Du 12 au 23 février, Philippe Bélanger dirigera un groupe de cinq juges au parc à neige de Bokwang lors des Jeux olympiques de PyeongChang.

Monsieur le juge, Philippe Bélanger

Comme skieur, Philippe Bélanger n'a jamais participé aux Jeux olympiques. N'y a pas même rêvé. Mais retraité des pentes depuis plus de 10 ans, voilà que le résident de Lac-Beauport ira en Corée du Sud, en février.
«Ça conclut parfaitement tout ce que j'ai fait dans le freeskiing», explique au Soleil celui qui oeuvrera comme juge en chef des compétitions de slopestyle et de demi-lune en ski aux Jeux olympiques de 2018.
«C'était un but. Je suis content d'y aller comme juge. Dans le temps que je skiais, le sommet, c'était les X Games et je l'ai fait. Maintenant, je vais faire mon nom pour autre chose dans ma carrière», explique celui qui a laissé sa marque dans le monde naissant du ski en style libre au tournant des années 2000 avec ses homonymes et concitoyens Philippe Larose et Philippe Dion.
Du 12 au 23 février, au parc à neige Bokwang, Bélanger dirigera un groupe de cinq juges : un Français, un Suédois, un Slovène, un Américain et un Suisse. Les six seront au boulot pour les entraînements, les qualifications et les finales de quatre épreuves à médaille.
Mais le juge en chef ne juge pas. «Je gère les juges», résume Bélanger. Plus un coach, un manager. Élu par les autres pays, il s'assure que ses protégés ont tout ce qu'il leur faut. Il organise et mène les réunions; fait partie du comité des officiels des Jeux.
Pendant la compétition, ses cinq juges doivent suivre la même ligne directrice, évaluer les cinq mêmes critères, voir les mêmes choses, les bonnes choses. «Je leur parle beaucoup pendant l'épreuve. Notre système de pointage repose plus sur les rangs que les points, alors je m'assure qu'ils ont mis l'athlète au rang où ils le voulaient tout en se gardant une marge de manoeuvre pour ceux qui suivent», explique celui qui a entre autres été juge en chef à la dernière Coupe du monde de Stoneham, à Québec.
L'ex-skieur de 36 ans juge depuis 2004, trois ans avant de remiser ses skis. Longtemps dans les compétitions des circuits professionnels où il avait lui-même été un joueur étoile, comme les X Games et le Dew Tour.
Il s'est approché des événements de la Fédération internationale de ski (FIS) dans les dernières années, le juge plus expérimenté Mike Atkinson lui étant toutefois préféré par la fédération canadienne aux JO de Sotchi, en 2014. 
Devant son chum
Cette fois, c'est lui qui passe devant son chum Larose, l'autre juge canadien de niveau international avec Bélanger et Atkinson. Il compte pousser la candidature de Larose comme juge pour Pékin 2022.
Pour être un bon juge, pas besoin d'avoir été un grand skieur, dit-il. Mais du vécu de haut niveau s'avère essentiel. «Pour évaluer un cork 720 avec un grab, il faut que tu connaisses la sensation de le faire pour en saisir la difficulté. Si tu ne l'as jamais fait, tu ne sauras pas que c'est plus difficile qu'un autre, même si ça ne paraît pas tellement à l'oeil», fait-il valoir.
Il admet que l'habileté des athlètes dépasse parfois les connaissances des juges. Mais les mouvements de base demeurent les mêmes que lui et ses potes de l'époque ont pour ainsi dire inventés, «sauf que les jeunes les font en double ou en triple».
Aux Jeux de PyeongChang, Bélanger devrait observer les skieurs de Québec Kim Lamarre, médaillée de bronze olympique en 2014, Alex Beaulieu-Marchand et Anouk Purnelle-Faniel. Aussi Alex Bellemare, de Saint-Boniface en Mauricie.
Propriétaire de la boutique D-Structure depuis 2003, où il est maintenant associé avec Philippe Warren - un autre Phil! -, Bélanger ne gagne pas sa vie comme juge. À 45 euros par jour aux JO ou 100 francs suisses en Coupe du monde, «tu le fais parce que ça te tente», insiste-t-il.
Il est quand même membre du comité park & pipe mandaté par la FIS pour apporter changements et améliorations aux épreuves de style libre. Mais la politique du sport, très peu pour lui, même si le coordonnateur du secteur freeskiing de la FIS, Joe Fitzgerald, semble vouloir s'en faire un allié.