Nana Mouskouri a trouvé une belle excuse pour revenir sur scène : ses 80 ans et le 50e anniversaire de sa première tournée nord-américaine...

Nana Mouskouri: le bonheur de revenir sur scène

En 2006, Nana Mouskouri a fait ses adieux à son public lors d'une grande tournée. «Une carrière à la scène, c'est comme une histoire d'amour : il faut savoir partir avant d'être abandonnée», avait-elle alors confié au Soleil. Elle dit maintenant avoir trouvé «une excuse» pour renouer avec les planches : la célébration de son 80e anniversaire et des 50 ans de sa première tournée nord-américaine. Mais à entendre son enthousiasme, on sent que c'est plutôt l'amour de la musique qui motive la célèbre chanteuse.
Elle n'est pas la première et elle ne sera certainement pas la dernière à sortir de sa retraite. Mais au bout du fil, Nana Mouskouri avoue en riant qu'elle est un peu honteuse de revenir sur sa parole. «Quand j'ai dit ça, ce n'était pas pour faire venir les gens au théâtre, assure-t-elle. Quand j'ai dit adieu, je disais qu'on est peu de chose dans la vie. J'ai la chance depuis 50 ans de faire des tournées autour du monde. Mais ce n'est pas des tournées qu'on peut faire tous les jours. J'imaginais que c'était la dernière fois.»
L'artiste dit s'être ennuyée pendant ces années loin de la scène. Elle continuait à exercer sa voix chez elle et avoue avoir cherché une «excuse» pour justifier un retour. «Si je reviens maintenant, c'est que j'ai trouvé! lance-t-elle. Je me disais qu'en ayant 80 ans, j'allais passer toute l'année à penser à ça. D'un côté, c'est une chance. Il y a tellement d'amis et d'artistes qui sont partis avant d'avoir cet âge. Moi, j'ai la chance d'arriver là. Je me dis que c'est bien de l'honorer! C'était plus fort que moi. Je me suis dit que j'allais passer cette année en chantant.»
La chanteuse d'origine grecque et son équipe ont d'abord évalué la demande pour une nouvelle tournée. «Il y en a tellement que finalement, ça me fait courir un peu!» reconnaît celle qui a pris la route l'automne dernier en Amérique du Sud. Ces jours-ci, elle traverse le pays d'ouest en est : la portion canadienne de son périple a été lancée lundi à Regina et se terminera à Moncton le 10 avril, avec un arrêt à la salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre vendredi. Baptisé Happy Birthday Tour, ce parcours autour du monde se terminera en Europe l'automne prochain.
50 ans plus tard
Nana Mouskouri a mis pour la première fois les pieds au Canada il y a 50 ans, à l'invitation du chanteur Harry Belafonte. Un peu comme elle le fait cette année, elle avait d'abord chanté au Canada anglais, où elle était selon ses souvenirs «une chanteuse inconnue». Chez le public francophone, toutefois, le titre Quatre soleils avait déjà commencé à faire son chemin. «En arrivant à Montréal et à Québec, j'ai senti pour la première fois que j'étais connue, indique la chanteuse. Ça fait une différence quand on est dans une salle qui connaît ne serait-ce qu'une chanson.»
Pour séduire les spectateurs d'ici, Nana Mouskouri apportait aussi une autre arme musicale : le classique Un Canadien errant, qu'elle avait appris pour l'occasion. «J'avais l'habitude, quand j'allais dans un pays pour la première fois, d'apprendre quelque chose de typique de ce pays, quelque chose qu'on apprenait à l'école, raconte-t-elle. Pour moi, c'était une manière d'avoir uncontact direct avec le public. J'avais besoin de connaître quelque chose de ceux qui m'écoutaient.»
Un demi-siècle plus tard, cette grande dame de la chanson continue de chérir la relation qu'elle entretient avec le public québécois. Elle s'est dite très touchée des hommages que lui ont rendus la première ministre Pauline Marois, qui l'a nommée l'an dernier Chevalière de l'Ordre national du Québec, et l'Université McGill, qui lui a remis un doctorat honorifique.
«C'est formidable pour moi, confie-t-elle. Je dis toujours que ce qu'on fait dans la vie, ce n'est pas important. Qu'on fasse des chaussures, qu'on nettoie des maisons, le travail qu'on fait n'est pas important, mais c'est comment on le fait qui l'est. Quand j'ai commencé à chanter, parce que j'étais une chanteuse populaire et non une chanteuse lyrique, j'étais un peu laissée de côté. On ne me voyait pas de la même manière. Quand deux prix soulignent la vie qu'on a menée ou ce qu'on a apporté à la culture, c'est formidable! Ça dit que le choix que j'ai fait dans ma vie était un bon choix. C'était émouvant.»
Quelques nouveaux billets pour le spectacle ont été mis en vente jeudi.