Avocat et professeur de droit à la retraite Clément Fortin

Meurtres en Gaspésie en 1953: un avocat demande de «gracier» Wilbert Coffin

Même s'il est convaincu que le procès de Wilbert Coffin s'est déroulé sans irrégularité, l'avocat et professeur de droit à la retraite Clément Fortin demande au ministre de la Justice et procureur général du Canada, Scott MacKay, de «gracier» le prospecteur gaspésien, pendu le 10 février 1956 pour le meurtre de trois chasseurs américains.
M. Fortin précise que l'étude de cas qu'il a réalisée et les conclusions de la commission Brossard, tenue en 1964 pour réviser la cause l'incitent toujours à croire que le prospecteur a été bien jugé. Il ne demande donc pas au ministre d'innocenter Wilbert Coffin.
«Cependant, pour accomplir ne serait-ce que partiellement les promesses que plusieurs députés fédéraux ont faites à la famille Coffin, la grâce accordée à Wilbert Coffin mettrait fin à cette très triste affaire», écrit Clément Fortin au ministre MacKay.
Ces promesses sont venues de la part de huit députés fédéraux de quatre partis différents, dont Justin Trudeau, maintenant chef du Parti libéral.
Dans sa lettre, M. Fortin fait valoir que le dossier Coffin fait plus de 20 000 pages, et que quatre organismes, le Groupe de la révision des condamnations criminelles en 2007, l'Association in Defence of the Wrongly Convicted, le Comité des erreurs judiciaires de l'Université de Montréal et le Projet Innocence Québec, de l'Université du Québec à Montréal, ont entamé l'étude du cas, sans jamais déposer de rapport.
Clément Fortin est convaincu que si les jurés du procès de Coffin avaient su que l'accusé éprouvait des problèmes de consommation d'alcool, ils auraient rendu un verdict d'homicide involontaire et Coffin n'aurait pas été pendu.
En entrevue au Soleil mardi, M. Fortin, qui a écrit un docuroman sur l'affaire Coffin, fait valoir qu'aujourd'hui, s'il était jugé, le prospecteur aurait pu invoquer un choc post-traumatique dans sa défense.
«Il a été à la guerre [la Seconde Guerre mondiale] pendant cinq ans et ça l'a dérangé. Je me suis toujours dit, quand j'ai écrit mon docuroman, que c'est une victime de la guerre, dans ce contexte. Les mentalités ont changé. Le choc post-traumatique n'existait pas, dans l'esprit des gens», dit M. Fortin.
Condamnation
Eugene Lindsay, son fils Richard et l'ami de ce dernier, Frederick Claar, sont arrivés en Gaspésie au début de juin 1953 pour chasser l'ours. Personne ne les a revus après le 10 juin. Coffin avait été vu ce jour-là avec le jeune Lindsay à Gaspé. Il est parti pour Montréal le lendemain.
Le corps d'Eugene Lindsay est retrouvé le 15 juillet, et celui des jeunes, huit jours plus tard, à quelques kilomètres de là.
Coffin, qui est revenu pour participer aux recherches, est arrêté le 10 août 1953. Son procès débutera le 12 juillet 1954. Il est représenté par un avocat, Raymond Maher, qui a peu d'expérience et qui a de forts liens avec le régime en place, l'Union nationale de Maurice Duplessis. L'avocat ne fera pas témoigner Coffin; en fait, il ne présente aucune défense.
Wilbert Coffin est jugé coupable le 2 août 1954 et condamné à la pendaison. Son exécution sera remise sept fois. Il s'évade même de la prison de Québec le 6 septembre 1955, 17 jours avant son exécution alors prévue pour le 23. Il retourne en prison de son gré, après avoir parlé à son avocat.
Il est pendu cinq mois plus tard. Dans les années qui ont suivi, deux hommes se sont déclarés coupables du meurtre, un autochtone mohawk, Francis Gilbert Thompson, en 1958, et Philippe Cabot, un Gaspésien, en 1991. Dans le cas de Cabot, son fils Gabriel, qui avait huit ans en 1953, a indiqué à ses soeurs, en 1991, avoir été témoin des meurtres. Gabriel Cabot est décédé en 2006.