Des collations de compote de fruits en sachet
Des collations de compote de fruits en sachet

Nourriture en sachet: un contenant vraiment pratique?

Laurie Richard
Laurie Richard
Le Soleil
Les compotes en sachet plaisent aux enfants comme aux parents. Surtout quand ces derniers sont pressés. Le contenu des pochettes n'a pas grand-chose à se reprocher comme collation occasionnelle, selon la nutritionniste Geneviève O'Gleman, mais le contenant n'a pas que des bons côtés.
Des collations de compote de fruits en sachet
On trouve deux types de purée en sachet sur les tablettes des épiceries : les compotes collation et les purées pour bébé. La gamme prend de l'expansion depuis un an, remarque Mme O'Gleman, qui s'est prêtée au jeu en repérant les produits au supermarché.
«Ce ne sont pas des mauvais produits. La liste des ingrédients, c'est impeccable. Il n'y a pas de sucre ajouté. Bref, ce n'est pas le contenu qui pose problème», explique-t-elle. «Mais c'est un contenant pour les parents plus que pour les enfants.»
Le sachet est apprécié parce qu'il facilite la vie. Pas besoin de s'arrêter au centre commercial ou lors d'une promenade. "Mais le repas du bébé devient moins important que le repas de la famille, et c'est tout le contraire de ce que l'on prône», avance Mme O'Gleman.
«Les enfants ont besoin de modèles à table, de voir comment on se comporte. Si on donne une poche et on fait autre chose, c'est pratique, mais ça ne rend pas service à notre enfant.» Ce dernier a besoin de comprendre la notion de structure pour les repas en famille.
Aussi, il faut garder en tête le côté surveillance, note-t-elle. «On encourage les enfants à manger par eux-mêmes le plus tôt possible, ça fait partie de l'expérience du repas. Ce n'est pas un problème qu'il manipule la pochette, mais que le parent se libère d'une tâche qui lui revient, la surveillance, oui.» Celui-ci doit s'assurer que l'enfant maîtrise les aliments et leurs textures.
Heinz, qui a introduit ses sachets pour bébé au Canada en début d'année, ne prévoit en effet pas que les petits utilisent directement la pochette : on indique de donner la purée à la cuillère sur l'emballage. Il n'y a donc pas vraiment d'avantage à la pochette par rapport à la purée en pot. Les parents paieront plus cher pour rien, souligne Mme O'Gleman. Les pochettes pour bébé de 128 ml trouvées en épicerie se détaillaient entre 1,25 et 1,50 $, soit plus qu'en pot.
Sur les pochettes de Heinz, comme celle de poires, de haricots verts et de mangues, on indique que cet aliment convient aux bébés de six mois et plus. «Selon les spécialistes, c'est l'allaitement exclusif jusqu'à six mois et on introduit les purées et les céréales dans un ordre prédéterminé pour déterminer les allergies.» Si on mélange tout, comme dans ce cas, on ne pourra mettre le doigt sur les allergies, remarque Mme O'Gleman.
Aussi, l'enfant devrait d'abord pouvoir identifier le goût des aliments un à un avant de les mélanger ensemble, ce qu'il ne sera pas en mesure de faire si on lui tend une pochette prémixée. Et si on associe le goût des pommes avec la cannelle, la pomme nature devient du coup moins intéressante! «Il ne faut pas que ça devienne une technique de camouflage.»
De 8 à 12 mois, c'est au tour de l'introduction des textures, les purées devraient donc être moins lisses, explique la nutritionniste. «C'est super important. Plus on garde la texture lisse longtemps, plus l'enfant reste paresseux plus tard. Il n'y a pas d'effort à faire.» Les textures permettent aussi à l'enfant de développer sa mâchoire et le contrôle de la langue, ajoute Mme O'Gleman. «La texture n'évolue pas au rythme de l'enfant dans le commerce. Toutes les purées sont comme ça.»
Produit de dépannage
Les compotes collation pour les plus vieux, comme les pochettes Mott's Fruitsations ou Materne, sont très répandues dans les écoles. «Ça ne remplace évidemment pas le fruit frais et la variété, comme le yogourt et le fromage. Si on les offre trop souvent, l'enfant devient paresseux. À 8 ou 10 ans, croquer les fruits frais demande du travail. Et plus on mastique, plus on développe la dentition.» D'ailleurs, on «boit» davantage la compote en l'aspirant qu'on ne la mange!
«C'est un produit de dépannage, analyse Mme O'Gleman. Une fois de temps en temps, ce n'est pas grave.» Il ne faut pas non plus présenter le sachet comme un plan B au repas, soutient-elle. «Si l'enfant sait qu'il peut avoir autre chose, il va assurément refuser son repas. Offrir un plan B a son enfant, c'est garantir les caprices par la suite.»
Aussi, sur le plan écologique, le sachet est peu recommandable. Il ne se recycle pas comme le petit pot. Si on souhaite une option verte, on peut opter pour une pochette réutilisable, comme les Squooski (http://squooshi.com/) ou le Sili Squeeze (http://thesilico.com/)... ou on s'en tient à la bonne vieille cuillère!