Miraculum porte sur les consé­quences dramatiques de l'écrasement d'un avion sur la vie de trois couples en crise, dont celui de l'infirmière Julie (Marilyn Castonguay).

Miraculum: le miracle de la vie

Miraculum est l'un des films québécois les plus attendus de 2014. Mis en scène par Podz, un réalisateur talentueux et créatif s'il en est un, le long-métrage compte sur un scénario percutant, soit les conséquences dramatiques de l'écrasement d'un gros porteur sur la vie de trois couples en crise, et la plus solide distribution depuis Les invasions barbares (2003). Le Soleil s'est entretenu avec Daniel Grou (alias Podz) sur la difficile gestation de ce film-choral et du petit miracle qu'il représente.
Q    Qu'est-ce qui t'a séduit dans le scénario de Gabriel Sabourin (Amsterdam)?
   C'est ce qui, j'espère, va séduire le spectateur : un film sur la vie en 2014. Je pense qu'on est à la recherche de quelque chose pour nous guider et on le trouve mal.
Q    L'accident d'avion sert en quelque sorte à illustrer cette crise existentielle, non?
R    C'est un contrepoint. Comme dans toutes les questions théologiques, l'aspect charnel de l'être humain s'oppose à l'aspect spirituel. Parfois ça brise. Pourquoi ça brise alors que quelqu'un est supposé nous protéger?
Q    Le film a donc une dimension spirituelle en filigrane. Comment aborder les témoins de Jéhovah sans que ce soit caricatural?
R    Pour moi, c'était facile. J'aime voir les deux côtés des choses. Bien que ça aurait été plus facile d'être caricatural. Je trouvais plus intéressant d'explorer cette facette du gars qui croit à la bible - il y a quelque chose d'admirable là-dedans. Moi, je n'ai pas la force de caractère de croire autant à quelque chose que je n'ai jamais vu, jamais touché, jamais vécu...
Q    L'action se déroule dans un aéroport, aux soins intensifs, au casino... Le tournage a dû être compliqué?
R    Oui, c'était très complexe. Ce n'était pas facile. Surtout obtenir des permissions dans un aéroport quand tu parles d'un crash d'avion (rires). Il n'y a pas beaucoup d'extérieurs : on est dans ce que l'humain a construit pour contrôler la nature. C'était une grosse partie du design du film, sur ce qu'on est comme être humain et comment on deale avec les forces qui nous guident. C'était difficile, il y avait des choses qui ne venaient pas de soi.
<p>«Il fallait placer tous les morceaux du puzzle et qu'à la fin tout soit lié, sans que les spectateurs s'en rendent compte. C'était laborieux» - Le réalisateur Daniel Grou - alias Podz - à propos du scénario de <em>Miraculum</em> </p>
Q    À cet égard, on reconnaît ta signature dans les silences, le choix des cadres, les mouvements de caméra, mais ton esthétique est plus contenue. Était-ce un choix délibéré?
R    Absolument. Je voulais tout axer sur le visage humain, sans fioritures. Je voulais des cadrages où on intervenait peu pour que le monde ressente les émotions plutôt qu'il les intellectualise. Il y a plus de contrôle.
Q    Ce qui influence la direction d'acteurs. Ils sont plus en retenue jusqu'à ce que ça explose?
   Oui. C'est très ciblé les moments où les personnages cassent. Ça te laisse participer à l'émotion. Tu en rajoutes sur ce qu'ils ressentent parce que tu as la place pour le faire. Je trouve ça important que le spectateur puisse mettre ce qu'il ressent dans le film.
Q    Ce qui est aidé par le scénario qui livre ses secrets progressivement et ne dévoile pas tout?
R    C'est ça. Il fallait placer tous les morceaux du puzzle et qu'à la fin tout soit lié, sans que les spectateurs s'en rendent compte. C'était laborieux. Le plus dur en cinéma, c'est que ça ait l'air facile (rires).
Q    Ce qui devait poser des défis particuliers pour le montage?
R    On a d'abord monté le film dans l'ordre du scénario. Ça ne marchait pas. Après, c'était essais/erreurs, à tâtons. On s'est posé beaucoup de questions et on a poussé beaucoup. Encore là, c'est le film, à date, sur lequel je me dis : j'aurais pu faire ci, j'aurais pu faire ça. Il faut que t'analyses ce qui ne marche pas pour que tu finisses par trouver des solutions. C'était stressant, rushant, tout ce que tu veux, man. J'étais à terre. En plus, il fallait ensuite faire la musique - un autre contrat. Mais le son de ce film-là - les silences, les effets sonores, la musique - a rajouté une couche énorme à son impact. J'en suis bien content.
Q    Miraculum fait référence à un prodige. Qu'est-ce qui est miraculeux dans ce film?
   La vie. C'est un miracle le fait qu'on continue à survivre et à y croire malgré toutes les [épreuves qu'on traverse]. Je trouve ça miraculeux.
<p>Dans<em> Miraculum</em>, l'entêtement d'Étienne (Xavier Dolan), un témoin de Jéhovah rongé par la leucémie qui refuse les transfusions de sang, provoque une crise chez Julie (Marylin Castonguay), avec qui il doit se marier. </p>
Xavier Dolan: crise de foi
C'est un des contre-emplois les plus surprenants au cinéma des dernières années : le flamboyant Xavier Dolan dans la peau d'un témoin de Jéhovah introverti, rongé par la leucémie et qui refuse les transfusions de sang salutaires pour des motifs religieux. «C'est tellement loin de mes croyances.» Ce qui ne l'a pas empêché de s'investir «totalement» dans ce rôle que lui a offert Podz pour Miraculum.
«Tout ce qui est très loin d'un acteur l'attire», offre-t-il en guise d'explication. On l'oublie presque parce qu'il enchaîne les films derrière la caméra - dans lesquels il joue -, mais Dolan se définit d'abord comme un acteur.
Pour incarner Étienne, il n'est pas allé jusqu'à fréquenter des croyants. De toute façon, «ce n'est pas possible de les connaître sans faire partie de la communauté». «Notre travail n'était pas de les juger» pour autant, ni de s'en moquer. «C'est un univers intéressant dans ce qu'il raconte sur les repères moraux que l'humain décide de choisir.»
L'acteur de 24 ans était plus intéressé par les implications de cette foi aveugle. «Son dilemme est simple, mais très shakespearien : il a le choix entre vivre en trahissant sa religion ou mourir en l'honorant. Il faut une force de caractère en soi. J'avais une forme d'admiration en jouant Étienne. On n'a pas les mêmes principes, pas la même religion, mais d'aller aussi loin dans la foi, c'est beau sur le plan spirituel, même si c'est fou.»
Son entêtement à refuser les traitements provoque une crise chez Julie (Marylin Castonguay), avec qui il doit se marier. Des tourments renforcés par l'écrasement de l'avion à proximité de l'hôpital où Julie est infirmière. «L'accident déconstruit toute forme de foi. On se dit : il n'y a pas de Dieu sur Terre. Personne n'est capable de se dire : "Il y a 425 personnes qui meurent, mais c'était le destin. Il n'y a rien qui n'arrive pour rien." Ça démystifie les religions et les fait tomber comme des châteaux de cartes. C'est un film qui illustre le sens et le non-sens de la religion quand on l'insère dans le destin, une écriture plus grande que nous à laquelle on ne peut pas échapper.»
Acteur avant tout
Xavier Dolan parle avec passion du scénario, mais, jure-t-il, il ne s'est jamais posé la question s'il aurait aimé le réaliser. Il se concentrait plutôt sur son personnage. «Je ne mettais pas en relation avec le rôle de réalisateur.»
Et même s'il jouait sous la direction de Podz, un cinéaste doué, il n'a pas étudié sa réalisation sous toutes ses coutures. «Je ne pouvais pas m'empêcher de voir comment les choses se passaient. Mais je n'étais pas là pour ça. Je ne voyais pas ça d'un oeil de réalisateur, mais d'un oeil d'acteur.»
N'empêche. Son récent film comme réalisateur, Tom à la ferme, sortira enfin sur nos écrans le 28 mars. Et il travaille sur le montage de Mommy, qu'il a tourné cet automne. Soit cinq films en six ans! Pas étonnant qu'il ait déclaré vouloir prendre une pause de la réalisation... On aura l'occasion d'en reparler.
<p>­­«Xavier, c'est de bruit et de fureur. Podz, c'est de silence et de réflexion» - Anne Dorval, à propos des façons de travailler des deux réalisateurs  </p>
Anne Dorval: d'un antipodz à l'autre
Au cinéma, ces dernières années, Anne Dorval a joué dans les trois films de Xavier Dolan. Elle était donc ravie que Podz, un cinéaste qui «la touche», lui offre un rôle «non-sollicité» dans Miraculum. Horaire de tournage oblige, elle n'a cependant pas tourné avec Xavier Dolan. Mais elle a pu constater qu'il s'agit de deux cinéastes aux anti­podes sur un plateau.
«C'est deux façons complètement différentes de travailler, confie l'actrice de 53 ans. Podz nous donne beaucoup de liberté. On a un cadre, mais qui peut changer. Xavier a plus imaginé son scénario, vu ses scènes. Ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas les défaire pour mieux les reconstruire ou aller vers d'autres avenues. Xavier, c'est de bruit et de fureur. Podz, c'est de silence et de réflexion.»
Anne Dorval incarne Évelyne, une femme désabusée et sans enfant qui trompe son ennui dans l'alcool. «Ses sentiments sont exacerbés et c'est la solution que cette âme en perdition a trouvé pour passer à travers sa journée. Mais c'est ce qui est intéressant dans le scénario. On ne sait pas tout. Et on est sûr de rien, ni de ce qui va leur arriver quand le film se termine.»
Univers inconnu
«On sait qu'ils se sont mis en danger. Mais rien n'est gagné pour personne, rien n'est perdu. Il y en que, oui, tout est perdu parce qu'ils sont morts dans l'avion. Les autres ne seront plus jamais les mêmes. Ça ressemble à ce que nous sommes : on ne sait pas ce qui nous attend. Tous les personnages ont des choix importants à faire, qui ont des conséquences.»
Touchée par le scénario de Gabriel Sabourin, elle était aussi heureuse d'explorer un univers dramatique qui lui était inconnu. «C'est un film qui parle de destin, mais surtout de la force de l'être humain, des choix que l'ont fait pour forger notre destin.»
Miraculum prend l'affiche le 28 février.