La foule surveillant l'action au huitième trou du Tournoi des maîtres en 2016. Ce qui frappe en foulant le sol du Augusta National, c'est le respect qui existe entre tout le monde. Personne ne court, pas de bousculade, pas de cris. Seulement une atmosphère reposante, comme si chaque personne se retrouvait dans un lieu de culte.

Moments forts au Masters

Du 6 au 9 avril, Réal Labbé vivra un 12e Tournoi des maîtres en 13 ans. Il a vécu des moments forts aux abords du parcours mythique du club Augusta National. Et même sur le terrain, car il a eu l'occasion d'y jouer à deux occasions. Le Masters lance en quelque sorte la saison de golf. C'est le premier tournoi majeur et, à cause de sa renommée, les joueurs invités se font un devoir de répondre présents. Voici un résumé des 11 tournois vécus par notre collaborateur.
Réal Labbé occupe la même place depuis 11 ans dans l'immense salle de presse.
2005
Première présence au prestigieux Tournoi des maîtres. On se demande comment ça va se passer. Heureusement, je suis avec Denis Messier, collègue de La Tribune à Sherbrooke, qui a déjà quelques Masters derrière la cravate. Depuis ce temps, nous faisons d'ailleurs notre pèlerinage annuel ensemble, prenant l'habitude de faire un détour par Myrtle Beach, histoire de disputer quelques rondes. L'acclimatation se fait bien, surtout que nous sommes accueillis avec chaleur dans la salle de presse, un immense amphithéâtre où on me désigne une place qui sera mienne pendant ces 11 ans.
Ce qui frappe en foulant le sol du Augusta National, c'est le respect qui existe entre tout le monde. Personne ne court, pas de bousculade, pas de cris, pas de déchets qui traînent. Seulement une atmosphère reposante, comme si chaque personne se retrouvait dans un lieu de culte. Ce qui est vrai pour plusieurs.
Avec Denis, nous faisons la visite des lieux, le vieux chêne où l'on peut rencontrer joueurs et personnalités, puis la découverte du parcours, trou par trou, histoire de situer le «nouveau». Outre la beauté des lieux, ce qui frappe, c'est la dénivellation du parcours. Vraiment impressionnant. Bonne année pour moi, puisque j'assiste à la quatrième victoire de Tiger Woods et à la dernière présence du légendaire Jack Nicklaus.
2006
L'année des gros changements sur le terrain. On allonge certains trous, dont le quatrième, une normale 3 qui passe à 240 verges. Ce qui fait dire à Tiger Woods que c'est la première fois qu'il utilisait un bois pour franchir la distance sur une normale 3. D'autres trous ont non seulement été allongés, mais ils ont aussi été rendus plus étroits avec la plantation d'arbres matures. Phil Mickelson est au sommet de son art avec une deuxième victoire.
2007
Année spéciale pour moi. Le hasard me favorise et mon nom est pigé pour disputer une ronde sur le parcours même du Tournoi des maîtres. Tu es un peu nerveux au début, tu ne veux surtout pas faire une coche mal taillée. Encore mieux, le lendemain j'ai l'occasion de jouer un autre terrain renommé :  le Pinehurst numéro 2.
Changement de garde à la direction du Tournoi des maîtres et du club Augusta National alors que Bill Payne remplace Hootie Johnson, qui a eu son lot de controverses. Payne a des visions plus larges pour le développement du golf et pour lui, ça doit passer par Augusta. La victoire va à Zach Johnson alors que Gary Player dispute son 50e Masters. C'est aussi le retour d'Arnold Palmer, invité à frapper le coup de départ protocolaire, le jeudi matin.
Denis Messier, de La Tribune de Sherbrooke, notre collaborateur Réal Labbé, le légendaire Arnold Palmer et l'ancien journaliste André Rousseau en 2011.
2008
Le président Bill Payne continue de démocratiser l'accès au Tournoi des maîtres avec une politique permettant aux enfants, accompagnés d'un parent, d'assister gratuitement au Tournoi. Trevor Immelman résiste aux poussées de Brandt Snedeker pour remporter la victoire. Tiger Woods y est allé de quelques-uns de ses coups magiques, mais n'a pu déloger le Sud-africain. Quant à Phil Mickelson, une troisième ronde de 75 l'a littéralement sorti de la course.
2010
Après une année d'absence, de retour à Augusta, où des changements majeurs ont été apportés avec l'ajout d'un champ d'exercices tout ce qu'il y a de mieux. Finies les balles qui se retrouvaient quelquefois sur la rue Washington. Les participants au Tournoi des maîtres ont toutes les facilités nécessaires. Et dans l'esprit des gens du Augusta National, les spectateurs n'ont pas été oubliés et ils peuvent assister facilement aux exercices des joueurs.
On le disait incapable de gagner un tournoi majeur, mais voilà que Phil Mickelson fait montre de tout son talent et va chercher un troisième veston vert. Le fait saillant de son tournoi a été un superbe coup exécuté avec un fer numéro 6, au 13e trou, entre deux arbres. «Phil The Thrill» a placé son coup à quelques pieds de la coupe pour inscrire un aigle. Victoire émotive pour le grand gaucher, car dans les mois précédents, son épouse Amy et sa mère Mary avaient été diagnostiquées d'un cancer.
C'était aussi l'année du retour de Tiger Woods, après un épisode malheureux avec son ex-femme. Jamais une conférence de presse n'avait été aussi courue au Tournoi des maîtres. Il fallait même réserver sa place plusieurs jours avant qu'il ne s'adresse aux médias.
2011
Le 75e Tournoi des maîtres couronne Charles Schwartzel et Jack Nicklaus se joint à Arnold Palmer pour les coups de départ symboliques du jeudi matin. On assiste à l'émergence des jeunes loups avec les Rory McIlroy, Jason Day et Rickie Fowler. La quatrième ronde a suscité l'excitation dans la salle de presse alors que pas moins de huit joueurs se sont échangé la tête. Le Sud-Africain Schwartzel a terminé en force avec quatre oiselets d'affilée. Fait à souligner, cette victoire arrive tout juste 50 ans après le triomphe de son compatriote Gary Player.
Augusta National et son président Bill Payne offrent maintenant aux amateurs la possibilité de se procurer des billets, par tirage au sort, grâce à Internet.
2012
L'année des gauchers à Augusta, avec la victoire spectaculaire de Bubba Watson en prolongation contre Louis Oosthuizen grâce à un coup quasi impossible à travers les arbres, au 10e trou. J'étais sur les lieux quand Phil Mickelson a perdu le tournoi à la suite d'un coup de départ erratique au 4e trou, une normale 3. La balle est arrivée sur une barre de métal près de nos sièges dans les estrades et a ricoché dans le boisé. Il a pris le risque de jouer un coup hasardeux et s'est brûlé. Son triple boguey a fait toute la différence en faveur de Watson.
En 2015, Réal Labbé est choisi pour disputer une ronde le lundi. On le voit ci-contre sur le fameux pont du 12e trou que seuls les joueurs et les cadets peuvent fouler.
2013
Les Australiens débarquent en force. Marc Leishman mène après la première ronde, Jason Day est en tête après la deuxième et Adam Scott remporte le Tournoi des maîtres. Non sans avoir livré une chaude lutte au colosse argentin Angel Cabrera.
Tiger Woods a été le centre d'une autre controverse après avoir vu sa balle rouler dans l'eau au 15e. En résumé, sa décision de placer une autre balle à un certain endroit a été contestée et il a fallu que le Comité des règles se réunisse le samedi matin pour décider du sort de Tiger. Finalement, on lui a donné deux coups de pénalité, au grand dam de nombreux journalistes qui disaient que Woods aurait dû être disqualifié. Chose certaine, cette décision a alimenté la salle de presse pendant un bon bout de temps et les spéculations allaient bon train, allant jusqu'à dire que Tiger jouissait d'un traitement de faveur.
2014
L'absence de Tiger Woods, ennuyé par des maux de dos, crée une dynamique différente sur le terrain. Sa présence suscite normalement des mouvements de foule assez impressionnants, à tel point que certains joueurs qui évoluent en sa compagnie en sont dérangés. Disons que c'est plus facile pour les spectateurs quand il ne joue pas.
Le club Augusta National est envahi par les jeunes en ce dimanche avant le tournoi avec la première présentation de la compétition Drive, Chip and Putt. Le club veut être un chef de file dans le développement du golf à tous les niveaux. Bubba Watson épate encore la galerie avec des coups audacieux et spectaculaires pour remporter son deuxième veston vert.
2015
Un tournoi exceptionnel avec l'émergence des jeunes, dont Jordan Spieth qui, à 21 ans, remporte la victoire. Rory McIlroy s'ajoute aux prétendants d'un titre de vainqueur du Masters. Spieth épate tout le monde, tant par son jeu que par sa maturité. Le «vieux» Phil Mickelson est au plus fort de la course et il termine deuxième.
Tournoi spécial aussi pour moi puisque pour la deuxième fois depuis que je couvre le tournoi, je suis choisi pour disputer une ronde le lundi. Cette fois, en compagnie d'André Rousseau, c'est le traitement VIP avec notre présence dans le vestiaire des champions, où nous partageons le casier de Nick Faldo et Trevor Immelman. Comme dirait l'autre, c'était une journée bénie des dieux, à tous les points de vue.
2016
On ne l'avait pas vu venir celui-là. Tout le monde attendait Jordan Spieth au fil d'arrivée, mais c'est plutôt Danny Willet qui a revêtu le veston vert. Spieth s'est effondré au 12e trou, avec deux balles à l'eau pour un quadruple boguey. Il n'a jamais été capable d'en revenir. C'était la consternation dans la salle de presse et on continuera de lui en parler cette semaine, quand il rencontrera les journalistes.
Dernière apparition aussi pour un Arnold Palmer usé par la maladie qui n'a pas effectué le coup de départ protocolaire en compagnie de ses amis Jack Nicklaus et Gary Player. Cinq mois plus tard, il décédera à l'âge de 87 ans.