La commissaire Nathalie Racicot a voulu rassembler des instruments qui sortent de l'ordinaire, mais qui ont quand même une valeur de lutherie élevée.
La commissaire Nathalie Racicot a voulu rassembler des instruments qui sortent de l'ordinaire, mais qui ont quand même une valeur de lutherie élevée.

Mutations - matière - son, instruments de musique innovants: symphonie d'objets d'art

Josianne Desloges
Collaboration spéciale
Sages, les métiers d'art? Certainement pas à Materia, qui innove cet automne en présentant une exposition qui combine arts visuels et lutherie et présente une sélection d'instruments de musique innovants aussi intéressants à regarder qu'à entendre. La commissaire Nathalie Racicot nous fait faire une visite guidée de Mutations - matière - son, instruments de musique innovants.
«Je voulais rassembler des instruments qui sortent de l'ordinaire, mais qui ont aussi une valeur de lutherie élevée, une réflexion ergonomique, sonore, esthétique», explique la commissaire, graphiste pour la Maison des métiers d'art et designer d'exposition pour Materia depuis une dizaine d'années.
Son projet inusité a pu s'appuyer sur quelques solides inspirations, glanées au Musée de la musique à Paris, au Metropolitan Museum of Art de New York lors de l'exposition Guitar Heroes, au Salon de guitare de Montréal et, surtout, au contact des oeuvres de Nicola Mainville, Thierry André et Linda Manzer.
Cette dernière, une luthière torontoise qui exerce son métier depuis 30 ans, a conçu des guitares pour des musiciens aventureux et habiles de renom, comme Pat Metheny et Carlos Santana. Invitée par la commissaire, elle a conçu une pièce spécialement pour l'exposition et baptisée Pikasso Archtop. Dans la vidéo présentée dans la salle d'exposition, on peut voir le virtuose Tony McManus jouant une chanson de Joni Mitchell sur l'instrument où trois ensembles de cordes se croisent.
La vidéo permet d'ailleurs d'entendre tous les instruments exposés - un impératif pour que l'exposition soit complète. Une scène a permis d'en entendre quelques-uns lors du vernissage et sera de nouveau utilisée pour la conférence et le miniconcert de Nicola Mainville, le 30 octobre à 13h.
Orchestre de musée
Le design d'exposition pensé par Danièle Lessard comporte des socles noirs de différentes hauteurs ou suspendus dans l'espace blanc qui rappellent les touches d'un piano. À l'entrée, un didgeridoo baptisé Orage électrique et conçu par Nicola Mainville accroche l'oeil du visiteur. «Il travaille avec le verre et le cristal pour recréer des instruments qui ont une origine ancienne», explique la commissaire. L'instrument, sublimé et esthétisé, offre alors de nouvelles sonorités. Tout comme l'Udubeck de Loriane Thibodeau, une percussion hybride entre l'udu et le dumbeck fabriquée en céramique.
Trois violons attirent ensuite notre attention : celui, magnifique, de Thomas Brenneur, un instrument électroacoustique sin­gu­lier et exploratoire à cinq cordes, puis celui de Marie-Ève Bisson, qui a étudié la littérature et la lutherie. La jeune femme présente d'ailleurs un projet multidisciplinaire, puisqu'une vidéo d'animation sur une musique originale de Navet Confit a été créée à partir du violon, baptisé Toon et orné d'une tête d'autruche et «d'antennes» amovibles. Le Violon cygne 100 % naturel de Philippe Wolfshagen complète le trio.
Nous voyons ensuite la contrebasse acoustique et électrique en aluminium de Julien Lebargy (lutherie et sculpture) et de l'historien de l'art Dany Quine, puis une intéressante sélection de guitares aux formes, aux cordes et aux cavités singulières signées Benoît Raby ou Florian Vorreiter... Dans le lot, on remarque les créations presque architecturales de Mathieu Trépanier (le Bourdon) et d'Edward Klein (ZigZag), tous deux formés en génie mécanique avant de se passionner pour la lutherie. Les deux oeuvres de Thierry André surprennent aussi. Son mélange de oud et de cithare et ses croisements de cordes font exploser les codes de la lutherie classique.
Entre les guitares, deux autres instruments de verre de Mainville confirment sa démarche atypique, aussi esthétique que musicale : Racines cristallines, un xylophone suspendu comme un hamac sur un support de bois ornementé, et deux genders, des percussions javanaises, achèvent de nous séduire.
Mutations - matière - son, instruments de musique innovants est présentée jusqu'au 30 octobre à Materia (395, boul. Charest Est, à Québec).