Ken Taylor en 1980

Mort du héros canadien de la crise des otages en Iran

L'ancien diplomate canadien Ken Taylor, qui avait caché six citoyens américains lors de la crise des otages en Iran en 1979, est mort jeudi. Il avait 81 ans.
M. Taylor a succombé à un cancer à l'hôpital presbytérien de New York, a précisé son ami, Ralph Lean. Sa femme, Pat, était à ses côtés lorsqu'il s'est éteint, vers 14h45. Il laisse aussi dans le deuil son fils Douglas, sa bru Dana et ses deux petits-enfants.«Ceux d'entre nous qui le connaissaient ont perdu un ami, mais les Canadiens ont perdu un vrai héros qui a vécu sa vie au maximum et j'ai été assez chanceux de pouvoir me tenir avec lui», a confié M. Lean à La Presse Canadienne. Sa femme s'est souvenue d'un homme qui faisait «toutes sortes de choses pour tout le monde sans rien espérer en retour», et c'est ce qu'il a fait lors de la crise des otages en Iran. «Il n'y a pas pensé à deux fois. Il a foncé et il l'a fait. Son legs, c'est [l'idée] que donner est plus important que recevoir. C'est ce qu'il a fait avec tous ses amis», a-t-elle affirmé entrevue avec l'Associated Press.
L'ex-diplomate, né en 1934 à Calgary, était admiré pour avoir hébergé des Américains dans sa résidence et celle de son assistant, John Sheardown, pendant trois mois à Téhéran. Il avait facilité leur évasion en organisant l'achat des billets d'avion et en convainquant le gouvernement canadien de leur délivrer de faux passeports.
L'opération clandestine avait été appuyée à l'époque par le gouvernement progressiste-conservateur de Joe Clark, qui n'est resté au pouvoir que quelques mois. Dans un message publié sur son compte Twitter, jeudi, M. Clark a rendu hommage à ce «héros canadien» et à «un ami précieux».
L'ambassadeur des États-Unis au Canada, Bruce Heyman, a souligné pour sa part que les États-Unis seraient toujours «reconnaissants» envers M. Taylor pour avoir assuré le retour des six Américains sains et saufs dans leur pays.
<p>Ken Taylor a succombé à un cancer à l'âge de 81 ans.</p>
Critique envers le gouvernement Harper
Le premier ministre Stephen Harper a également écrit sur le réseau social qu'il avait appris la nouvelle «avec tristesse». «Il incarnait parfaitement le service étranger du Canada», a-t-il ajouté.
Ken Taylor s'était d'ailleurs publiquement opposé au gouvernement Harper, qui avait décidé de fermer l'ambassade du Canada à Téhéran en 2012 et de rompre les relations avec la République islamique. Selon lui, le Canada a fermé ses yeux et ses oreilles à un pays qui avait besoin d'être surveillé. «En tant que diplomate, je crois qu'on ne doit jamais lâcher», avait-il déclaré.
Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair et le libéral Justin Trudeau ont également salué la contribution de l'homme. «Aujourd'hui, on se souvient de Ken Taylor comme d'un héros canadien, car il représente le meilleur de notre service extérieur. Que son courage continue à inspirer», a déclaré M. Mulcair dans un communiqué. «Ken Taylor était un grand ambassadeur et un héros pour sa bravoure durant la Révolution iranienne. Grande perte pour le Canada», a affirmé M. Trudeau sur Twitter.
<p>Ken Taylor avait été interprété dans <em>Argo</em> par Victor Garber.</p>
Immortalisé dans Argo
Les réalisations de M. Taylor ont été exposées dans le film hollywoodien Argo, mettant en vedette Ben Affleck, qui a remporté l'Oscar du meilleur film en 2013.
Ken Taylor avait vertement critiqué le film pour avoir minimisé le rôle du Canada face à celui de l'agent de la CIA, Tony Mendez.
M. Affleck avait voulu rectifier le tir en disant que l'opération de la CIA n'aurait jamais réussi sans les efforts de M. Taylor et du Canada. «Il y avait des gens qui ne voulaient pas prendre des risques, mais le Canada l'a fait. Ils se sont dit: «Nous allons risquer notre statut diplomatique, nos vies pour aider ces six Américains à qui l'on ne doit rien, juste parce que c'est la bonne chose à faire»», avait-il expliqué au Festival international du film de Toronto.
En 2013, le festival torontois avait présenté en outre le documentaire Our Man in Tehran («Notre homme à Téhéran» en français) sur la vie de M. Taylor.