Marilyn Castonguay crève l'écran dans Miraculum, errant dans le film à la recherche de réponses.

Miraculum: âmes en perdition ***1/2

Miraculum est assurément un des films les plus attendus du cinéma québécois en 2014. Parce qu'il marque le retour de Podz au grand écran après son succès populaire et critique à la télé avec 19-2 et parce qu'il dispose d'un scénario percutant et d'une impressionnante distribution. Ambitieux dans sa forme, Miraculum l'est aussi dans sa profonde humanité et dans son questionnement sur la foi. Et il tient (presque) toutes ses promesses.
La prémisse du scénario de Gabriel Sabourin est d'une grande portée dramatique : un gros porteur s'écrase, tous les passagers meurent sauf un, dont l'identité demeure inconnue. À son chevet, Julie (Marylin Castonguay). Le récit revient ensuite en arrière pour que le spectateur fasse connaissance avec des gens qui doivent normalement prendre le funeste vol.
Parmi eux, un couple désabusé, interprété par Anne Dorval et Robin Aubert, qui tente d'oublier sa crise existentielle dans l'alcool, la drogue et le jeu; un couple adultère qui décide d'assumer son amour (Louise Turcot et Julien Poulin) et un passeur de drogue (Sabourin) qui essaie d'expier sa faute...
En parallèle, on assiste aux doutes qui assaillent la foi de Julie, confrontée à ce patient anonyme. Elle doit aussi composer avec la décision de son fiancé Étienne (Xavier Dolan), un témoin de Jéhovah introverti, rongé par la leucémie et qui refuse les transfusions de sang salutaires pour des motifs religieux.
Miraculum se déroule sous nos yeux comme une méditation sur la fatalité - pourquoi ceux-ci et pas ceux-là? Mais aussi sur les dilemmes qu'on affronte, les choix qu'on fait et qui peuvent grandement influencer notre destin. Le récit, prenant mais d'une tristesse poignante, livre ses secrets progressivement et ne dévoile pas tout, laissant le spectateur trouver ses propres réponses dans le non-dit.
La mécanique ne baigne toutefois pas entièrement dans l'huile. On sent parfois la main un peu lourde de Podz (L'affaire Dumont), qui a manifestement eu peur de perdre son spectateur dans ce film choral qui alterne entre les personnages et la temporalité. Ce qu'il gagne en compréhension en soulignant, il le perd en fluidité.
Mais on reconnaît sa forte et brillante signature caractéristique dans les silences, le choix des cadres, les mouvements de caméra, même si son esthétique est plus contenue. Le réalisateur a voulu s'effacer devant la profonde résonance du scénario, pour éviter de faire écran avec la technique, ce qui est tout à son honneur.
De la même façon, il a opté pour une direction d'acteurs tout en retenue, où chacun des personnages est porteur de son fardeau jusqu'à ce qu'il puisse s'en libérer, dans des scènes très fortes sur le plan dramatique. Les performances sont dans la note, mais c'est Marylin Castonguay qui crève l'écran. Elle erre dans le film à la recherche de réponses pendant que sur son visage défilent les émotions qui la tenaillent.
Le cinéma québécois est périodiquement secoué de soubresauts sur sa pertinence et sa viabilité, dans une division artificielle entre les catégories factices du cinéma commercial et d'auteur. Miraculum prouve qu'on bon film concilie les deux avec intelligence. Mieux, que peu de cinéastes peuvent rivaliser de créativité avec un réalisateur de la trempe de Podz, qui fait des miracles avec trois fois rien alors qu'il tourne un film audacieux. Ce qui devrait nous redonner foi en notre cinéma...
Au générique
Cote : ***1/2
Titre : Miraculum
Genre : drame
Réalisateur : Podz
Acteurs : Marilyn Castonguay, Gabriel Sabourin, Robin Aubert, Xavier Dolan
Salles : Beauport, Clap, Des Chutes, Lido et Sainte-Foy
Classement : général
Durée : 1h50
On aime : la signature de Podz, le scénario ambitieux, l'aspect humain, le non-dit
On n'aime pas : l'aspect un peu appuyé