Les différentes «bières de soif» et «bières de villages» sont brassées avec l'eau sans filtration ni fluoration de Buckland et sont vieillies un minimum de six semaines.

Microbrasserie de Bellechasse: un bock à la fois

S'il faut un village pour élever un enfant, réunissez-en quatre pour stimuler l'économie régionale de Bellechasse. Pour brasser des idées, rien de mieux qu'un verre de bière locale. Bienvenue à la Microbrasserie de Bellechasse.
<p>Anabelle Goupil, gérante du Pub de la Contrée, et Gabriel Paquet, maître-brasseur à la Microbrasserie de Bellechasse </p>
<p>La microbrasserie et le pub se sont installés dans l'ancienne caisse populaire de Buckland, fermée en 2012.</p>
«Buckland, une montagne de paysages.» Sur la route vers ce village de 824 âmes dans Bellechasse, un vallon n'attend pas l'autre. La 279 Sud est «côteuse», une montagne russe au creux des terres. C'est aussi la porte d'entrée pour les skieurs vers le Massif du Sud, le plus haut domaine skiable au Québec. La neige ne tardera pas. Du moins, un ciel gris d'apocalypse le prédit. 
Dans la rue Principale, personne en vue. Personne depuis la perdrix écrasée au beau milieu de la 279 Sud à l'entrée du village. Normal. Avant la saison de glisse, c'est plus tranquille. À 10h, le jeudi, les gens travaillent. En même temps, «l'absence» est l'un des signes des villages dévitalisés. 
Pour Guy Boudreau, agent de développement rural, il fallait d'urgence se relever les manches pour stopper la fermeture de services et l'exode qui s'en suit. Inspiré par le modèle coopératif français, il a convaincu les maires de quatre municipalités voisines d'est en ouest d'unir leurs forces. 
Depuis 2009, Notre-Dame--Auxiliatrice de Buckland, Saint-Léon-de-Standon, Saint-Nazaire et Saint-Philémon se sont regroupées autour d'un projet de développement durable et de gouvernance partagée, La Contrée. L'ouverture de la Microbrasserie de Bellechasse, une coop de solidarité présidée par le maître-brasseur Gabriel Paquet, est le premier projet d'entreprise à naître sur les 75 anticipés sur 10 ans. 
L'union fait la force
Le Soleil a rendez-vous avec MM. Paquet et Boudreau ainsi qu'avec Anabelle Goupil, gérante du Pub de la Contrée, le bras alimentaire de microbrasserie. Même l'agente de développement de la MRC de Bellechasse, Hélène Barnard, s'est jointe à l'entretien. C'est dire à quel point le projet rassemble. Ironiquement, la microbrasserie s'est installée dans l'ancienne caisse populaire fermée en 2012 - un point de service a été aménagé dans les bureaux de la municipalité. S'il y a un symptôme de la mort lente de villages en région, c'est bien les fermetures des caisses et des bureaux de poste. Poser les cuves en inox dans l'ancien local du premier groupe financier coopératif du Canada est un symbole fort. «Les gens viendront pour faire des retraits [de bières], s'amuse Gabriel Paquet. 
À l'heure actuelle, la coop compte sur les 7 membres travailleurs et l'appui de 113 membres de soutien. Ces derniers ont financé une partie du projet en achetant l'un de 150 bocks au coût de 80 $ lors d'une opération J'ai mon bock. «Le député fédéral Steven Blaney a le sien», glisse Gabriel Paquet. S'ajoutent quatre membres-producteurs qui approvisionneront les cuisines du pub en produits régionaux, dont la Chèvrerie du Buckland.   
D'économie sociale, la discussion de notre assemblée de cuisine dévie vers les bières brassées avec l'eau «sans correction» (sans filtration ni fluoration) de Buckland. En fière Bellechassoise de souche, Anabelle Goupil mentionne que la matière première s'écoule des bassins versants du Massif du Sud. «Le trésor de Buckland», renchérit la biologiste de formation. 
Le concept de «buvabilité»
Les bières de Gabriel Paquet, vous les avez déjà goûtées au début de la microbrasserie Corsaire. Après s'être retiré de l'affaire, le jeune homme a continué à brasser chez lui, s'intéressant également à la torréfaction du café. Ce qu'il a fait pendant six ans à l'épicerie fine Aux Petits oignons de Lévis. Son retour officiel au monde des bières, il ne l'imaginait pas autrement que par «des bières de soif» en lien avec son concept de «buvabilité». «Qui ne signifie pas absence de goût. Je recherche l'accessibilité», prévient le principal intéressé. D'où le développement de lagers à l'amertume de légère à modérée (entre 4 % et 7 % d'alcool). «L'équivalent pour les bières des vins de Bourgogne.» 
«Je voulais aussi élaborer des "bières de villages" comme en Belgique. Là-bas, l'identification aux brasseurs est réelle.» Ses brassins portent les couleurs des municipalités de La Contrée comme la Braggot de St-Philémon au miel d'Armagh et la St-Léon à la couleur paille et l'arôme profond de maïs. «Celle-là est la plus "agricole" et contient le plus d'ingrédients de culture locale», souligne Anabelle Goupil. D'ailleurs, Gabriel Paquet a cultivé, avec succès, du houblon et de l'orge de brasserie. La Microbrasserie de Bellechasse accédera peut-être un jour à sa souveraineté alimentaire. «Rien ne presse, insiste-t-il. Et on ne servira pas des bières de cinq jours. Parce que Lager, ça veut dire en gros "prendre les barils et descends-les à la cave"», traduit le jeune homme. Ses brassins vieilliront donc durant un minimum de six semaines. 
«Gabriel va aussi cuisiner», lance Anabelle Goupil. La gérante du pub tire la pipe à son collègue. Vrai qu'il préparera de bons petits plats comme chez maman en plus des nachos, de la soupe du moment et du smoked meat de veau de la Ferme Manche de Pelle. «Après tout, il brasse que les lundis!» ajoute-t-elle en riant. «Selon les arrivages, on aura un plat du jour, comme un boeuf à la bière avec une soupe à l'orge et au bacon fumé. Rien d'extravagant. De la cuisine de terroir, mais de pub.» Son collègue corrobore. «Y aura pas de choix, mais ça va être bon.» 
«J'ai gratté mon char, ce matin», raconte Gabriel Paquet. La neige s'en vient, le ciel n'a pas menti. La bière va couler dès le 7 novembre. Un jour, espère le brasseur, il y aura une bière pour chacun des 20 villages de Bellechasse...
Vous voulez y aller
Microbrasserie de Bellechasse et Pub de la Contrée
2020, rue de l'Église, Buckland
Tél.: 418 789-4444
Outre le menu accessible en tout temps, une table d'hôte à partir de 18 $ sera offerte sur réservation du jeudi au samedi et un lunch du travail offert les jeudis et vendredis à 15 $ (incluant un verre de bière).