Le leader inuit Piata Aatami a été impressionné du respect avec lequel leur culture a été traitée, raconte Michel Poulette. D'autant que la communauté avait vécu une très mauvaise expérience avec l'adaptation cinématographique du roman Agaguk, en 1992, qui avait fait appel à des acteurs étrangers.

Michel Poulette: Maïna, «le film que j'ai toujours voulu faire»

Maïna, c'est «le film que j'ai toujours voulu faire», lance Michel Poulette, entre deux anecdotes de tournage. Tellement que le réalisateur a consacré six ans à cette adaptation du mégasuccès de Dominique Demers (50 000 exemplaires) qui raconte les péripéties d'une jeune Innue forcée de suivre son ravisseur inuit dans le Grand Nord.
«Faire un film, c'est tomber en amour avec une idée, un thème», explique Michel Poulette (Louis 19, La conciergerie). Dans ce cas-ci, celui de la peur de l'autre et d'un choc des cultures subséquents quand une jeune femme doit composer avec un «homme des glaces» qui lui est complètement étranger. «Ça m'obsédait.»
Contrairement au roman, qui situe le récit il y a 3500 ans, l'action se déroule tout juste avant l'arrivée des Européens. «C'est un film contemporain qui se passe il y a 600 ans. Les gens se reconnaissent là-dedans.» Dans la mesure où il s'agit d'une histoire où un amour improbable - tout les sépare, même la langue - finit par triompher.
Le duo va devoir d'abord s'apprivoiser et aplanir ensuite leurs différends culturels. Du métissage avant l'heure, qui permet de représenter les cultures innue et inuite ensemble. «C'est la première fois que les deux sont dans le même film», croit l'homme de 64 ans.
L'équipe a d'ailleurs pris un soin maniaque, avec des anthropologues, à reconstituer les coutumes de l'époque, mais aussi avec les principaux concernés. Le chef Jean-Charles Piétacho y a vu un cadeau inespéré alors que la langue des Innus peine à rester vivante. Les jeunes ont la chance de voir des personnages à l'écran qui parle leur langue et qui leur ressemble, a-t-il confié à Michel Poulette.
<em>Maïna</em>
Le leader inuit Piata Aatami a d'ailleurs été impressionné du respect avec lequel leur culture a été traitée, relate le réalisateur québécois. D'autant que la communauté avait vécu une très mauvaise expérience avec Agaguk (Jacques Dorfmann, 1992), qui avait utilisé des acteurs étrangers.
Dans Maïna, les acteurs viennent des Premières Nations. Roseanne Supernault, qui joue le rôle-titre, a des racines cries; Ippellie Ootoova (le kidnappeur) est un Inuit; etc. Malgré leur naturel stupéfiant, tous devaient avoir au moins une expérience de la caméra - certains en avaient plus que d'autres : le très connu Graham Greene, un Oneida, a plus d'une centaine de rôles à son actif, dont Il danse avec les loups (Kevin Costner) et La ligne verte (Frank Darabont).
Maïna est aussi un film d'aventures aux multiples rebondissements dont l'un des acteurs les plus marquants est les splendides paysages de la Basse-Côte-Nord. Lorsque Michel Poulette a arpenté le parc national de l'Archipel-de-Mingan pour du repérage, il a trouvé l'inspiration : «J'ai tout vu là.» Il y avait aussi un aspect pratico-pratique pour éviter de lourds déplacements de tout l'équipement loin en forêt. Les beautés sauvages du coin accentuent le réalisme du récit et plusieurs plans, magnifiés par le grand écran, sont spectaculaires.
Reste que, pour l'essentiel, le scénario de Pierre Billon (Séraphin) respecte la trame narrative du roman, «même si on a pris quelques licences créatives». Notamment en créant Nipki. Le petit protégé de Maïna, orphelin de sa meilleure amie, est enlevé par les Inuits, venus chasser en terrain innu. Maïna se lance à leur poursuite. «C'est un ajout qui justifie son départ» de la tribu. Malgré tout, Dominique Demers «est très contente qu'on n'ait pas altéré son oeuvre».
Les sourires dans la voix de Michel Poulette ne trompent pas. Il est satisfait. D'autant que les premiers échos sont très bons. Maïna a été invité, l'été dernier, au festival créé par le célèbre documentaliste Michael Moore, à Traverse City, Michigan. La salle de 600 places était comble, un dimanche matin, et il a longuement discuté avec les gens, se faisant même interpeller dans la rue, l'après-midi...
Au tour des Québécois de s'immerger dans le monde de Maïna : le film prend l'affiche le 21 mars.