Le spectacle Murmures des murs est basé sur des effets de surprise assez simples et une mécanique artisanale, qui est faite de ficelles qu'on tire et de coordination entre les acteurs.

Murmures des murs: si les murs pouvaient parler...

Si les murs pouvaient parler, que raconteraient-ils de nous? L'idée est devenue un prétexte, pour Aurélia Thierrée et sa mère, Victoria Thierrée-Chaplin, d'inventer un spectacle muet mêlant danse, cirque et théâtre où, dans une Venise onirique, une jeune femme se glisse entre les murs, virevolte entre des boîtes de carton, s'échappe des mains d'un monstre en papier bulle et s'évade dans une suite de fantaisies burlesques. Le Soleil s'est entretenu avec Aurélia Thierrée, dont ce sera le premier passage au Québec.
Q Vous viendrez présenter à Québec Murmures des murs, votre deuxième collaboration avec votre mère après L'oratorio d'Aurélia. Qu'elle est votre dynamique de création?
R Oh! Ce serait impossible à décrire. On pense que c'est un petit miracle que ça fonctionne et on essaie de ne pas trop questionner. En tous cas, je suis ravie, c'est un univers dans lequel je me retrouve, et pour l'instant, ça fonctionne. 
Q Reste que dans votre vie, la création a souvent été une affaire de famille, notamment avec le Cirque imaginaire?
R Quand j'étais petite, on était tous ensemble [avec ma mère, Victoria Thierrée-Chaplin, mon père, Jean-Baptiste Thierrée, et mon frère, James Thierrée]. C'était vraiment une expérience différente. Avec ma mère, c'est une deuxième création. La première a tourné quand même pendant neuf ans!
Q Considérez-vous avoir réussi à trouver votre propre langage?
R Pour moi, ça n'a pas grand-chose à voir avec la relation mère-fille. Tout d'un coup, il y a un projet, et il faut qu'il y ait un désir que ce projet existe. La seule vérité qu'il y a, c'est «Est-ce que ça fonctionne ou pas?» Il faut créer quelque chose qui fonctionne, avec un peu de chance.
Q Dans quel genre d'univers nous retrouvons-nous dans votre nouveau spectacle?
R Le public que je préfère, c'est celui qui n'a aucune idée de ce qu'il vient voir, qui ne s'attend pas à quelque chose de précis. Le spectacle est basé sur des effets de surprise assez simples et une mécanique artisanale, qui est faite de ficelles qu'on tire et de coordination entre nous. C'est un peu fragile aussi, et c'est le pari de chaque soir : on ne sait pas si ça va marcher ou pas. 
Q Quelle a été l'impulsion créatrice de ce spectacle?
R C'est l'idée que les murs entre lesquels nous vivons absorbent les vies dont ils ont été témoins. Peut-être est-on plus influencé que l'on pense par les lieux dans lesquels on habite. Et ensuite, c'est la ligne très fine qu'il y a entre l'imagination et la folie, et comment ça peut basculer de l'un à l'autre. Mais tout ça doit rester un divertissement, ça reste une excuse pour faire des illusions d'optique et des effets visuels. 
Q Il y a dans votre spectacle beaucoup de manipulations de décors, cette idée d'aller travailler une mécanique artisanale. Est-ce que ça s'est imposé avec le sujet?
R Comme c'est un langage visuel, on a voulu utiliser tout ce qui est évocateur, sauf la langue parlée. Et comme à la base c'était à propos des murs, c'est venu naturellement. Après, ça part dans tous les sens. C'est une excuse pour autre chose. 
Q Vous avez promené votre spectacle d'un pays à l'autre. Est-ce que les réactions sont différentes selon les publics et les cultures?
R Oui! Parfois c'est même différent d'un soir à l'autre. Mais c'est vrai que c'est différent selon les pays. Certains voient plus le côté divertissement, d'autres voient des histoires beaucoup plus complexes. C'est toujours intéressant, plus intéressant même, de voir ce que les gens ont vu dans notre spectacle, plutôt que ce qu'on a voulu y mettre. Parfois, tout d'un coup, les gens ont vu une histoire qui n'était pas nécessairement là. C'est le spectateur qui apporte l'autre partie du spectacle.
=> À l'affiche
Titre : Murmures des murs 
Mise en scène : Victoria Thierrée-Chaplin
Interprètes : Aurélia Thierrée, Jaime Martinez et Antonin Maurel
Salle : La Bordée
Dates : 29 au 31 mai
Synopsis : Elle doit partir. Au milieu des boîtes de carton et du papier bulle qui jonchent le sol, elle emballe et déballe, disparaît et réapparaît, escalade les murs et les façades, traverse l'espace et le temps. Les murs n'ont pas que des oreilles, ils ont une âme, une histoire, et Aurélia en déchiffre les secrets. Avec ses complices, elle nous entraîne dans un univers peuplé de créatures féeriques et loufoques, sorte d'Alice au pays des merveilles des temps modernes, échappée dans une Venise onirique et nostalgique.