Kevin McCoy joue son propre rôle dans ce laboratoire public. Il est accompagné sur scène de la pianiste Esther Charron (à droite)  et de la danseuse Arielle Warnke St-Pierre.

Norge: à la recherche d'une histoire perdue

Norvège, 1919. Herbjorg Hansen, une jeune fille de 14 ans, s'embarque sur un bateau pour émigrer aux États-Unis. Pourquoi? C'est la question qui hantait Kevin McCoy, le petit-fils de cette immigrante, quand il s'est lancé dans la création de Norge (Norvège en norvégien), il y a près de cinq ans.
Kevin McCoy, auteur, metteur en scène et comédien, vit à Québec depuis 1997. Il a lui-même émigré des États-Unis. «Je me souviens de la première année où j'étais ici, il a neigé autant que cette année. La dernière fois qu'il a neigé cet hiver-là, mon premier au Québec, c'était le 12 mai! Et je pense que ça avait commencé le 31 octobre», raconte en rigolant Kevin McCoy. «J'avais vraiment eu un choc. Je me suis demandé : pourquoi suis-je venu vers le nord? Pourquoi suis-je venu dans un pays nordique? Et c'est ça qui me lie avec ma grand-mère. Elle est l'immigrante la plus proche dans ma famille», continue-t-il.
Le dramaturge a cherché à remonter ce fil qui le rattache à sa grand-mère, décédée quand il avait quatre ans. Toute sa vie, elle a gardé le secret sur sa famille et sur les motifs qui l'ont poussée à quitter la Norvège. «Ma mère m'a parlé d'elle, mais il y avait des trous dans l'histoire, comme il y a toujours des trous dans l'histoire de nos parents. On ne connaît pas tout ce qu'ils ont vécu. Comme enfants, on a souvent l'impression que nos parents existent seulement à partir de notre naissance», compare Kevin McCoy. «J'ai dû pelleter comme sur un site archéologique pour trouver son histoire», poursuit-il. Et encore, bien des mystères subsistent.
Le dramaturge est présentement en résidence de création au Musée national des beaux-arts du Québec, avec son équipe de création du Théâtre Humain. Sons, éclairage, projections vidéo : la troupe continue de construire le projet de théâtre documentaire, dont une première mouture avait été présentée lors des Chantiers du dernier Carrefour international de théâtre.
L'équipe comprend aussi une pianiste, Esther Charron, et une danseuse, Arielle Warnke St-Pierre. Sur scène, avec Kevin McCoy dans son propre rôle, ils sont donc trois performeurs à raconter la démarche du metteur en scène dans sa quête de l'histoire perdue de sa grand-mère, en relation avec les grands de la culture norvégienne : le peintre Edvard Munch, le compositeur Edvard Grieg et le dramaturge Henrik Ibsen. Le tout en français, anglais et norvégien, une langue que Kevin McCoy s'applique à apprendre.
Trouvailles et retrouvailles
L'homme de théâtre en est déjà à son troisième voyage en Norvège depuis celui, en 2008, qui a tout déclenché. Après un été épuisant, mais stimulant où il a tenu le Cabaret Dynamite dans le cadre des festivités du 400e de Québec, Kevin McCoy avait décidé de prendre des vacances dans le pays contenant une part de ses origines. «Un simple voyage pour le plaisir, qui est devenu une histoire de trouvailles, de retrouvailles passionnées», illustre le metteur en scène. Après de longues recherches sur Internet (il le raconte d'ailleurs dans la pièce), il a réussi à retrouver un cousin de sa mère vivant en Norvège et l'a rencontré.
«J'ai ressenti très tôt que ça deviendrait un spectacle. J'étais un peu surpris de voir ça. Je n'allais pas là pour travailler, c'était très personnel, mais tout de suite quelque chose m'a envahi», poursuit le comédien d'origine américaine. Une aventure qui a aussi permis à sa mère et ses tantes de renouer avec une histoire dont elles se sentaient éloignées.
«Je ne sais pas si je dois appeler le projet Norge ou Monde. J'ai parfois l'impression de vouloir raconter l'histoire du monde, mais c'est toujours en regardant le microcosme de cette histoire. C'est un morceau du monde», image Kevin McCoy.
Les curieux sont invités à venir assister à des représentations publiques de cette «sculpture», cet «objet» que la troupe fignole, dans l'espoir de le présenter dans sa forme finale d'ici un an. «Ils vont entrer dans notre atelier de création», détaille le metteur en scène et comédien. «On va présenter une esquisse, on va créer quelque chose à la bonne franquette. Mon espoir, c'est que ce soit chaleureux, une soirée où est racontée une histoire et où on participe à la création d'une oeuvre», poursuit Kevin McCoy, qui invite d'ailleurs les spectateurs à rester après les représentations pour discuter.
Vous voulez y aller?
Quoi : Laboratoire public de Norge
Qui : Théâtre Humain
Quand : vendredi et samedi, 20h
Où : auditorium du Musée national des beaux-artsdu Québec
Billets : 10 $ (8 $ pour les membres du MNBAQ et les étudiants)
Réservations : 418 643-2150