Avant de participer au Duc de Kent, Émile Ménard n'avait complété que deux rondes de golf depuis le début de l'été.

Ménard rafle les honneurs au Duc de Kent

En route vers son triomphe au 83e Duc de Kent, Émile Ménard est resté calme et décontracté... Du moins en apparence.
«J'ai senti la pression. Je me suis levé ce matin avec un petit mal de coeur. [...] J'avais l'air cool, mais j'étais stressé», a raconté le golfeur de 22 ans, auteur d'un 68 (- 4), samedi, en deuxième partie du prestigieux tournoi amateur, ronde disputée sous un ciel menaçant mais docile, au Royal Québec.
En fait, sa nervosité est devenue apparente au 18e trou, alors qu'il attendait pour caler le dernier coup de la journée, un roulé de trois pieds assez long pour faire réfléchir. Son ami Étienne Papineau venait de réussir l'oiselet et se retrouvait, comme deux autres golfeurs, à un seul coup de Ménard. Ce dernier a pris quelques grandes respirations, preuves de la valeur du moment. Il a réussi son coup pour la normale sans broncher, terminant la compétition à - 7. «Le petit trois pieds, il est tout le temps stressant», a admis Ménard avec le sourire.
Amorçant la journée en deuxième place, un coup derrière Papineau, Ménard a commencé sa ronde en lion, réussissant quatre oiselets consécutifs à partir du deuxième trou. Il a ensuite joué de prudence, sans coups d'éclat, mais sans se mettre dans l'embarras. Son cinquième et dernier oiselet de la journée, au 17e, aura finalement fait la différence.
Car l'histoire est venue près d'être écrite autrement. Quelques minutes avant le coup roulé confirmant la victoire de Ménard au 18e, son collègue du Club Pinegrove Joey Savoie, dans un autre groupe, ratait un coup similaire qui lui aurait permis de finir à - 7 et de forcer la prolongation. «Mon entraîneur m'a dit dans l'allée que ça me prenait un birdie. Je me suis donné une bonne chance... et j'ai manqué le putt», a dit Savoie, 22 ans, souriant malgré tout.
Papineau victime du stress
En remportant le Duc de Kent, Ménard suit les traces de son frère Raoul, gagnant à Boischatel en 2011 et en 2014. Il a d'ailleurs remercié son aîné après avoir reçu le trophée et enfilé le veston à carreaux. Depuis le début de l'été, il n'avait joué que deux rondes complètes avant vendredi. Le manque de pratique n'aura jamais paru...
Étudiant à l'Université High Point, en Caroline du Nord, le natif d'Ange-Gardien participera aux deux autres étapes de la triple couronne, l'Alexandre de Tunis et le Championnat provincial amateur masculin, dans les prochaines semaines.
De son côté, Papineau a aussi été victime du stress, mais ça lui a coûté plus cher. Il a commis quatre bogeys au cours des 10 premiers trous, se retrouvant à quatre coups de la tête jusqu'au 14e.
«Ce matin, j'étais vraiment nerveux. Les cinq premiers trous, je n'étais pas capable de contrôler mes nerfs. Ç'a paru sur les petits roulés», a expliqué le golfeur de 20 ans, lui aussi du Pinegrove. Il a retrouvé son calme en deuxième moitié, réussissant quatre oiselets lors des cinq derniers trous.
Il y avait une belle foule malgré le temps maussade. Une réalité qui change un peu la donne pour ces joueurs, peu habitués à tant d'attention.
«C'est la première fois que je joue devant autant de monde, a remarqué Papineau. Ça met un peu de stress, mais c'est du bon stress. Et veux, veux pas, si on se rend à un certain niveau, il y aura du monde qui nous regardera comme ça, il faut s'y faire», a souligné celui qui pourrait devenir professionnel après ses trois dernières années d'études à l'Université West Virginia.
Alors que la meilleure ronde de la veille avait été un 68, cinq golfeurs ont réussi samedi un 66, dont le jeune de 18 ans du Royal Québec Charles-Éric Bélanger, septième au classement final, comme en 2015.
Quant au vétéran Jean-Guy Garnier, deuxième ex-aequo avec Ménard en début de journée, il a raté plusieurs roulés par quelques cheveux et aurait sans doute mérité un meilleur score que 74. Son pointage cumulatif de 143 (- 1) le place au 12e rang.
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Des mains de la légende
Christophe Sylvain a reçu le trophée André-Gagné des mains de Gagné lui-même.
Après un 73 la veille, les choses n'allaient pas beaucoup mieux pour Christophe Sylvain samedi matin, au Duc de Kent. Mais il a retrouvé de belles sensations sur les verts à partir du huitième : il a réussi huit oiselets dans les 11 derniers trous, en route vers une ronde de 66 et le cinquième rang ex-aequo au cumulatif.
En route, surtout, vers le trophée André-Gagné, remis au meilleur joueur de la région de Québec. Cette quête est significative pour Sylvain, un golfeur de 27 ans du club Lorette. Il a reçu son trophée des mains de Gagné en personne, lui disant être honoré de vivre un tel moment.
«Je n'ai jamais eu la chance de jouer directement contre André Gagné, mais on le voit souvent dans les tournois inter-club et au Duc. C'est une légende du golf amateur au Québec. Il a encore fait la coupe cette année. De jouer du golf comme ça à son âge, c'est hot. C'est tellement une bonne personne que d'avoir son trophée entre les mains... Je suis vraiment heureux», a-t-il dit aux journalistes.
Gagné a quant à lui remis une carte de 78 pour terminer son tournoi à + 6. Le septuagénaire participait au Duc de Kent pour la 55e fois consécutive...
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Classement final
1. Émile Ménard (Pinegrove) 69-68-137
2. Étienne Papineau (Pinegrove) 68-70-138
    Joey Savoie (Pinegrove) 71-67-138
    Marc-Olivier Plasse (Kanawaki) 72-66-138
5. Christophe Sylvain (Lorette) 73-66-139
    Cédric Laverdure (Laval-sur-le-Lac) 73-66-139
7. Charles-Éric Bélanger (Royal Québec) 74-66-140
Quatre golfeurs à 142