Will Forte et Bruce Dern forment dans Nebraska un touchant duo en quête d'un chimérique gain de loterie dans une Amérique en déclin.

Nebraska: mon père, ce poivrot ***1/2

Nebraska était l'un des films les plus attendus lors du dernier Festival de Cannes, et Alexander Payne ne nous a pas déçus. Le réalisateur signe un film merveilleux et humain sur les illusions perdues en Amérique, qui s'attarde surtout, avec beaucoup de tendresse, à illustrer l'amour inconditionnel d'un fils pour son père imparfait. La splendide incarnation du vieil excentrique par Bruce Dern lui a valu le Prix d'interprétation masculine sur la Croisette et une nomination pour l'Oscar du meilleur acteur, lors du gala de demain.
Dern incarne un alcoolique à la retraite du Montana qui croit, à tort, avoir remporté un million de dollars dans une loterie au Nebraska. Woody Grant déguerpit sans cesse pour réclamer son illusoire prix. Son fils David (Will Forte), inquiet de partir constamment à sa recherche, décide de le conduire dans le Nebraska pour, espère-t-il confusément, se rapprocher de son père et lui redonner sa dignité, tout en visitant des proches en chemin.
Cette quête chimérique est un prétexte au road movie qui permet à Payne de poser un regard tendre et mélancolique sur cette Amérique qui s'étiole au fil du temps. Le réalisateur a choisi le noir et blanc, ce qui magnifie les paysages désertiques et le délabrement des villages. C'est aussi un écho à la Grande Dépression (de 1929).
Nebraska filme l'envers du décor du rêve américain : des gens modestes en milieu rural qui tentent tant bien que mal de vivoter dans des villages presque fantômes.
Le scénario de Bob Nelson fait aussi une large place à ces personnages secondaires truculents, un peu tous fêlés (et un peu caricaturaux), mais représentatifs de l'Amérique profonde. Ces bouseux crédules essaient tous de s'approprier, en tout ou en partie, le magot de Woody.
Les Grant, père et fils, sont hommes de peu de mots, mais leurs répliques humoristiques et le ton légèrement absurde du film donnent du poids aux dialogues. L'interprétation y est aussi pour beaucoup. Bruce Dern a trouvé en Alexander Payne (Sideways, Monsieur Schmidt) un réalisateur capable de le diriger avec doigté afin qu'il incarne son personnage plutôt que d'offrir une performance. Le vétéran acteur, qui a tourné avec Hitchcock, Coppola et Tarantino, est fabuleux. Payne a même réussi à rendre crédible Will Forte, un ex de Saturday Night Live, dans un rôle dramatique.
Il y a une humanité profonde dans les films d'Alexander Payne. Même s'il tournait pour la première fois un scénario qu'il n'a pas écrit, Nebraska s'insère parfaitement dans son oeuvre d'auteur qui traite sur un mode satirique de l'Amérique contemporaine. Nebraska s'inscrit dans le meilleur qu'il nous ait offert jusqu'à maintenant.
Au générique
Cote : ***1/2
Titre : Nebraska (v.o.a.)
Genre : comédie dramatique
Réalisateur : Alexander Payne
Acteurs : Bruce Dern et Will Forte
Salle : Clap
Classement : général
Durée : 1h42
On aime : la direction d'acteurs, la mise en scène fluide, l'esthétique noir et blanc
On n'aime pas : -