Natalie Dessay possède à fond son programme. Elle ne chante pas, elle se donne entièrement à la beauté et à la grâce de la mélodie.

Natalie Dessay habitée par la mélodie

Il y a quelque chose d'un peu miraculeux chez Natalie Dessay. Plus qu'une interprète, la soprano entre en phase avec la musique. En elle, l'oeuvre s'épanouit un peu comme une fleur, miraculeusement.
Le récital tout en finesse et en délicatesse présenté par l'invitée du Club musical de Québec, mercredi soir à la salle Louis-Fréchette, s'est ouvert sur d'exquis lieder de Clara Schumann et de Brahms. L'auditoire s'est trouvé rapidement plongé dans un univers de nuit et de mystère, de visions et d'anges, de rêves et de joie, et, surtout, rempli d'amour.
Natalie Dessay possède à fond son programme. Elle ne chante pas, elle se donne entièrement à la beauté et à la grâce de la mélodie. On dirait que le chant la baigne et la pénètre, qu'il s'élève en elle et jaillit en une source chaude, lumineuse et pure, sans obstacle, sans effort.
Dans sa robe clair de lune argentée, elle s'abandonne au souffle poétique dès les premières notes de piano. Avant même que la bouche ne s'ouvre, les bras, comme des antennes, ont déjà commencé à s'imprégner du caractère de la pièce.
Des problèmes d'émission ont incommodé l'invitée du Club musical. Sa voix lui a joué bien des tours. Le souffle se brisait à tout bout de champ sur des enrouements et de petits craquements.  
Natalie Dessay a réussi à si bien ignorer ces problèmes que ceux-ci n'ont eu que très peu de conséquences sur la qualité de sa prestation. La soirée fut tout simplement féerique.
Si plusieurs respirations sont venues découper l'exécution d'Après un rêve de Fauré, son interprétation, livrée en un seul et magnifique élan, s'est révélée aussi musicale, détendue que voluptueuse.
Dans Clair de lune, l'interprète a fait disparaître les barres de mesure, de sorte que la ligne flottait sur le rythme du texte, et que les mots traversaient l'espace, plus légers que l'air. D'ailleurs, on pouvait remarquer de façon générale la souplesse et la clarté de la diction.
Avec le pianiste Philippe Cassard, Natalie Dessay était vraiment choyée. Voilà un accompagnateur présent et intelligent, qui sait se montrer aussi spirituel et coloré que discret. Ses Clair de lune, joués sur ce piano ouvert en entier, étaient d'une grande douceur.
Club musical de Québec. Natalie Dessay, soprano et Philippe Cassard, piano. OEuvres de Clara Schumann, J. Brahms, H. Duparc, R. Strauss, G. Fauré, F. Poulenc et C. Debussy. Mercredi soir à la salle Louis-Fréchette.­