L'écrivain et éditeur Victor-Lévy Beaulieu est outré d'une nouvelle directive du ministère du Patrimoine canadien lui enjoignant d'inscrire une mention bilingue dans ses publications.

Nouvelle directive obligeant au bilinguisme: Victor-Lévy Beaulieu indigné

L'écrivain et éditeur Victor-Lévy Beaulieu fulmine contre une nouvelle directive du ministère du Patrimoine canadien obligeant les maisons d'édition à inscrire, sur leur site Web et sur tous leurs documents officiels, une mention bilingue précisant le soutien financier du Canada.
«Le noeud du problème, c'est qu'ils veulent qu'on la mette dans les deux langues, explique-t-il. Moi, je dis non parce qu'au Québec, on a la loi 101 et ils devraient la reconnaître, eux qui ont voté une loi fédérale pour dire que le Québec est une nation. Alors, qu'ils ne viennent pas me faire chier avec leurs bebelles!»
Lorsqu'il a reçu cette lettre, il a appelé au ministère du Patrimoine canadien. «La fonctionnaire à qui j'ai parlé a été honnête, raconte le propriétaire des Éditions Trois-Pistoles. Elle m'a dit qu'elle n'y pouvait rien, que c'était une directive ministérielle.»
Selon lui, cette nouvelle obligation provient du cabinet du premier ministre, Stephen Harper. «Je trouve ça tellement biscornu d'autant plus que M. Harper, cette semaine, prenait la défense de la langue française au Québec, s'insurge M. Beaulieu. Il disait à quel point c'était important, alors qu'il fait tout pour entrer son cheval de Troie dans tout ce qui relève du gouvernement fédéral! Ça m'enrage! Ça me met en criss! Il nous prend pour des cons, encore! C'est une politique délibérée en haut lieu pour qu'on finisse par être bilingues. Puis ensuite, quand ce sera bilingue partout, c'est pour que l'anglais devienne prédominant sur la langue française.»
Victor-Lévy Beaulieu (VLB) craint que cette nouvelle obligation ne soit que le début d'une pratique qui s'étendra de façon insidieuse à l'ensemble des pratiques fédérales. «Dans mon idée à moi, c'est un essai qu'ils font, soupçonne-t-il. Si personne ne répond à ça et que ça passe comme du beurre dans le poêlon, ça va les inciter à entreprendre d'autres actions à d'autres niveaux pour que la langue française, qui est la langue de notre culture, soit amoindrie.»
VLB est aussi insulté par le fait que le gouvernement du Canada menace de couper le financement à ceux qui seront récalcitrants. Selon lui, c'est du chantage. Il craint d'ailleurs que plusieurs de ses homologues n'oseront pas s'indigner. «C'est bien de valeur, mais j'ai pas une confiance illimitée envers ce qu'on appelle les collègues, admet-il. C'est certain qu'il y en a plusieurs qui diront pas un mot. Moi, j'ai décidé de parler. Puis, à la limite, s'ils nous coupent notre subvention, on fera ce que Jacques Ferron a déjà dit : on imprimera nos livres sur du papier de toilette!»
L'homme de lettres est d'autant plus surpris et déçu que ce mot d'ordre provienne de la ministre du Patrimoine canadien et des langues officielles, Shelly Glover. «Ce qui est assez étrange, dans le cas de la ministre, c'est que c'est une métisse qui vient du Manitoba, fait-il remarquer. Donc, elle devrait comprendre c'est quoi, les problèmes de langues au Canada et en particulier au Québec! Elle se targue de parler les deux langues, mais il semble qu'il y en a une qui est plus importante que l'autre!»