Peu après sa qualification pour les Jeux de Sotchi en patinage de vitesse longue piste, Muncef Ouardi s'est prêté à une séance photo avec Le Soleil.

Muncef Ouardi: l'atout caché du Canada

Debout, près de la porte de sortie de la salle de conférence Tchekhov du centre de presse, Gregor Jelonek regardait Muncef Ouardi avec un sourire de fierté. L'admiration que démontre l'entraîneur pour le patineur de vitesse de Charlesbourg est sans borne.
Après une éclipse forcée de deux ans pour cause de blessures, le sportif de 27 ans est de retour au niveau international, lundi (8h, heure du Québec), à l'occasion de l'épreuve de 500 m sur longue piste. Catapulté aux Jeux olympiques à la suite des essais canadiens - le 30 décembre dernier à Calgary - Ouardi serait beaucoup plus qu'une carte cachée à ses yeux. Il serait plutôt un as, ou encore un roi de trèfle en référence à sa coiffure hirsute.
«Je suis agréablement surpris par Muncef. Il a fait une course d'entraînement [lundi dernier] et il a super bien patiné. Je le trouve dans la [bonne] zone, il est confiant et qui sait, peut-être pourrait-il causer une surprise», indiquait le pilier du Centre national Gaétan-Boucher (CNGB) basé à l'anneau du même nom à Sainte-Foy.
Retour fracassant
Face à plusieurs anciens champions du monde, Ouardi a ramené le cinquième temps le plus rapide [35,37 secondes] d'une forme de répétition générale sur la surface glacée de l'aréna Adler. Il s'agissait pour lui d'une première course parmi l'élite mondiale depuis la saison 2011-2012, une déchirure du ligament croisé postérieur du genou l'ayant tenu à l'écart jusqu'à cette année.
Ce qui fait rêver Jelonek, c'est la médaille de bronze remportée par Ouardi lors du Championnat mondial de sprint sur 500 m, en 2012. «Nous sommes contents qu'il soit ici [aux Jeux], mais on sait qu'il est aussi capable de performer. Il ne faut pas oublier qu'avant de subir sa blessure, il était sur le podium au Mondial sprint. On peut penser qu'il sort de nulle part parce qu'il était blessé, mais nos attentes sont élevées quand même. Il l'a déjà fait, on ne sait jamais», précise l'entraîneur.
Jelonek tenait à souligner l'attitude positive affichée par Ouardi tout au long du processus de rééducation, aidé qu'il fut par le personnel du CNGB.
«Ce n'est pas évident de revenir d'une telle blessure, je suis content de tout l'effort qu'il a mis. Ce qu'on demande à nos athlètes, c'est de livrer quand c'est le temps et Muncef l'a fait non seulement dans une course, mais dans deux. Il ne faut pas oublier que dans le 500 m, il était en paire avec Jeremy Wotherspoon et que le gagnant allait aux Jeux. Malgré tout cela, il est ici et je ressens une grande fierté envers lui. C'est un gars de grands événements. La confiance est bonne, ce sera à lui de répéter lors du jour J.»
Futur prometteur
À son retour à Québec, après les Jeux, Jelonek retrouvera ceux qui ont bien failli l'accompagner à Sotchi. Avec Laurent Dubreuil et Alexandre St-Jean, l'avenir du CNBG s'annonce prometteur. L'absence d'un toit sur l'anneau n'aide cependant en rien à la prolongation d'une carrière.
«Malgré le fait qu'on s'entraîne dehors, qu'on n'a pas de toit et qu'on voyage plus que les autres, on mise sur un groupe de jeunes patineurs talentueux à Québec. À 27 ans, Muncef serait capable de patiner encore quatre ans s'il n'avait pas à partir aux trois semaines pour faire des camps d'entraînement à l'intérieur», explique celui qui convient qu'un anneau recouvert à Québec offrirait des conditions idéales d'entraînement, d'études, etc., tout en favorisant le développement d'une relève qui ne veut plus s'entraîner à - 25 °C ou lorsqu'il pleut.
Le Sheik devenu Joker
Avec sa tignasse, il était facile à reconnaître. Lorsqu'un patineur allemand l'a aperçu, il s'est vite réjoui de sa présence à l'anneau olympique. «C'est vraiment cool que tu sois là, t'es comme le Joker des Jeux, qu'il m'a dit», raconte Muncef Ouardi (photo).
Le sprinteur de 500 m et 1000 m de l'équipe canadienne fait sourire autour de lui. En fait, coéquipiers et adversaires se réjouissent de le revoir sur la longue piste. Il ne lui reste qu'à se remettre au goût du jour.
«Le monde est super content de me voir, on me félicite d'avoir été capable de revenir de loin. Personnellement, je me perçois un peu de même [comme le Joker]. Je connais le niveau des autres gars», souligne le patineur de 27 ans, une recrue olympique malgré son expérience.
Cinquième dans l'épreuve d'entraînement de lundi qui n'avait rien de parfaite, selon son évaluation, Ouardi est conscient qu'il devra rouler à plein régime pour s'inviter parmi le peloton de tête. À son chrono de 35,37 secondes, il veut retrancher environ deux dixièmes pour finir avec un temps de «35,0 quelques chose».
«La barre est haute, c'est le moment pour le faire. Je veux patiner le mieux possible. Je suis loin d'avoir fait une course parfaite [lundi], je mise là-dessus.»
Il a notamment commis un faux départ, ce qui lui a fait réaliser qu'on était à un échelon supérieur à ce qu'il a vécu ces derniers mois. «Ça faisait longtemps que je n'avais pas fait de course au niveau international et les juges sont plus sévères. Cette pratique va m'être utile, je saurai à quoi m'attendre. Je trouve que le peloton s'est encore resserré depuis ma dernière présence, juste une petite erreur peut te faire glisser au classement», soutenait le patineur d'origine marocaine né au Québec.
«Il est le premier Marocain à aller aux Jeux en patinage de vitesse, il est déjà premier à quelque part», blaguait à ce sujet l'entraîneur Gregor Jelonek à propos de celui dont le surnom est le «Sheik».
Les Russes le savent...
Entraîneur de l'équipe canadienne de patinage de vitesse longue piste, Gregor Jelonek connaît les trucs du métier, lui qui n'en est pas à ses premiers Jeux olympiques à titre d'entraîneur. Il a même patiné sur l'anneau de Calgary, en 1988. Depuis l'arrivée à Sotchi, la glace de l'aréna Adler est dure comme du béton, mais elle est appelée à changer.
«Une journée, elle est dure, le lendemain, elle est molle. En Russie, on ne peut jamais le savoir, ils jouent avec les compresseurs, on n'a aucune idée du genre de glace qu'il y aura à chaque jour. Je trouve ça normal, mais je peux vous dire qu'eux [les Russes], c'est sûr qu'ils le savent», suggérait Jelonek.