La grande richesse du texte, la distribution éclatante et la mise en scène sans temps mort font de la pièce un incontournable.

Mois d'août, Osage County: le poids de la génétique

La directrice artistique du Trident, Anne-Marie Olivier, a qualifié Mois d'août, Osage County de comédie cruelle. L'expression ne saurait être plus juste : on rit, on rit beaucoup dans cette fresque familiale où rien ne tourne rond. Mais on s'en veut souvent de rire tellement le destin de cette famille dysfonctionnelle est pathétique.
Les couteaux volent souvent très bas dans la demeure des Weston, située au milieu des plaines de l'Oklahoma. Tout le clan (la mère, les trois filles, les conjoints, la petite-fille, la belle-soeur, le beau-frère et le cousin) se rassemble d'urgence au mois d'août, en pleine canicule, parce que le père, Beverly, a disparu. Inutile d'essayer de résumer ici toutes les ramifications de cette saga familiale qui s'étire sur près de trois heures de jeu. Disons seulement que les relations ne sont pas au beau fixe et que tout un chacun a ses secrets qui voleront en éclats éventuellement.
Au coeur de la pièce, il y a l'incroyable Violet, l'impitoyable matriarche, atteinte d'un cancer de la langue et complètement accro aux pilules. Dire que la vieille femme est aigrie par la vie est un euphémisme. Paule Savard livre une performance magistrale dans la peau d'un être qu'on aime détester... même si on a aussi envie de la prendre en pitié, bien souvent.
Autour de Violet se déploie une galerie de personnages qui ont tous autant de substance, auxquels l'imposante distribution sait rendre justice. C'est là la grande force de la pièce de Tracy Letts, gagnant d'un prix Pulitzer pour August, Osage County. Chaque destin nous intéresse; les histoires s'entremêlent, mais aucune d'elles ne paraît superflue ou accessoire. C'est probablement pour cette raison que les 3 heures 30 que dure la pièce (incluant l'entracte) passent à la vitesse de l'éclair.
Traduction de qualité
La qualité de la traduction de Frédéric Blanchette mérite d'être soulignée. Toute la finesse de l'humour savoureusement sarcastique de la pièce a été conservée. Si les personnages parlent avec naturel dans un québécois familier, on se sent quand même en Oklahoma.
Cela tient sûrement aussi au décor monumental et hyperréaliste, créé par Monique Dion, de cette maison entière ouverte sur scène, où tous s'affairent même quand l'attention n'est pas dirigée vers eux. Quand Johnna, la servante amérindienne, cuisine le repas, on sent réellement l'odeur de la nourriture. Quand les personnages s'apprêtent à aller se coucher, ils ouvrent le divan-lit devant nous. Des détails, peut-être, mais tout concourt à nous faire sentir comme un membre de cette famille.
Et c'est là, sûrement, l'attrait le plus puissant de la pièce, qui offre une expérience radicalement différente et plus riche que le film qui en a été tiré récemment, avec Julia Roberts et Meryl Streep comme têtes d'affiche. On se prend tranquillement au jeu de s'attacher aux membres de la famille Weston, qui savent bien mal s'y prendre pour s'aimer.
La grande richesse du texte, la distribution éclatante et la mise en scène sans temps mort de Jean-Philippe Joubert font de Mois d'août, Osage County un événement théâtral à ne pas manquer. Avec un petit plus de bonheur, la belle musique folk d'Emilie Clepper, qui rôde avec sa guitare comme un fantôme dans cette maison pour rythmer les scènes et raviver cette touche d'américanité qui dort en nous tous.
La pièce Mois d'août, Osage County est présentée jusqu'au 29 mars au Théâtre du Trident.