Le sixième album de Mes Aïeux (Stéphane Archambault, Frédéric Giroux, Benoît Archambault, Marie-Hélène Fortin et Marc-André Paquet) arrivera en magasin lundi. Le quintette est accompagné ici de Luc Lemire (au centre), complice musical sur scène et sur disque.

Mes Aïeux: poussés par le vent

Il y a des bourrasques qui décoiffent ou qui dérangent. D'autres qui transforment, qui transportent... La rafale qui a poussé Mes Aïeux vers la création de son nouvel album est de celles-là. Pas étonnant que le vent soit si présent dans À l'aube du printemps, en magasin lundi, où l'un des groupes chouchous des Québécois s'éloigne de son côté givré pour dévoiler un visage plus sérieux.
Ce sixième album de la bande derrière le phénomène Dégénérations ne s'est pas imposé comme une évidence. Dans le livret, Mes Aïeux parle même de «tergiversations». Il y a eu un départ dans le clan musical : Éric Desranleau est parti pour développer ses propres projets. Il y a eu une bonne dose de pression liée au succès, à une volonté de se renouveler. Il y a aussi eu des épreuves personnelles - «des choses confrontantes», selon le guitariste et bassiste Frédéric Giroux - qui ont rendu le démarrage du processus de création plus difficile.
«Il a fallu qu'on se pose des questions. Est-ce qu'on a encore des choses à dire? Est-ce qu'on a envie d'en faire un autre? raconte-t-il. Selon moi, c'est quand même un procédé assez sain. Ç'a pris un certain temps, mais à partir du moment où on a commencé à travailler, tout s'est mis en place et ç'a été très effervescent.»
Le groupe qu'il forme avec Stéphane et Benoît Archambault, Marie-Hélène Fortin et Marc-André Paquet a vite retrouvé le plaisir de travailler ensemble. «On a trippé fort, assure Frédéric Giroux. C'est un album qu'on aime beaucoup. Je le dis parce que le défi, c'est toujours de faire son meilleur disque, à ses yeux. Pour nous, le meilleur moteur, c'est d'essayer de faire un disque qui est en phase avec nous-mêmes au moment où on le fait. Je pense qu'on y est arrivé.»
Tradition et récurrences
Dès ses débuts, Mes Aïeux a puisé dans le folklore d'ici pour assaisonner ses pièces pop, folk, rock... ou disco! Des histoires de yâbe ou de bedeaux, des personnages comme La Corriveau ou Alexis le Trotteur, des costumes d'ange, de bûcheron ou d'Amérindien. À l'aube du printemps s'offre aussi quelques allusions à la tradition : un extrait de La bastringue, un clin d'oeil à Félix-Antoine Savard et des références à la chanson V'là l'bon vent saupoudrées sur pas moins de trois pièces.
Frédéric Giroux indique que cet album aurait même pu s'intituler Bon vent, si les Cowboys Fringants n'avaient pas nommé leur dernière offrande Que du vent! Selon le musicien, c'est la pièce Les oies sauvages, traitant de l'effort collectif fourni par ces oiseaux pendant leur migration, qui a donné le ton à la création.
«Il y a un beau lien à faire avec des mouvements collectifs, observe-t-il. Quand Stéphane [Archambault] a écrit ce texte-là, au début, il n'était pas sûr. À la limite, c'était tellement positif qu'il avait peur d'être quétaine. Mais nous, on y a vu une analogie par rapport à notre travail de groupe. Ç'a été une chanson qui nous a beaucoup inspirés. On avait cette idée-là de quelque chose d'un peu aérien, d'être porté par le vent.»
Thèmes de prédilection
Avec À l'aube du printemps, Mes Aïeux renoue avec certains de ses thèmes de prédilection : le malaise identitaire et culturel, les enjeux environnementaux, un désir de solidarité, de projets collectifs... La formation a laissé de côté les chansons plus comiques qu'il avait mises de l'avant dans ses enregistrements précédents. Ici, pas de coq dragueur ou d'hommage à la poutine. En revanche, la formation sert une Histoire de peur sur fond de xénophobie et une Berceuse qui en appelle au développement durable.
«Pour moi, elle est renversante cette chanson-là, lance Frédéric Giroux. C'est un des beaux textes que Stéphane a écrits. C'est un texte dur, quand même, mais qui se termine sur une note d'espoir. Un des thèmes qui traverse l'album, c'est la notion de durabilité, du désir de durer comme groupe, comme culture, comme société, comme espèce, comme couple... Ça va avec la quarantaine. On commence à sentir un peu plus le temps qui passe, à sentir qu'il y a une échéance à la vie, aussi.»
Dans la lignée de cet album plus mature, plus sérieux, les prochains spectacles de Mes Aïeux risquent d'être davantage centrés sur la musique et moins «dans l'animation», selon Frédéric Giroux. Pour la scène, il faudra toutefois patienter un peu : comme Marie-Hélène Fortin attend un enfant au printemps, le groupe ne retrouvera les planches qu'à l'automne.
À l'aube du printemps piste par piste
Viens-t'en
Chant fédérateur s'échafaudant en plusieurs couches sonores, qui se posent une à une sur une longue intro acoustique. Le texte, axé sur le rassemblement et le défoulement, donne le ton à l'album : «Envoye, viens-t'en, on sort les instruments, ça bout par en dedans, faut faire sortir le méchant.»
Passé dépassé
Un rythme effréné vient ici appuyer des vers marqués par l'obsession du temps qui passe, par ces choses - et ces gens - qui deviennent la «saveur du mois» : «C'est déjà du passé, dépassé, démodé.» On retrouve les harmonies vocales si efficaces chez Mes Aïeux, qui s'offre les services d'un choeur d'enfants, presque tous des Archambault!
Les oies sauvages
Belle allégorie, toute en douceur et en cordes aériennes, sur l'effort et le projet collectif inspirés par le périple des oies : «Colle-moi qu'on se console, et qu'ensemble on s'envole», chante Archambault.
En ligne
L'une des chansons les plus réussies de l'album : un refrain ultramélodique, des harmonies (encore) superbes... et un questionnement sombre, mais bien légitime : «Quelqu'un sait-il où on s'en va?»
Des réponses à tes questions
Bien en évidence, les violons de Marie-Hélène Fortin accompagnent une habile ritournelle. Vers qui se tourner pour trouver un sens à sa vie? Ses parents? Un prof de philo? Un psy? Un curé? «Y ont pas répond à tes questions», scande le chanteur, gardant l'erreur de syntaxe pour «préserver l'effet terroir», mentionne-t-on dans le livret...
La stakose
Un clavecin, une violoniste qui se dédouble, des arrangements qui se gonflent de seconde en seconde et un immense défoulement inspiré par cette habitude largement répandue de chercher des coupables pour tous les problèmes... et de toujours regarder ailleurs. Bref, un joyeux délire!
La berceuse
Centrée sur le développement durable, c'est certainement la pièce la plus engagée de l'album. Elle est faite d'un texte dénonciateur et d'une musique réconfortante, à la fois douce et forte, sombre et tournée vers l'espoir.
Je danse avec toi
Fidèle à ses habitudes, Mes Aïeux fait un clin d'oeil à la tradition en empruntant à La bastringue, remodelée dans une pop-rock romantique et sur une piste de danse résolument moderne.
Histoire de peur
On connaissait le talent de Mes Aïeux pour les chansons narratives. Avec cette histoire de xénophobie, le groupe est fidèle à sa réputation. La traditionnelle V'là l'bon vent rencontre des rythmes pesants et une ambiance presque bluesée... Incendiaire!
Le fil
Retour sur un thème cher à la formation, celui du malaise identitaire. «Ma ceinture fléchée s'effiloche», chante l'un. «Ta survie ne tient qu'à un fil», répondent les autres dans cette chanson au refrain obsédant qui se permet une nouvelle allusion à V'là l'bon vent.
Au gré du vent
Choeur masculin, mélodie forte et rythmes affirmés : une folk musclée est ici à l'honneur. Du genre qu'on aime reprendre autour d'un feu de camp. Ça commence dans le malheur, ça se termine porté par le vent, sur une lumineuse note d'espoir.
Bye-bye
Chanson un peu tristounette pour clore l'album. Sur un air léger de mandoline, on y parle de rupture, de jeter la serviette quand les efforts pour rester ensemble sont vains : «Avant qu'on se déteste, il faut que je lâche du lest. Je voyage plus léger sans toi à porter.»
À l'Académie
Sur l'album En famille, en 2004, Mes Aïeux s'était offert une sortie en règle contre Star Académie. «Ça prend toute la place, la culture de masse est gavée de bonbons», dénonçait la formation dans sa Toune en on. Huit ans plus tard, la donne a changé pour le groupe, qui participera au gala de la célèbre téléréalité, demain soir.
«Avec le temps, ç'a trouvé sa place, opine Frédéric Giroux. Quand Star Académie est arrivée dans le portrait, on parlait beaucoup de convergence. Ça prenait beaucoup de place dans l'espace médiatique. On trouvait que ça n'avait pas de bon sens que ça occulte le travail de tous ces jeunes qui travaillent depuis longtemps pour se bâtir une carrière.»
Selon le musicien, il reste de moins en moins de véhicules télévisuels pour permettre aux artistes de rejoindre leur public. En ce sens, Star Académie est devenue un incontournable. «Ça reste l'émission la plus regardée, ajoute-t-il. Et on ne peut pas nier que ça fait la promotion de la chanson francophone.»
Vous voulez y aller?
Qui : Mes Aïeux
Quand : le 23 octobre à 20h
Où : salle Albert-Rousseau
Billets : 45,50 $
Tél. : 418 659-6710