«Tenir un livre dans mes mains, c'est ma façon d'habiter le monde», dit le poète Michel Pleau.

Michel Pleau, poète officiel du Parlement: une chance à la puissance 10

Devenir poète officiel du Parlement ne va pas changer Michel Pleau. Mais sa vie, partagée entre l'écriture et l'animation d'ateliers auprès des jeunes et des aînés, entre les lectures publiques et les conférences, elle, va changer.
«Pour moi c'est une chance extraordinaire, unique même, de continuer, mais à la puissance 10!» s'enthousiasme le poète de Québec.
Michel Pleau est né dans le quartier Saint-Sauveur. «C'est le quartier d'Alys Robi, de Roger Lemelin, de Raoul Jobin, rappelle-t-il. Je tire une certaine fierté d'y habiter toujours. Saint-Sauveur continue à nourrir mon travail. Dans mon cas, je dirais que ça permet une grande humilité. Je sens que la poésie - qui était exclue de la maison dans mon enfance - est beaucoup plus grande que moi. C'est elle qui me fait poète. On ne devient pas poète par je ne sais quel don divin. Je crois qu'on le devient parce qu'on a lu beaucoup de poésie.»
Ouvrir un recueil de poèmes, pour lui, c'est comme ouvrir une fenêtre dans la maison et laisser la rumeur du monde arriver jusqu'à soi. «Tenir un livre dans mes mains, c'est ma façon d'habiter le monde.»
Le nouveau poète officiel du Parlement a publié jusqu'ici une dizaine de recueils, dont La lenteur du monde (Éditions David), prix du Gouverneur général en 2008. Son prochain, Le ciel de la basse-ville, paraîtra au printemps. L'auteur a gentiment accepté d'en partager quelques extraits (ci-contre) avec les lecteurs du Soleil.
Le mandat du poète officiel du Parlement dure deux ans. Chaque titulaire du poste est libre de le remplir à sa manière. Michel Pleau a bien l'intention de donner une teinte personnelle à celui qu'on vient de lui confier. D'ailleurs, quand il dit «puissance 10», il pense avant tout aux provinces canadiennes et aux minorités francophones qui y vivent. «Jusqu'ici, j'ai toujours travaillé au Québec. Je vais pouvoir enfin agrandir mon territoire, aller au Nouveau-Brunswick, à Sudbury ou à Saint-Boniface, rencontrer de nouveaux lecteurs et apprendre énormément. Car pour moi, la poésie, c'est avant tout un échange.»
Cette idée du partage n'est pas une vue de l'esprit. Quand il écrit, le poète ne fait que la moitié du chemin. L'autre moitié appartient au lecteur. C'est dans la lecture que l'oeuvre trouve son aboutissement.
Être poète, croit Michel Pleau, c'est vivre le plus intensément possible en essayant de se connaître et de connaître les autres, c'est «mettre le feu à sa nuit intérieure», ne serait-ce que pour y voir plus clair. «La poésie sert entre autres à ne pas passer sa vie à simplement placoter. Parler de la pluie et du beau temps, c'est intéressant, mais ça ne nourrit pas vraiment. L'être humain est appelé à beaucoup plus grand.»
*****
Extraits du Ciel de la basse-ville
très tôt rue st-vallier
dans les quelques fleurs qui me parlent
juste assez de clarté
pour que la mort me laisse tranquille
au parc durocher un frêne dort encore
d'un sommeil difficile à prononcer
j'ai beau accueillir en moi
toutes les branches et toute la mémoire
la solitude est muette et immense
***
rue st-vallier je ne sais plus
qui est l'écho de l'autre
il me reste un peu de soleil
dans les mains
comme un bibelot de verre
que la nuit n'a pas rongé
je protège ce petit feu de rien
et souffle sur les braises
pour retrouver je ne sais plus quoi
je comprends que jamais
le ciel ne se termine
au-dessus des toits
- Michel Pleau
(Le recueil Le ciel de la basse-ville paraîtra en mars aux Éditions David)