Élisabeth Vallet

Obama n'a pas d'adversaire

Dans une quinzaine de jours, lors du Super Tuesday, les Américains entreront de plain-pied dans la campagne électorale présidentielle.
Quels sont les enjeux de cette élection et comment ça se passe?
Pour le savoir, Septentrio(n)umérique propose un Petit guide des élections présidentielles américaines 2012. Cet ouvrage d'environ 80 pages a été rédigé par les politologues Karine Prémont et Élisabeth Vallet. Toutes deux sont chercheures à l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand.
Leur Petit guide des élections présidentielles américaines 2012 a la particularité d'être seulement accessible par Internet.
Comment l'acquérir? Il suffit d'aller en librairie et de débourser 9,99 $ pour se procurer un fascicule d'une vingtaine de pages. À l'intérieur de ce fascicule, un code pour télécharger le livre.
Ce livre est constitué de textes, de vidéos, de diagrammes et de liens. De plus, une dizaine de mises à jours seront faites d'ici le jour de l'élection, le 6 novembre. Ce sera donc un livre évolutif, vivant et accessible.
Rencontre avec Élisabeth Vallet, l'une des deux auteures.
Q Élisabeth Vallet, qu'est-ce que cette élection a de particulier?
R On a un président sortant qui devrait facilement être réélu. Il dispose de cinq fois plus d'argent que son plus proche rival, Mitt Romney. D'un autre côté, la situation économique n'est pas bonne. Statistiquement, aucun président depuis 1945 n'a été été réélu avec un taux de chômage supérieur à 7,2 %. Barack Obama est fragilisé, mais aucun leader naturel ne se détache du côté des Républicains. Il n'a pas d'adversaire.
Q Pourtant, sa réélection paraissait improbable il y a encore six mois.
R Il y a six mois, les sondages disaient que son taux de désapprobation était supérieur à son taux d'approbation. Mais six mois, en politique, c'est un siècle.
Q À quoi faut-il attribuer la remontée d'Obama : le redémarrage de l'économie ou l'incapacité des Républicains à se choisir un leader?
R Les Républicains ne peuvent plus attaquer Obama sur sa politique étrangère depuis que Ben Laden a été éliminé. Sur le plan économique, ça s'améliore. Ils perdent aussi cet argument. Il va falloir attendre les statistiques à la fin du premier trimestre. Si les chiffres s'améliorent, ce sera une bonne indication pour le reste de l'année.
Q Pourquoi Romney a-t-il de la difficulté à s'imposer?
R La vraie campagne électorale n'est pas encore commencée. Pendant les primaires, les candidats républicains s'adressent à leur base idéologique. À l'automne, le candidat choisi cherchera à séduire le corps électoral moyen. Aujourd'hui, il y a plus d'Américains qui se déclarent indépendants plutôt que démocrates ou républicains. C'est le plus haut taux d'indécis depuis 1945.
Q Est-ce parce qu'il est mormon que Romney a du mal à s'imposer?
R La religion occupe une place importante pour les évangélistes républicains. Sinon, dans le reste de la société, ça n'a pas d'importance. Être mormon est un facteur mineur. Romney souffre d'un problème d'image. Il a le look d'un président mais il n'est pas empathique.
Q Quels ont été les bons coups d'Obama?
R Ce serait la politique étrangère, malgré tout. Le retrait d'Irak, l'élimination de Ben Laden, le retrait annoncé de l'Afghanistan, la Libye.
Q La Libye?
R Oui, il a imposé la direction des opérations à la France et à la Grande-Bretagne. Il a exercé un «leadership from behind».
Q Autrement dit, il tirait les ficelles et les marionnettes s'appelaient Sarkozy et Cameron?
R Oui, on peut dire ça.
Q Et les bons coup d'Obama en politique intérieure?
R Pas très fort. Il y a la réforme de la santé. Il a fait quelques sacrifices, mais il l'a fait. Avec la réforme du système bancaire, il n'est pas allé loin.
Q Ses mauvais coups.
R Sur le plan extérieur, le conflit israélo-palestinien. Obama et Hillary Clinton avaient pourtant le leadership et l'autorité pour avancer dans ce dossier. Il y a aussi le printemps arabe. Obama n'a pas été capable de transposer sur le terrain son discours du Caire.
Q L'histoire ne risque-t-elle pas de retenir qu'Obama a échappé l'Égypte comme Carter avait échappé l'Iran?
R Oui, et l'histoire retiendra aussi qu'il a perdu le Pakistan. Le Pakistan et l'Iran seront les deux points chauds dans les années à venir.
Q Les mauvais coups d'Obama sur le plan intérieur?
R Il n'a pas été capable de faire ce qu'il avait promis. Il n'est pas parvenu à trouver un mode de communication avec les congressmen. Son handicap, c'est de ne pas pouvoir sortir plus de deux soirs par semaine de la Maison-Blanche.
Q Comment ça?
R Obama n'a jamais vécu dans une résidence officielle, il n'a jamais été gouverneur. Pour accepter de vivre à la Maison-Blanche et protéger ses deux filles, sa femme Michelle lui a imposé un certain nombre de règles. Il n'a pas le droit de souper plus de deux fois par semaine en dehors de la Maison-Blanche. Obama est un gars ordinaire qui a du mal à saisir la dimension de sa fonction : il n'a pas réalisé qu'il était président. Comme décideur, il est plate, il hésite, il tergiverse. La présidence lui est arrivée trop vite. Et il était probablement trop jeune.