Depuis 25 ans, Yvon Bureau milite pour le droit de mourir dans la dignité.

Mourir dans la dignité

La vie relève de la chance, la mort, du destin. Reste à voir comment rendre ce dernier passage le plus digne et libre possible. À cet égard, chacun porte une certaine responsabilité.
Depuis 25 ans, Yvon Bureau, travailleur social et militant du droit de mourir dans la dignité, livre infatigablement un message que l'on pourrait aussi bien appeler «vivre son mourir».
Se définissant lui-même comme un «Beauceron anarchiste», il n'hésite pas à interpeller les ministres, journalistes et professionnels de tout acabit sur toutes les tribunes possible aussi souvent que l'actualité lui en donne le prétexte. Il soutenait récemment André Dion, ce citoyen atteint d'un cancer incurable qui écrivait au ministre de la Santé pour réclamer le droit de mourir dignement lorsqu'il jugera le temps venu, sans souffrance, grâce à un soutien médical approprié. La lettre de M. Dion, publiée dans les journaux, a suscité de nombreuses réactions.
Vendredi, M. Bureau s'adressait à des retraités de l'enseignement pour leur livrer ses réflexions sur la fin de la vie et faire le point sur la situation actuelle au Québec.
Depuis qu'il a promis à son père, sur son lit de mort, en 1984, de faire changer les choses, de grands progrès ont été accomplis, constate-t-il d'abord. L'acharnement thérapeutique a perdu des plumes, et les médecins doivent respecter la volonté des personnes de refuser, d'accepter ou d'interrompre un traitement.
À cet égard, le Code civil tel que revu en 1995 est extraordinaire, dit-il, puisqu'il précise même que le consentement doit être «libre et éclairé». En d'autres mots, la personne doit recevoir toute l'information nécessaire à la prise de sa décision, et ne doit subir aucune pression pour exercer son choix.
Lorsque la personne en fin de vie est lucide, tout est clair. Mais c'est dans l'éventualité où ce ne serait plus le cas que la responsabilité des gens doit s'exercer. Le testament biologique, précisant les traitements et soins désirés, le mandat d'inaptitude, désignant la personne qui aura à faire respecter ces décisions, sont de véritables cadeaux à faire aux proches, dit-il.
«Mais ne tombez jamais dans le piège de nommer quelqu'un pour être votre mandataire sans le lui dire, ou de le nommer sans lui faire part de vos directives», dit-il. Son expérience lui a appris par ailleurs que les «horizontaux» (les mourants) sont beaucoup plus à l'aise que les «verticaux» (les gens en bonne santé) pour parler de ces questions, et qu'il ne faut pas hésiter à les aborder.
Aide au suicide
L'autre dimension de la fin de la vie abordée par Yvon Bureau est tout ce qui entoure ce qu'on appelle l'euthanasie, le suicide assisté, l'aide au suicide, etc. À son avis, encourager quelqu'un à se donner la mort ou l'aider pour y arriver doivent demeurer des crimes. Ce qu'il prône, par contre, c'est l'aide médicale active pour mourir, dans des conditions balisées et sécuritaires, afin d'éviter une agonie prolongée. À coup sûr, dit-il, cela ferait diminuer le suicide chez les personnes en fin de vie, qui seraient rassurées de savoir que cette possibilité existe.
Quant à ceux qui verraient justement le suicide comme une solution, il leur demande de penser à l'impact de leur geste sur ceux qui restent. «Qui vous découvrira pendu ou les veines ouvertes dans le bain?» demande-t-il.