La Québécoise Corno, qui fait carrière à New York,  peint des visages de femmes aux lèvres pulpeuses, qui sont comme une offrande, et dont le désir est presque palpable.

Montréal en lumière: vive Corno!

L'artiste peintre Corno a beau avoir commencé sa brillante carrière à Montréal, une exposition de ses oeuvres dans la métropole reste une rareté. Depuis une vingtaine d'années, la Québécoise travaille à New York et ses oeuvres sont présentées par l'Opera Gallery dans les grandes capitales du monde. Corno est même, au sein de cette galerie, l'artiste peintre contemporaine dont les toiles se vendent le mieux.
Le Festival Montréal en lumière présente du mardi au dimanche, jusqu'au 15 mai, à la Maison du festival Rio Tinto Alcan (365, Sainte-Catherine Ouest) Art et désir, l'exposition la plus accessible jamais consacrée à Corno. D'abord, l'entrée est gratuite; ensuite, certaines des oeuvres qui y sont présentées sont abordables. La raison? Au lieu de ne présenter que des originaux en format géant (dont le prix atteint 30 000 $), on présente aussi des sérigraphies et des impressions numériques sur papier ou plexiglass (400 $ à 4500 $ environ).
Lors de notre passage, nous avons pu constater que les oeuvres se vendent comme des petits pains chauds : trois clients se disputaient en même temps la dernière impression numérique d'un visage de femme sur fond vert lime!
Corno s'intéresse au corps humain et, encore plus, aux visages de femmes. Souvent, elles ont la tête légèrement renversée vers l'arrière, leurs lèvres pulpeuses sont comme une offrande, leur désir est presque palpable, l'extase paraît proche. Le trait de pinceau, précis pour les lèvres et certains aspects du visage, devient furieusement libre dans les chevelures et les contours. Les couleurs vives traduisent une nature passionnée, audacieuse, énergique.
Il y a quelque chose de bédéesque dans certaines toiles et certainement une touche d'influence du grand Andy Warhol, mais Corno exprime une désinvolture et une sensualité qui n'est qu'à elle. Les oeuvres les plus saisissantes de l'exposition sont une série de trois visages sur fond rouge vif, exposées côte à côte. Les impressions sur plexiglass conviennent à merveille à ces toiles modernes, urbaines et extravagantes qu'on pourrait contempler pendant des heures à défaut de pouvoir les ramener dans son salon...
On trouve aussi, dans le parcours, de superbes torses d'hommes nus et une immense toile de corps féminin dans des tons mauves, gris et noirs. Cela fait contraste avec les fonds vifs de plusieurs oeuvres et exprime une douceur que Corno laisse entrevoir de temps à autre, dans les expressions de ses sujets. Pensons aux toiles de fleurs ou à la magnifique femme aux cheveux blancs et lèvres roses. Vraiment, si vous passez par Montréal, laissez-vous séduire par l'univers Corno : le détour vaut le plaisir.
Parce que c'est lui
Une autre exposition montréalaise qui mérite qu'on s'y attarde est celle des oeuvres picturales de Gilles Carle, présentée au Marché Bonsecours jusqu'au 1er avril. Parce que c'est lui circulera ensuite en province pendant les trois ou quatre prochaines années.
C'est une exposition d'une impudeur magnifique; on entre littéralement dans la vie d'un couple qui a réussi à faire de son histoire d'amour une oeuvre d'art. Les dessins, peintures et photographies de Gilles Carle, dont le sujet préféré fut sa belle Chloé Sainte-Marie, sont présentés dans un espace qui évoque leur appartement. On y trouve leur cuisine et un salon meublé de fauteuils qui ont décoré leur chez-soi. Ici et là, on lit des mots d'amour qu'ils se sont écrits. En soi, ils ne sont pas des oeuvres d'art, mais ensemble, ils participent à en créer une grande.
Les toiles de Carle évoquent Picasso et ses dessins sont remplis d'humour. Mais ce sont surtout ses photos et sa maîtrise absolue de la lumière qui frappent l'oeil. Le coeur, lui, est bouleversé par tant de beauté et tant d'amour. Inspirant...
Les frais de ce séjour à Montréal ont été couverts par le Festival Montréal en lumière