Patrick Champagne et Jean-François Simard de la brasserie artisanale La Souche

Microbrasseries: une fierté à saveur locale

Les microbrasseries ont la cote. La preuve? Elles sont passées d'environ une vingtaine en 1998 à plus de 120 aujourd'hui. En plus de plaire aux Québécois grâce à leurs saveurs et compositions variées, elles sont un vecteur de dynamisme pour les régions et valorisent la consommation locale.
À la brasserie artisanale La Souche, on parcourt l'histoire du quartier Limoilou à travers leurs bières. La pale ale anglaise du nom de Limoiloise, la IPA appelée la Canardière en l'honneur de la rue et la Porter fumée nommée L'incinérateur pour rappeler l'établissement qui trône non loin de la brasserie. Antoine Bernatchez, brasseur, Jean-François Simard, gestionnaire du service et aide-brasseur, ainsi que Patrick Champagne, chef cuisinier, ont mis l'aspect local au coeur de leurs priorités.
Née en 2012, La Souche s'inscrit au registre de la centaine de microbrasseries dans la province et de la dizaine dans la Capitale-Nationale. Avec plus de 20 recettes de bières à son actif, des soirées thématiques et un menu composé entre autres d'une soupe à l'oignon faite à partir de bière noire et d'une poutine enduite d'une sauce à la bière, la brasserie a tout pour charmer les habitants du coin. Une bière invitée est toujours sur le tableau pour faire découvrir les produits des autres microbrasseries.
«C'est un milieu de passionnés et on est contents de goûter aux produits des autres. La compétition n'est pas entre microbrasseries, mais c'est d'essayer d'aller chercher une part de marché des grosses brasseries et de sensibiliser les gens à retourner aux bonnes vieilles bières qui ont de la saveur et non de s'en aller vers les bières qui goûtent l'eau pétillante», plaide Jean-François Simard.
Même son de cloche du côté de Frédérick Tremblay, président de l'Association des microbrasseurs du Québec et propriétaire de la Microbrasserie Charlevoix.
«Il y a eu une révélation des saveurs, du goût et de l'intérêt qu'on peut avoir pour la bière en même temps que cette prise de conscience qu'avaient les gens d'encourager les produits régionaux.» Pour lui, le fait que les microbrasseries prennent de l'expansion et que certaines d'entre elles deviennent des chaînes comme La Voix Maltée et L'Archibald est de bon augure. D'ailleurs, cette dernière ouvre prochainement sa quatrième succursale à Trois-Rivières en plus de celles du Lac-Beauport, de Sainte-Foy et de l'aéroport de Montréal. «On a l'opportunité d'occuper une place disponible dans le marché de la restauration et de la bière au Québec», affirme François Nolin, le copropriétaire de L'Archibald. La coopération entre microbrasseries est essentielle à son avis, car «les grandes brasseries se servent de leur pouvoir économique pour nous écraser et nous limiter», poursuit-il.
«Mainmise et contrôle»
Ce qui freine l'expansion des microbrasseries et qui fait que celles-ci ne détiennent encore que 6 % du marché est une «mainmise et un contrôle à la limite déloyal» des grands brasseurs, selon Frédérick Tremblay. Ces derniers détiennent souvent un espace privilégié dans les supermarchés, l'exclusivité dans les grands festivals de musique, sans compter que les bières importées gagnent du terrain en raison de la réglementation trop permissive selon lui.
La partie n'est pas perdue pour autant. Bien au contraire, on observe un engouement de plus en plus marqué chez les femmes pour les bières artisanales et une implication de ces dernières dans l'industrie. Les consommateurs en général sont plus que jamais friands des bières originales. D'après Fréférick Tremblay, «c'est au consommateur d'exiger et de ne pas se laisser bluffer par une simili bière de micro ou une bière importée».