Le palais de justice de Québec

Menaces à la tronçonneuse à Saint-Jean-Chrysostome

La haine des Forces armées canadiennes et un choc post-traumatique auraient poussé un père et son fils de Saint-Jean-Chrysostome à menacer un huissier avec une tronçonneuse.
Marc et Nicolas Giroux ont déjà reconnu leur culpabilité à l'accusation de voies de fait armées et de menaces de mort. On en a appris davantage lundi, à l'occasion des représentations sur la peine, sur les motifs de l'attaque.
Un huissier de Lévis se présente au domicile de Marc Giroux en début d'après-midi le 21 décembre 2012. C'est la troisième fois qu'il tente de remettre à Nicolas Giroux des documents en provenance de son ex-employeur, les Forces armées canadiennes.
L'huissier voit à travers la porte Marc Giroux lui faire un doigt d'honneur.
Comprenant qu'il n'est pas le bienvenu, il retourne à son véhicule. Il commence à inscrire le nom de Nicolas Giroux sur l'enveloppe qu'il a l'intention de laisser sur le pas de la porte.
À ce moment, le père du jeune homme sort de chez lui, pieds nus, en brandissant la tronçonneuse qu'il vient de recevoir en cadeau. L'homme tente de démarrer l'outil et finit par y parvenir. Il crie au huissier : «Si tu reviens chez nous, je vais te couper la tête!» tout en faisant rugir la scie à chaîne et en bougeant l'outil de haut en bas.
Le fils sort à son tour, avec un couteau à steak dans les mains. Il approche l'huissier qui recule et tombe dans son véhicule.
Nicolas Giroux donne alors trois ou quatre coups de couteau sur les mains de l'huissier. Ce dernier aura les mains lacérées même s'il portait des gants.
En témoignage, le fils Giroux affirme que c'est l'huissier qui «a sauté sur son couteau» et s'est blessé.
L'huissier réussira à refermer la porte de son automobile et à fuir vers l'hôpital puis le poste de police.
Les deux hommes seront arrêtés et comparaîtront deux jours plus tard. Ils ont été remis en liberté sous caution.
Nicolas Giroux a raconté au juge Jean Asselin qu'il souffrait d'un choc post-traumatique depuis qu'il a été forcé de regarder des images de confrères militaires morts au combat en Afghanistan. 
Refusant de partir en mission, il a tenté à deux reprises d'être libéré de son contrat avec l'armée et la base militaire de Valcartier, mais sa demande aurait toujours été refusée. Lors d'un exercice militaire en Alberta, il aurait été battu par des collègues et aurait par la suite subi un harcèlement continuel.
Une psychiatre de l'armée lui aurait conseillé, allègue-t-il, «de se tuer parce qu'il est un lâche».
Nicolas Giroux a finalement été congédié par les Forces armées en 2012 à la suite d'une histoire de trafic de stupéfiants.
Le père, Marc Giroux, qui a aussi été militaire à la fin des années 1970, a raconté en pleurant comment son fils, dépressif, a fait une tentative de suicide en 2012 et n'a jamais reçu d'aide.
Perdre la carte
Lorsqu'il a vu l'huissier se pointer chez lui un peu avant Noël, Marc Giroux a tout de suite pensé que c'était la police militaire qui continuait à pourchasser son fils et il a perdu la carte, laissant sortir «toute la haine que j'ai pour les Forces armées».
Le procureur de la Couronne, Me François Godin, a réclamé une peine de détention de deux ans pour le fils et de 15 mois pour le père. 
Plaidant l'état mental affecté de l'ex-militaire, l'avocat de défense Me Pascal Defoy suggère pour sa part une peine de prison discontinue de 90 jours pour Nicolas Giroux et un sursis de sentence pour son père. Les deux hommes auraient aussi à effectuer de nombreuses heures de travaux communautaires et à verser un don à un organisme venant en aide aux victimes.
Le juge Jean Asselin fera connaître sa décision le 14 octobre.