Nymph()maniaque vol. 1 et 2: le grand écart

Il n'y a pas que le sexe dans la vie. Il y a aussi la mort. Et entre les deux, une grande solitude. C'est ce que postule le sulfureux Nymph()maniaque de Lars von Trier. C'est le grand malentendu entourant ce film : on a trop insisté sur le sexe à l'écran et pas assez les thèmes qu'il explore, en particulier la sexualité féminine. Malgré ses défauts, le résultat est captivant. Et dérangeant, on est chez le maître de la provocation, ne l'oublions pas.
Joe (Charlotte Gainsbourg) est recueillie par Seligman (Stellan Skarsgard) après qu'il l'a trouvé gisante dans une ruelle. Elle lui raconte alors les grandes étapes de sa prétendue nymphomanie, de l'enfance jusqu'à 50 ans, en huit chapitres. Devant ce récit fascinant aux multiples ramifications, mélange de Shéhérazade et du marquis de Sade, ils forment un couple antinomique - Seligman se dit asexué.
Une grande partie du long métrage est alimentée par cette discussion philosophique aux accents métaphysiques, peuplée d'images allégoriques caractéristiques de von Trier. Le singulier réalisateur danois utilise d'ailleurs ses armes habituelles - caméra à l'épaule, montage saccadé... Le récit, qui est la somme de toutes les expériences sexuelles de Joe, se déroule évidemment sous la forme d'un va-et-vient entre le passé et le présent.
Soit, von Trier a décidé d'appeler une chatte une chatte - en parfait accord avec le sujet. Les scènes de baise explicites occupent, en réalité, peu de temps à l'écran (et ce sexe est, très souvent, triste). Rien pour crier au scandale, on en a vu d'autres. Ce qui indispose une partie de la critique, je crois, est plutôt que le film épouse un point de vue féminin. On ne pardonne pas à une femme d'avoir une sexualité débridée. Or, Joe est accro au sexe comme d'autres à l'héro. Plus sa dépendance augmente, plus ça devient sordide...
Les raisons sont multiples, et profondes, expose le long métrage. Elles prennent racines dans l'enfance, bien sûr, et se prolongent dans la mort du père. Le sexe, pour Joe, incarne l'ultime transgression contre l'ordre moral, mais aussi une façon de se couper de ses émotions, une forme d'oubli.
Ce qui empêche Nymph()maniaque, toutefois, d'être un grand film loge dans une complaisance envers son récit. Il contient inévitablement des longueurs. Mais c'est surtout les invraisemblances, les exagérations et certaines incartades philosophiques qui empêchent le long métrage d'atteindre sa plénitude. Une oeuvre imparfaite, il faut en convenir, mais qui nous confronte à des réalités qu'on préfère occulter. C'est un long métrage courageux.
Lars von Trier est un provocateur qui aime les propositions radicales (Antéchrist, 2009). Il est aussi capable de poésie lyrique et mystique (Breaking the Waves qui, déjà, explorait les mêmes thèmes en 1996). Nymph()maniaque emprunte à l'un et à l'autre. Bien sûr que le film est glauque, violent sur le plan psychologique, dont les images nous hantent. Qu'espérer d'autre de von Trier?
D'ailleurs, au final, Nymph()maniaque s'avère bien plus une catharsis pour le réalisateur (ou la spectatrice) que pour son personnage principal.
Au générique
Cote: *** 1/2
Titre: Nymph()maniac vol. 1 et 2 (v.o.a.s.-t.fr.)
Genre: drame
Réalisateur: Lars von Trier
Acteurs: Charlotte Gainsbourg, Stellan Skarsgard, Stacy Martin, Shia LaBeouf
Salle: Clap
Classement: 18 ans +
Durée: 1h58 et 2h04
On aime: le jeu des acteurs, l'approche franche de la sexualité féminine
On n'aime pas: les invraisemblances, les tics de réalisation