Me So You So Me: l'humour du samouraï

Le spectacle de danse Me So You So Me est à l'image de son titre: ludique, sonore, dada et enveloppé d'une aura japonaise qui fait sourire. Jouant avec les référents culturels et un vocabulaire gestuel éclaté, Le Out Innerspace Dance Theater de Vancouver offre une rafraîchissante vision du monde.
On voit rarement des personnages en danse contemporaine. Dans les spectacles pour adultes, du moins. Mais ici, le duo de chorégraphes et danseurs David Raymond et Tiffany Tregarthen ont construit deux êtres qui puisent à la fois au clown, à la pantomime, aux personnages de manga, aux samouraïs et aux maîtres d'arts martiaux. Mimiques appuyées pour elle, qui porte un casque de petite bête sympathique; visage presque stoïque pour lui, qui revêt une salopette courte, de petites lunettes rondes et un visage blanchi. Chacun a sa propre énergie, sa singularité physique, et de cette rencontre de contrastes naît des échanges tour à tour joyeux, épiques et tendres.
Les interprètes font souvent penser à deux gamins qui se taquinent et se chamaillent, à deux personnages de bandes dessinées qui se singent et se pourchassent. Mais des enchaînements de mouvements plus complexes, qui déjouent habilement les habituelles routines des duos de danse contemporaine, nous éloignent de l'enfantin pour toucher quelque chose de plus abstrait.
En calquant des gestes saccadés aux rythmes du percussionniste japonais Asa Chang, ils semblent dialoguer dans un langage nouveau. Leurs corps deviennent des caractères, leurs mouvements des phrases, jusqu'à un duel final qui joue sur les codes du jeu vidéo et du cinéma - lumière rouge et bruit d'orage appuient un coup de poignard fatal au terme du grand combat. Mais pas de place pour les tragiques épanchements; le mort danse et un mutant (littéralement) apparaît de la fusion des deux corps.
Les deux créateurs jouent beaucoup avec la lumière et les projections. À plusieurs moments, les corps se placent pour servir d'écran où le spectateur peut déchiffrer des mots de la chanson qui joue. Des carrés de lumières servent d'échiquier sur lesquels les danseurs s'élancent gaiement, comme sur les cases d'un jeu-questionnaire télévisé ou sur une machine à sons qui incitent aux mouvements saccadés et aux flexions.
Il y a bien quelques moments qui s'étirent un peu trop, mais qui sont aussitôt suivis par des séquences plus rapides, et certaines images demeurent nébuleuses, tout en teintant le spectacle d'une aura surréaliste.
Le spectacle est à nouveau présenté vendredi soir à 20h (suivi d'une rencontre avec les artistes) et samedi à 20h à la salle Multi, avant de tourner au Québec.