahisons, le sacrifice, la vengeance, l'honneur...
Omar (Adam Bakri) doit souvent escalader le mur qui coupe la Cisjordanie pour aller rejoindre ses amis d'enfance, Amjad (Samer Bisharat) et Tarek (Eyad Hourani). Il a un intérêt supplémentaire à défier les balles israéliennes : Nadia (Leem Lubany), la soeur de Tarek, dont il est amoureux.
Mais les trois amis se rejoignent aussi pour comploter. Un soir, ces «combattants de la liberté», comme ils se définissent, assassinent un soldat israélien. Quelques jours plus tard, Omar est arrêté et torturé. Piégé par le directeur de la prison qui lui propose un pacte faustien, le jeune homme tente de jouer sur les deux tableaux pour l'amour de Nadia, tout en se méfiant : il y a un traître parmi eux.
Le spectateur ne peut que s'identifier aux profonds dilemmes moraux d'Omar, qui le placent dans une position intenable : relâché sur la promesse d'une trahison, comment peut-il demeurer fidèle à ses amis, à la cause, à Nadia? Dans ce suspense psychologique, le climat anxiogène est créé par la peur presque paranoïaque de la trahison. Omar se met à douter de chacun.
Point de vue palestinien
Pour son sixième long métrage, Hany Abu-Assad maîtrise avec beaucoup d'aplomb la montée dramatique, absolument implacable, jusqu'à la saisissante finale qui nous coupe le souffle. Évidemment, il présente le point de vue palestinien sur l'occupation (asservissement, humiliations, etc.) - les Israéliens n'y sont pas particulièrement sympathiques. Engagé, certes, mais pas manichéen : ses personnages ne sont pas sans taches pour autant. Bien au contraire, leurs faiblesses et leurs peurs les entraînent inexorablement sur la pente de la tragédie.
Le réalisateur explore de puissantes questions morales, sociales, politiques et amoureuses, suggérant que le conflit est au coeur de chaque maison, de chaque individu. Mais son histoire d'amour, trop naïve, nous fait un peu décrocher.
Il est aussi dommage que Hany Abu-Assad ait choisi une réalisation très inspirée du cinéma hollywoodien, académique et sans imagination. Remarquez, sa forme a probablement aidé à sa deuxième sélection pour le meilleur film en langue étrangère aux Oscars (Paradise Now fut candidat malheureux en 2006, mais a gagné un Golden Globe). Reste que le traitement du sujet fera probablement en sorte qu'il ne gagnera pas encore - le lobby juif est pesant aux États-Unis en général et à Hollywood en particulier.
Mais au final, ce film tout en extérieurs et en lumière naturelle, dans le dédale des territoires occupés, porté par des acteurs au naturel d'une crédibilité sans faille, est un beau et bon moment de cinéma.
Au générique
Cote : ***1/2
Titre : Omar
Genre : Drame
Réalisateur : Hany Abu-Assad
Acteurs : Adam Bakri, Samer Bisharat, Iyad Hoorani, Leem Lubany
Salle : Clap
Classement : Général
Durée : 1h37
On aime : Le scénario implacable. Le jeu naturel des acteurs. La tension dramatique.
On n'aime pas : La réalisation conventionnelle. Quelques invraisemblances.