Monastère des Augustines: hospitalité renouvelée

Les travaux sont presque finis, le chantier doit être livré d'ici quelques semaines. Après plus de deux ans de restauration et de construction, le monastère des Augustines est bientôt prêt à commencer une nouvelle vie. Une vie en continuité avec le passé de la communauté religieuse.
Ce projet représente l'aboutissement d'une réflexion qui a commencé il y a maintenant 25 ans, alors que les Augustines connaissaient dès la fin des années 80 une décroissance importante de leurs effectifs. «Entre 1990 et 2000, nous avons formé des comités de religieuses et d'experts pour nous conseiller. Nous avons un très riche patrimoine ethnologique, artistique et médical, mais les soeurs n'étaient plus aptes à s'en occuper», explique la supérieure de la Fédération des monastères des Augustines, soeur Lise Tanguay.
La priorité des Augustines était claire : il fallait assurer la pérennité de ce patrimoine. Des biens provenant des 12 monastères-hôpitaux de la province - dont six sont toujours en activité - seront à terme rassemblés au monastère-hôpital fondateur, celui de L'Hôtel-Dieu de Québec. «On voulait procéder au regroupement de nos archives, de nos collections. Si elles étaient éparpillées, elles n'auraient plus la même signification», indique soeur Lise, la plus jeune des 12 religieuses qui résident toujours au monastère fondateur, dans le Vieux-Québec.
Le patrimoine des Augustines comprend bien sûr des terrains et des bâtiments, mais aussi quelque 40 000 objets - dont 9000 liés à la médecine - et un kilomètre linéaire d'archives et de livres anciens. «Dans les annales [tenues par les Augustines], la vie de la communauté est documentée au jour le jour depuis sa fondation. On y relate les événements importants, comme les visites de Montmagny ou de Jean Talon», souligne la religieuse, précisant qu'une petite partie a malheureusement été perdue lors de l'incendie du monastère de L'Hôtel-Dieu de Québec, en 1755.
Création d'une fiducie
Bien qu'il y ait tout de même quelques jeunes femmes qui reçoivent «l'appel», «il fallait se rendre à l'évidence» du déclin inexorable des Augustines. Les soeurs ont alors décidé de confier la sauvegarde de leur patrimoine à la société québécoise en créant une fiducie d'utilité sociale. «Gardienne des intentions des Augustines», cette fiducie supervisera les activités du monastère, qui ouvrira bientôt ses portes sous forme de centre de ressourcement et de santé globale.
«C'était important pour nous que le monastère continue d'être un lieu de vie. Il offrira une forme d'hospitalité renouvelée. Même s'il n'y aura pas de connotation religieuse, la mission des Augustines, qui est de soigner les corps et les âmes, sera préservée.»
Et les religieuses continueront d'habiter les lieux, tant qu'elles en seront capables, dans une aile qui leur est réservée. Elles côtoieront désormais au quotidien, à même ce monastère qui fut cloître à une certaine époque, des gens de toutes nationalités et de toutes religions venus prendre soin de leur corps et de leur esprit. «On doit s'adapter à la société dans laquelle on vit», constate soeur Lise, sans amertume.
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Fondatrices des premiers hôpitaux
En 1639, trois jeunes augustines débarquent en Nouvelle-France avec pour mission d'établir un hôpital pour soigner les autochtones et les rares colons. Elles fondent alors L'Hôtel-Dieu de Québec, qui devient le premier hôpital en Amérique au nord du Mexique. Onze autres monastères-hôpitaux seront par la suite fondés par la communauté religieuse, lesquels ont jeté les bases du système de santé actuel dans la province. Elles y ont activement contribué en tant que propriétaires, gestionnaires d'hôpitaux, infirmières et pharmaciennes. Si les hôpitaux ont été progressivement transférés à l'État québécois à partir des années 70, les Augustines préservent le riche savoir acquis depuis le début de la colonie.