Pour les milliers de patients orphelins de la région, il est presque impossible d'obtenir un simple examen médical annuel à titre préventif. Les médecins en clinique sans rendez-vous qui offrent ce service sont rarissimes.

Médecins de famille: mettre fin à la loterie du sans rendez-vous

Avant de déclencher les élections, le gouvernement Marois se préparait à lancer un appel d'offres pour un système de gestion des rendez-vous dans les cliniques et hôpitaux du Québec.
Ce système pouvant révolutionner le service du sans rendez-vous dans les cliniques et mettre fin à l'un des plus désolants ratés du système de santé : la file d'attente des malades aux portes des cliniques aux petites heures du matin, et les heures, interminables, dans la salle d'attente entourés de patients qui toussent et sont peut-être contagieux.
L'une des entreprises qui tentera d'obtenir le mandat sera Bonjour Santé. Sa recette a été testée depuis 2012 dans plus d'une centaine de cliniques.
Avec plus de 900 000 consultations en 2013, on ne parle plus d'un projet pilote mais d'un succès.   
Le modèle inspire le ministère de la Santé.
Le patient s'inscrit par téléphone le matin même ou la veille au soir et obtient une heure de rendez-vous. Environ 45 minutes avant, il reçoit un appel de confirmation. Lorsqu'il se présente, le patient a en moyenne sauvé trois heures d'attente sur place.
Le système met fin aussi à la loterie du sans rendez-vous de fin de journée. Ce moment fatidique où la réceptionniste «coupe la ligne» d'attente et renvoie les perdants à la maison. «Le pire métier du monde», commente Benoit Brunel, président de Bonjour Santé.
La Clinique des Promenades de Beauport utilise Bonjour Santé depuis près de deux ans. Elle a augmenté de 8 % le nombre de consultations, rapporte Sylvie Robitaille, adjointe administrative.
Ce n'est pas parfait, et la qualité du service reste à la merci des médecins disponibles et des cas à traiter. L'amélioration est cependant indiscutable. 
Bonjour Santé offre en fait trois services.
1. Réservation par téléphone d'une place au sans rendez-vous (gratuit). 
2. Prise de rendez-vous par Internet avec accès aux plages horaires disponibles de son médecin (gratuit).
3. Recherche par Internet d'une place de «sans rendez-vous» s'il n'y en a plus à sa clinique (15 $ par recherche). 
Dans le modèle d'affaires de Bonjour Santé, les revenus de la recherche financent les autres services. 
Lorsqu'une demande de recherche arrive, Bonjour Santé détermine en temps réel les disponibilités dans les cliniques de son réseau. 
Lorsqu'un patient quelque part annule un rendez-vous, cela arrive dans 10 % des cas, ce rendez-vous devient disponible pour tout le monde. Bonjour Santé peut alors l'offrir à ses clients. 
La pratique est légale dans la mesure où le client qui paye n'a pas de priorité pour obtenir un rendez-vous. 
On comprend cependant que ce client a toutes les chances d'être informé plus rapidement que d'autres de la disponibilité de ce rendez-vous. 
Depuis deux ans, Benoit Brunel a tenté de convaincre le gouvernement de le suivre et d'assumer les coûts de recherche de rendez-vous à travers toutes les cliniques du Québec.
Il fait valoir que le système permet de récupérer des patients qui seraient autrement allés à l'urgence d'un hôpital, ajoutant à la congestion et à la facture publique. 
En 2013, 62 % des patients des urgences du Québec auraient pu être vus en clinique.
Le système de Bonjour Santé serait-il aussi efficace lorsqu'étendu à l'ensemble des cliniques du Québec? Il faudra voir. 
Le système exige qu'une clinique soit informatisée pour que son offre de rendez-vous puisse circuler. Or il y a encore des cliniques qui marchent à la mitaine pour les rendez-vous. 
C'est la mauvaise nouvelle. Lorsqu'une bouchée informatique devient trop grosse, c'est un passeport garanti vers des retards, des ratés retentissants et des dépassements de coûts.
3 mythes à nuancer
3 mythes à nuancer
1. Le Québec manque de médecins 
Une perception répandue veut que les délais d'attente pour voir un médecin en clinique ou à l'urgence sont causés par un manque de médecins. 
L'ex-ministre de la Santé et candidat libéral Yves Bolduc estime qu'il manque encore 800 médecins au Québec.
La CAQ et le PQ pensent que le problème tient davantage à une mauvaise organisation du travail.
Le Québec compte près de 20 000 médecins actifs, dont 8500 médecins de famille. Au pro rata de la population, c'est 40% à 50% de moins qu'en Europe, mais c'est comparable aux États-Unis et au Japon et davantage qu'en Ontario et ailleurs au Canada.
2. Les médecins vont partir s'ils ne sont pas assez payés.
Si ce fut vrai, ça ne l'est plus. En 2003, le Québec avait perdu au net 80 médecins partis ailleurs au Canada ou à l'étranger.  
De 2008 à 2012, le Québec a eu un solde migratoire positif de 47 médecins. À l'époque de «l'exode», ce sont surtout des spécialistes qui sont partis.
3. Payer les médecins plus cher améliore l'offre de service.
Il ne semble pas y avoir de lien entre la rémunération et le volume de service.
L'an dernier, le Québec a versé aux médecins 500 millions $ de plus que l'année précédente. Cela n'a «pas donné un seul acte de plus pour les docteurs et pas un seul patient supplémentaire», constate le ministre de la Santé sortant, Réjean Hébert.
Entre 2007 et 2011, le salaire des spécialistes a augmenté de 25 % et celui des omnipraticiens de 15 %. Pendant la même période, le nombre de «services» des spécialistes a baissé de 5 % et celui des médecins de famille de 7 %, selon une étude de l'Université de Montréal.
«Je ne suis pas convaincu qu'il y a un lien entre le salaire et le service, mais c'est une question complexe», met en garde le Dr Alain Vadeboncoeur, qui est aussi président de Médecins québécois pour le régime public.
La population vieillit, et des infirmières s'occupent davantage de suivis simples. Les cas qui arrivent aux médecins sont peut-être plus lourds qu'avant, suggère-t-il.
Le Dr Hébert insiste. «Tous nos chiffres» montrent que lorsque le salaire des médecins augmente, il y a «moins de performance, moins d'actes médicaux, moins d'heures et de jours de travail».
Il y a là une sorte de logique. Pourquoi en donner plus s'il est possible de maintenir son salaire en travaillant moins.