La personnage de Frank Stamper, joué par Michael Kelly, rôde comme une ombre derrière les magouilles du personnage principal Frank Underwood.

Michael Kelly: dans l'ombre d'Underwood

Énigmatique, dévoué et absolument indispensable : Doug Stamper, chef de cabinet de Francis Underwood (Kevin Spacey), rôde comme une ombre derrière les magouilles du personnage principal de la série House of Cards. La première saison se terminait alors que Stamper tentait de joindre son patron pour lui signifier que des journalistes commençaient à s'approcher un peu trop près de leurs secrets... Fidèle allié du whip en chef devenu vice-président des États-Unis, le chef de cabinet devra dans cette nouvelle saison resserrer son étreinte autour des nuisances potentielles. Le Soleil a joint son interprète Michael Kelly en Italie, où il tourne présentement dans le film Everest, aux côtés de Jake Gyllenhaal et Josh Brolin.
Q Votre personnage est très mystérieux. On ne connaît rien de sa vie privée, sauf qu'il est un ex-alcoolique. En apprendrons-nous un peu plus sur lui dans la deuxième saison?
R Oui, nous en apprendrons plus. Dans les faits, quand Beau Willimon [le créateur de la série] m'a contacté pour la première fois après que j'aie obtenu le rôle, il m'a dit : «Je veux qu'après la première saison, les gens se demandent vraiment qui est ce gars [Doug Stamper], et veuillent en savoir plus sur lui. Et c'est ce qui arrivera dans la saison deux. Vous savez, beaucoup d'ex-alcooliques, du moins si je me fie à ceux que je connais personnellement, ont mis tellement d'énergie et de passion dans le fait de boire que quand ils décident d'arrêter, ils ont un important vide à combler. Ils ont souvent l'habitude de trouver une nouvelle passion pour canaliser cette énergie-là. Doug Stamper, lui, a pris toute cette énergie et l'a investie dans son travail. Il n'a pas vraiment de vie en dehors de ça, il travaille des heures de fou. Ça l'a mené à devenir un outil incroyablement utile pour Frank [Underwood].
Q Dans cette nouvelle saison, Doug aura beaucoup de poids sur les épaules. Il contrôle beaucoup de choses, parfois même sans que son patron ne soit au courant. Ça fait de lui un homme très puissant même s'il reste dans l'ombre...
R Oui, il est très puissant. C'est amusant, parce que nous avons eu la chance d'être invités au dîner annuel des correspondants de la Maison-Blanche, et nous avons rencontré des gens formidables et vraiment intéressants. Certains jeunes employés politiques sont venus me dire qu'ils connaissaient des gens exactement comme Stamper, aussi impitoyables et dévoués que lui, qui sont prêts à tout pour faire leur travail. Ils existent dans la vraie vie!
Q Avant de prendre le rôle, étiez-vous familier avec le milieu de la politique américaine?
R C'est amusant que vous posiez la question, puisque à l'université, j'ai d'abord étudié en sciences politiques! Après avoir essayé l'administration et la philosophie, c'est ce que j'avais choisi comme majeure. Je voulais devenir avocat. Pendant un voyage de classe à Washington, je me suis dit : voilà, je me verrais bien travailler ici. Puis, au moment de choisir ma mineure, on m'a suggéré d'essayer un cours de théâtre. Quelques semaines après le début du cours, la professeure m'a pris à part à la fin de la classe et m'a demandé depuis combien de temps je jouais. Je lui ai dit que je n'avais jamais fait ça, et elle m'a dit : «Tu as vraiment un talent.» À la fin de la session, je m'étais déjà inscrit à plusieurs autres cours de théâtre. J'ai terminé avec une double majeure en sciences politiques et théâtre. Tourner House of Cards m'a permis de me replonger dans cet univers, j'ai dû tout réapprendre, et c'était passionnant!
Q Dans la bande-annonce de la nouvelle saison, Francis Underwood, au moment de prêter serment comme vice-président, s'adresse en aparté à la caméra et déclare, un sourire en coin : «La démocratie, c'est vraiment surfait.» Êtes-vous d'accord?
R La démocratie en elle-même n'est pas surfaite. Mais elle peut être vraiment manipulée, de nos jours, et c'est inquiétant. Peut-être est-ce parce que j'ai participé à House of Cards, mais je me rends compte que c'est facile de nos jours d'être cynique à propos de la politique. Pourtant, si on regarde les choses en face, est-ce qu'il y a quelque chose de meilleur que la démocratie comme système? La réponse est non. Par contre, c'est évident que la démocratie n'est pas exécutée comme il faudrait qu'elle le soit.
Q Est-ce que vous croyez qu'il existe vraiment des gens aussi manipulateurs que Francis Underwood dans le gouvernement américain?
R Je ne crois pas qu'il y ait des gens qui soient allés aussi loin qu'Underwood, mais l'histoire et l'actualité nous prouvent qu'il y a des gens qui profitent de leur position et de leurs pouvoirs, autant chez nous que chez vous. On en parle aux nouvelles presque tous les jours. Aujourd'hui, avec les médias sociaux et la grande présence des médias en général, tout ce que les politiciens font risque d'être exposé au grand public...
Q Ce qui rend la tâche difficile à des personnages comme le vôtre...
R Oui! [Michael Kelly rit de bon coeur.] Ça rend mon travail de couvrir les traces vraiment plus dur!
Q La série House of Cards a été remarquée parce qu'elle est la première série originale uniquement diffusée sur Internet à remporter un Emmy Awards. De plus, les épisodes d'une série sont tous rendus disponibles en même temps. Pensez-vous que l'avenir de la télévision repose sur des services comme Netflix?
R Tout à fait. Premièrement, Netflix est une des meilleures compagnies pour lesquelles j'ai travaillé. Ils sont vraiment généreux. Beaucoup de séries sur lesquelles j'ai travaillé étaient ralenties parce que trop de gens mettaient leur nez dans la création. Netflix a plutôt décidé de croire en David Fincher, Beau Willimon et Kevin Spacey, et leur ont simplement dit : «Voici un paquet d'argent, faites de la bonne télévision avec ça.» Je crois que c'est un modèle qui sera de plus en plus utilisé. Ça fonctionne vraiment, on a juste à penser au succès d'Orange is the New Black, une autre série originale de Netflix. Pour ce qui est du mode de diffusion, je crois qu'un jour, je pourrai dire à mes enfants : «Vous voyez, la façon dont vous regardez la télé, j'ai participé au début de cette révolution-là!» Comme dans toutes les sphères de la vie, les gens sont de plus en plus habitués à obtenir ce qu'ils veulent, quand ils le veulent. C'est pour ça que des modèles comme Netflix fonctionnent de plus en plus.
Q Quelle expérience ç'a été de tourner avec l'équipe de House of Cards?
R Au début, on ne savait pas exactement comment ça fonctionnerait avec Netflix, mais je savais qu'avec David Fincher, Beau Willimon et Kevin Spacey, j'étais entre de très bonnes mains. J'étais prêt à faire un pas dans le vide, grâce à l'admiration que j'ai pour les gens qui étaient impliqués dans le projet. Tourner avec David Fincher [qui a réalisé les deux premiers épisodes de la série], c'est un rêve devenu réalité. C'est un de mes réalisateurs favoris. Et Kevin Spacey a toujours été un acteur que j'ai admiré et dont je me suis inspiré. De travailler avec lui tous les jours, c'était fantastique. L'écriture de Beau Willimon et son équipe est aussi formidable, ça coule de source. C'était tout ce que j'avais pu espérer. Je ne le dis pas parce que vous me le demandez. Honnêtement, ça a été la meilleure expérience de ma carrière!