Le réalisateur Barry Jenkins

Mohamed Diab et Barry Jenkins dans les jurys

Le réalisateur égyptien Mohamed Diab fera partie du jury Un certain regard du Festival de Cannes, tandis que l'Américain Barry Jenkins sera membre du jury des courts métrages et de la Cinéfondation, ont annoncé dimanche les organisateurs à trois jours du coup d'envoi de la 70e édition mercredi.
Présidé par l'actrice américaine Uma Thurman, le jury Un certain regard sera composé, en plus de M. Diab, de l'acteur français Reda Kateb, du réalisateur belge Joachim Lafosse et de Karel Och, directeur artistique du festival tchèque de Karlovy Vary.
Le jury des courts métrages et de la Cinéfondation, présidé par le réalisateur roumain Cristian Mungiu, sera composé du réalisateur Barry Jenkins, auteur de Moonlight (Oscar du meilleur film 2017), de l'actrice française Clotilde Hesme, du réalisateur singapourien Eric Khoo et de la réalisatrice grecque Athina Rachel Tsangari. Ce jury aura à décerner trois prix parmi les 16 films d'étudiants d'écoles de cinéma, et la Palme d'or du court métrage parmi neuf films sélectionnés en compétition.
Le jury de la Caméra d'or, présidé par l'actrice française Sandrine Kiberlain, comprendra plusieurs Français - l'actrice Elodie Bouchez, le réalisateur Guillaume Brac, le chef opérateur Patrick Blossier, le critique Fabien Gaffez, le spécialiste de post-production Thibault Carterot - ainsi que le producteur suisse Michel Merkt.
19 films en lice
Les proies de Sofia Coppola, avec Nicole Kidman
Faute d'amour du Russe Andreï Zviaguintsev (Leviathan)
Good Time de Benny et Josh Safdie, avec Robert Pattinson
The Square du Suédois Ruben Östlund, avec Dominic West et Elisabeth Moss
You Were Never Really Here de Lynne Ramsay, avec Joaquin Phoenix
L'amant double du Français François Ozon, avec Marine Vacth et Jérémie Renier
La Lune de Jupiter du Hongrois Kornél Mandruczo
In the Fade du Germano-Turc Fatih Akin, avec Diane Kruger.
Mise à mort du cerf sacré de Yorgos Lanthimos (The Lobster)
Vers la lumière (Hikari) de la Japonaise Naomi Kawase
Le jour d'après de Sang-soo, avec Kim Min-hee
Le redoutable du Français Michel Hazanavicius (The Artist), avec Louis Garrel
Wonderstruck de l'Américain Todd Haynes (Carol)
Happy End de Michael Haneke (Amour), avec Jean-Louis Trintignant et Isabelle Huppert
Rodin de Jacques Doillon, avec Vincent Lindon.
120 battements par minute du Français Robin Campillo (Eastern boys), avec Adèle Haenel
Okja de Bong Joon-Ho, avec Tilda Swinton et Jake Gyllenhaal
The Meyerowitz Stories (New and Selected), de Noah Baumbach, avec Dustin Hoffman
Une femme douce de l'Ukrainien Sergei Loznitsa
Palme d'or d'exception : 118 grammes d'or constellés de 167 diamants
Pour célébrer la 70<sup>e</sup> édition du Festival de Cannes, la Palme d'or qui sera remise le 28 mai au meilleur film de la compétition sera incrustée de diamants.
Toujours plus convoitée et précieuse... Pour célébrer la 70e édition du Festival de Cannes, la Palme d'or qui sera remise le 28 mai au meilleur film de la compétition sera incrustée de diamants.
La première Palme a été décernée en 1955 à Marty de l'Américain Delbert Mann par un jury présidé par Marcel Pagnol. Retour sur l'histoire, les anecdotes, la fabrication d'un véritable «Graal» cinématographique.
Avant la Palme
Jusqu'en 1954, le meilleur film remportait le «Grand prix du Festival International du Film». Le réalisateur primé repartait avec un diplôme et une oeuvre d'art signée d'un artiste contemporain. Alors délégué général du festival, Robert Favre Le Bret lance alors un appel d'offres auprès de joailliers pour créer un trophée rappelant la feuille de palmier qui figure sur les armoiries de la ville de Cannes. La créatrice de bijoux Lucienne Lazon, aidée selon la légende par l'écrivain Jean Cocteau qui présidait le jury cette année-là, a remporté le concours.
Sexagénaire très convoitée
La première Palme d'or ne fait pourtant pas l'unanimité : le trophée est abandonné après le festival de 1963. Elle sera finalement réhabilitée en 1975.
La Palme a célébré ses 60 ans en 2015, mais n'a été attribuée que 56 fois depuis sa première édition, en comptabilisant les cinq années où des trophées ex-aequo ont été décernés.
Palme-bijou
L'actuel trophée a été dessiné en 1998 par Caroline Scheufele, coprésidente de Chopard, le joaillier suisse qui fournit chaque année gracieusement le trophée, en échange d'un partenariat officiel.
Délicatement courbée, la tige ornée de 19 feuilles sculptées à la main, pèse 118 grammes d'or 18 carats et forme à sa base un coeur. Confection d'un moule en cire, injection de l'or dans l'empreinte, polissage... : 40 heures de travail et l'intervention de cinq ouvriers et joailliers, sont nécessaires.
Diamants sur coussin de cristal
La Palme repose sur un coussin de cristal de roche de 1 kg, taillé en forme de diamant et toujours unique, la nature ne donnant jamais naissance à deux cristaux identiques. Pour le 70e anniversaire et pour la première fois, la Palme 2017 sera incrustée de 167 diamants pour un poids de 0,694 carat, «tels des poussières d'étoiles sur le feuillage et la tige», précise Caroline Sheufele.
Palme éthique
Depuis 2014, la Palme bénéficie du label international « Fairmined «, garantissant que l'or utilisé est extrait dans le respect de l'environnement et des droits sociaux des orpailleurs. Les diamants de la Palme du 70e anniversaire proviennent aussi d'un fournisseur certifié par le Responsible Jewellery Council, principale organisation internationale dans la fixation de normes éthiques.
Palme de secours
En cas de Palme ex-aequo, ou encore d'accident matériel, une Palme de secours est toujours prévue. Depuis 2000, deux mini-palmes récompensent les prix d'interprétation féminin et masculin. Sous très haute sécurité, les Palmes sont livrées au dernier moment, quelques heures avant la cérémonie de clôture.
Double-palmés
Huit lauréats font partie du cercle envié des «double-palmés» : Francis Ford Coppola (Grand prix en 1974, précédente dénomination et Palme d'or en 1979), Shoei Imamura (1983 et 1997), Bille August (1988 et 1992), Emir Kusturica (1985 et 1995), les frères Jean-Pierre et Luc Dardenne (1999 et 2005), l'Autrichien Michael Haneke (2009 et 2012) et Ken Loach (2006 et 2016).
Souvenirs de Cannes: interview seins nus sur la plage
Pour la 70e édition du Festival de Cannes, l'AFP a recueilli, à travers le monde, les témoignages exclusifs de 70 personnalités du cinéma qui racontent leur premier Festival et/ou leur meilleur souvenir.
Le réalisateur tchadien Mahamat-Saleh Haroun
«Il y a vingt ans, j'arrive à Cannes après onze heures de train, je ne vais passer qu'une seule nuit ici, il me faut absolument monter les marches. J'arrive à dégoter une invitation pour le film de Kiarostami Le goût de la cerise (1997). Je foule enfin le tapis rouge. Rite d'initiation. Tu as le sentiment d'avancer au ralenti, comme si le temps était suspendu... L'immensité de la salle. Pour atteindre mon siège, situé au dernier rang, il me faut monter l'interminable escalier. Et en 2010, quand je me retrouve sur la scène pour recevoir le Prix du jury pour Un homme qui crie, ma première réaction a été de lever la tête vers les gens perchés là-haut. J'aime accroire que parmi eux un jeune cinéaste observe le spectacle avec des rêves plein la tête...».
Le réalisateur brésilien Fernando Meirelles
«La première fois, c'était pour La Cité de Dieu (2002). Le film faisait du bruit et j'ai passé six jours à donner des entretiens et à recevoir des propositions pour diriger d'autres films. J'avais la sensation d'être renversé par un camion, mais cela m'a projeté sur la carte mondiale du cinéma. La deuxième fois, j'ai ouvert le festival avec Blindness (2008), un film pas forcément adapté pour ça. Les critiques furent dures, ce qui a fini par mettre en péril le film. J'ai à nouveau eu l'impression d'être renversé par un camion».
L'actrice portugaise Maria de Medeiros
«Je crois que le premier festival de Cannes dans lequel j'étais en compétition était celui qui a valu à Pulp fiction la Palme d'or (1994), c'était incroyable! J'avais l'impression de me retrouver au beau milieu d'un tsunami. Avec le temps, j'ai appris à apprécier le Festival, à m'amuser avec ce qui au début me faisait peur : le tourbillon médiatique, la tension, le rythme fou».
Le réalisateur philippin Brillante Mendoza
«Je suis venu pour la première fois en 2007 avec John John à la Quinzaine des réalisateurs. Le seul fait qu'ils m'aient sélectionné était déjà écrasant, il y a eu seulement trois réalisateurs philippins sélectionnés à Cannes et la dernière fois c'était il y a vingt ans. Nous étions en retard à la projection et on a dû se faufiler par l'arrière de la salle. Je n'avais pas imaginé qu'il y aurait une telle ovation. Je me levais pour dire merci, et chaque fois que je me rasseyais, les applaudissements redoublaient. J'en ai pleuré».
L'actrice canadienne Monique Mercure
En 1977, Monique Mercure est restée seulement 36 heures à Cannes pour <em>J.A. Martin Photographe</em>. Au lieu d'aller à la première, elle s'est retrouvé sur la plage à boire du champagne avec le réalisateur Jean Beaudin (à gauche) et Marcel Sabourin (à droite).
«Après un long trajet depuis Montréal, j'avais rendez-vous sur la plage et la journaliste est arrivée seins nus pour m'interviewer. C'était absolument incroyable.»
«Comme je jouais au théâtre, je suis restée seulement 36 heures à Cannes pour J.A. Martin Photographe (pour lequel elle a eu le prix d'interprétation féminine en 1977). Au lieu d'aller à la première, on s'est retrouvé sur la plage à boire du champagne avec le réalisateur Jean Beaudin et Marcel Sabourin (son partenaire dans le film)».
Le réalisateur égyptien Yousry Nasrallah
«Les gens s'imaginent que c'est de la frime, la jet-set, non, c'est pas du tout ça. Cannes, c'est beaucoup de travail, c'est extrêmement dur. C'est une énorme machine qui peut vous porter aux nues et qui peut vous broyer. On y est star pendant 36 heures, et après c'est au suivant».
«Mon meilleur souvenir, en tant que critique, c'est d'avoir assisté à 8h30 du matin à La Cité des Femmes de Fellini (1980), avoir eu la chance de le rencontrer et de prendre un café avec lui. Pour quelqu'un qui veut faire du cinéma, ça vous donne le sentiment que voilà, je peux le faire, je peux être cinéaste».
L'acteur américain Robert De Niro
Robert de Niro en 1976 pour le film <em>Taxi Driver</em>
«J'ai été à Cannes huit ou neuf fois. J'ai toujours aimé son côté glamour, toute l'ébullition autour, son côté très spécial».
«Une année (en 1975), je suis venu pour 1900 de Bertolucci avec Gérard Depardieu. Gérard et moi, on y est allé ensemble en voiture, et j'ai retrouvé Marty Scorsese. On était sur le point de commencer Taxi Driver».
L'actrice espagnole Rossy de Palma
«Mon meilleur souvenir, c'est quand Thierry Frémaux m'a appelée et m'a demandé :"tu veux être membre du grand jury? Cette année, ce sont les frères Coen qui président"».
«C'était magique, et j'ai eu de graves problèmes de retour à la réalité ensuite. Vous voulez y rester, vous lever et voir des films, discuter avec vos passionnants compagnons de jury "qu'en as-tu pensé?"... des débats, des repas de régal, des tenues merveilleuses que les créateurs font spécialement pour vous... a dream come true!».
Le cinéaste franco-polonais Roman Polanski
En 2002, Roman Polanski avait remporté la Palme d'or pour <em>Le pianiste.</em>
«C'était mon premier voyage à l'Ouest après le 20e Congrès du Parti communiste où Khrouchtchev avait dénoncé les crimes de Staline. On a commencé à laisser certaines personnes qui avaient de la famille à l'étranger, aller la visiter. J'ai eu mon passeport, je suis allé à Paris et me suis promis de visiter la Mecque des cinéastes qu'était pour nous le Festival de Cannes. À l'époque (1957), j'étais à l'école de cinéma de Lodz et Wajda, un de mes amis, présentait Ils aimaient la vie».
«Il s'est passé un épisode assez drôle, le jour de mon départ. Je n'ai pas pu prendre le bus. Il y avait un monsieur assez âgé avec une abondante chevelure blanche, accompagné d'une femme assez jeune qui a proposé de partager le taxi. J'ai dit oui, car je ne voulais pas rater l'avion. On s'est présenté. Il m'a dit : "mon nom est Abel Gance". La femme était Nelly Kaplan. On a partagé le prix de la course. Il était probablement aussi fauché que moi».
Mon meilleur souvenir, c'est bien sûr la palme pour Le pianiste (2002). Rien ne peut être plus fort à Cannes».
L'acteur français Tahar Rahim
«Mon premier festival, c'était avec Un prophète (2009), et c'était en même temps mon premier film, ma première grande expérience. Donc, on peut dire que l'acteur est un peu né là-bas. C'était comme être dans l'oeil du cyclone. Tout d'un coup, on est au centre de tout, les gens qui applaudissent, les lumières qui s'allument, tout le monde qui se lève. À ce moment là, on n'entend presque plus, on est presque sourd».