Michael Phelps ne nagera plus, mais il a indiqué qu'il resterait près du monde de la natation. 

Michael Phelps, la machine devenue homme

Michael Phelps s'est longtemps comporté en machine à médailles froidement efficace lors des précédents JO, mais il a enfin révélé l'homme qui était en lui à Rio, donnant plus de relief encore à son statut d'olympien le plus titré de l'histoire.
Le nageur américain de 31 ans a terminé sa carrière avec 28 médailles olympiques, dont 23 du plus beau métal, un record qui pourrait tenir longtemps dans les annales du sport.
«Je peux le dire maintenant, je ne me suis jamais senti aussi bien de ma vie», a confié Phelps en quittant Rio avec cinq médailles d'or et une d'argent. «Bien mieux qu'il y a quatre ans», quand il avait pris sa retraite après les Jeux de Londres.
Oubliés, l'adolescent ultra motivé d'Athènes, le robot programmé pour gagner de Pékin, où il est entré dans la légende avec ses huit victoires en huit courses, et le nageur froid et frustré de Londres. À Rio, Phelps a montré un visage qu'on ne lui connaissait pas.
«Ce qui a changé, c'est que vous me voyez tel que je suis vraiment, ce qui n'était peut-être pas le cas avant», a expliqué l'Américain. Des gestes tendres, comme ce baiser à son fils Boomer (trois mois) après sa victoire sur 200 m papillon, celle qu'il voulait plus que tout. Des sourires et des larmes en pagaille. Et même des signes de faiblesse, de fatigue.
Phelps, pour une fois, n'a rien caché. Il a savouré tous les instants, lui qui s'enfermait autrefois dans une bulle, égoïste comme un champion doit le faire pour repousser ses limites. Porte-drapeau de la délégation américaine lors de la cérémonie d'ouverture, il a servi de capitaine de l'équipe des États-Unis pour la première fois, pour partager et transmettre. Des notions qui lui étaient presque étrangères jusque-là.
«C'était sa première fois comme capitaine, et il a fait du super boulot, à parler et aider les autres pour les mettre dans l'état d'esprit qui a permis à l'équipe de réaliser une performance historique (16 titres olympiques sur 32)», a dit son mentor Bob Bowman, qui entraînait aussi les Américains à Rio.
Alcool et dépression 
Le chemin vers l'apothéose n'a pourtant pas été simple. Quand il décide de revenir en 2014, un excès de vitesse alors qu'il conduit sous emprise de l'alcool est à deux doigts de tout gâcher. D'autant que l'incident a un air de déjà vu : son premier contrôle en état d'ivresse à 19 ans après les Jeux d'Athènes, la photo de lui fumant une pipe à cannabis étalée dans les tabloïds en 2009 après les Jeux de Pékin...
Fin 2014, il décide pourtant de se donner les moyens de sortir de la dépression. Élevé par son omniprésente mère Debbie après le divorce de ses parents, Phelps intègre un établissement spécialisé pour traiter les addictions et reconnecte avec son père. Suspendu par sa fédération, il rate les Mondiaux de 2015.
Mais l'essentiel est ailleurs. La renaissance du sentiment familial prend plus de relief encore quand sa fiancée Nicole Johnson accouche en mai d'un petit garçon.
Cet équilibre nouveau le porte jusqu'à Rio où, en paix avec lui-même, il peut retrouver ses qualités intrinsèques de nageur (2,04 m d'envergure) et «cette capacité psychologique à répondre présent dans les grandes courses», comme l'explique Bob Bowman.
Un athlète comme lui, «il n'y en a même pas un par génération». «Il y a peut-être une chance toutes les 10 générations de voir un Michael Phelps», juge l'entraîneur.
De Bowman, son coach de 20 ans, mentor et père de substitution, Phelps dit qu'il lui a fait confiance quand il avait 11 ans et que depuis, «pas une fois il ne[l]'a laissé tomber».
Il part après avoir accompli des performances grandioses dans les bassins qui ont inspiré toute une génération de nageurs. «Michael nous a ouvert des portes», raconte son jeune compatriote et spécialiste du dos, Ryan Murphy. «Quel que soit le pays pour lequel tu nages aujourd'hui, tu as une dette envers Michael Phelps.»
Le désormais ex-nageur pourrait continuer à transmettre, puisqu'il a indiqué qu'il resterait impliqué dans le monde de la natation. Mais pas question de nouveau retour, cette page là est tournée. «Il est tellement bien dans sa peau, il a un projet de vie, il n'a plus besoin de ça», assure Bowman.
Le «Kid de Baltimore», cet insatiable chercheur d'or obsédé par le fait «d'accomplir des choses que personne n'avait jamais réussies», peut se reposer en paix.