La performance de Russell Crowe en Noé évite que le film fasse naufrage sur une mer d'inconcevable.

Noé: et vogue la galère

Noé? Le déluge, l'arche, les animaux, le vieux bonhomme? On peut sérieusement se demander ce que Darren Aronofsky venait faire dans cette galère. Mais le réalisateur du Cygne noir fait entrer un des plus vieux récits de l'humanité dans le XXIe siècle - tout en étant ridicule, invraisemblable et discutable.
Un petit rappel pour ceux qui ont oublié leurs classiques. Noé (Russell Crowe), petit-fils de Mathusalem, est le descendant de Seth, le frère de Caïn et Abel. Le Créateur le choisit pour accomplir une mission : bâtir une arche qui accueillera un couple de tous les animaux terrestres. De cette façon, il pourra générer un déluge qui éliminera le mal créé par l'homme et faire renaître un monde meilleur.
Aronofsky respecte les grandes lignes de la Genèse, mais il le transpose en un récit d'aventures avec des scènes de combats sorties tout droit du Seigneur des anneaux, en un drame familial et en une fable écologique facile à lire : l'homme épuise la Terre en l'exploitant, celle-ci aura bientôt sa revanche. Et elle sera terrible (bonjour, les changements climatiques).
Anges Transformers
Bon. Le film peut compter sur de spectaculaires images du déluge et de l'arrivée des animaux, ainsi qu'une réalisation très artistique, sans tomber dans les recettes hollywoodiennes habituelles. Mais les anges prisonniers d'une gangue de pierre qui protègent Noé et sa famille et qui ressemblent vaguement à des Transformers? Le fait que l'arche a un passager clandestin en son sein pendant neuf mois sans que Noé s'en aperçoive? Come on.
Reste que les péripéties comme telles sont suffisamment prenantes et que Russell Crowe, en premier gardien de zoo, est impérial. Il évite que le film fasse naufrage sur une mer d'inconcevable.
Je laisse le soin aux théologiens de déterminer jusqu'à quel point ces licences artistiques sont fidèles ou pas à l'interprétation qu'on peut donner au récit biblique. Noé et son arche sont un mythe présent dans plusieurs religions. Le film a d'ailleurs été banni dans certains pays musulmans car l'Islam interdit la représentation des prophètes.
Par contre, il fait une démonstration éclatante jusqu'où peut mener la foi aveugle, celle du patriarche, qui est prêt à éliminer sa descendance pour éviter que l'homme ne contamine le nouveau paradis terrestre qui émergera. Finalement, la raison triomphera et, avec elle, la pitié, l'amour, la bonté et la transmission du patrimoine. On ne peut pas être contre la vertu.
Noé me laisse ambivalent, tant il est capable du pire comme du meilleur - le film est à l'image de l'homme, finalement. Ce qui compte, d'ailleurs, que vous soyez croyants ou pas, c'est ce à quoi Noé vous confronte : l'homme est faillible. Et ce qui importe vraiment, c'est ce que vous en faites une fois que vous en êtes conscient.
S'il ne reste que ça après le visionnement de Noé, un film qu'on va vite oublier, ce sera tout de même beaucoup.
Au générique
Cote: ** 1/2
Titre: Noé
Genre: drame
Réalisateur: Darren Aronofsky
Acteurs: Russell Crowe, Jennifer Connelly, Emma Watson
Salles: Alouette, Beauport, Cartier, Des Chutes, Lido  et Sainte-Foy
Classement: général
Durée: 2 h 18
On aime: l'arrivée des animaux, Crowe impérial en Noé, la réalisation
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