L'Autrichien Matthias Mayer a réalisé «un rêve d'enfant» en domptant la mythique Streif pour remporter le super-G de Kitzbühel vendredi.

Mayer fait le bonheur des Autrichiens

Matthias Mayer, premier Autrichien à triompher dans le super-G de Kitzbühel depuis huit ans sur la mythique Streif, a donné le sourire à tout un pays où le ski est le sport roi, vendredi.
«C'est un rêve d'enfant de gagner à Kitzbühel», a reconnu Mayer avec émotion. La dernière victoire d'un Autrichien en super-G à Kitzbühel remontait à 2009, avec Klaus Kroell. 
Sous un soleil éclatant, Mayer a dévalé la Streif en 1:11,25, avec une pointe à 134 km/h dans le schuss d'arrivée. L'Italien Christof Innerhofer n'a échoué qu'à 9 centièmes de seconde de l'Autrichien et le Suisse Beat Feuz à 44 centièmes. Erik Guay (Mont-Tremblant), troisième du super-G de Val Gardena en décembre, s'est classé 20e.
Mayer a décidément le don de répondre présent dans les moments importants. En 2014 à Sotchi, il avait offert à l'Autriche le titre olympique de l'épreuve reine, la descente. Trois ans plus tard, voici le skieur de 26 ans qui monte sur la plus haute marche du podium du super-G à Kitzbühel, étape la plus prestigieuse de la saison, pour s'offrir sa quatrième victoire en Coupe du monde.
Encore plus fort quand on se souvient qu'entre les deux, l'Autrichien s'est fracturé deux vertèbres en chutant lourdement dans la descente de Val Gardena (Italie) en décembre 2015. Vendredi, il portait d'ailleurs un système protecteur de coussin gonflable. 
Son précédent succès remontait à février 2015, à Saalbach (Autriche). Il s'était alors imposé en super-G, 24 heures après avoir remporté la descente. De bon augure avant le grand rendez-vous de samedi?
«Ça ne veut rien dire», a-t-il écarté. «Ce sera une nouvelle journée, une nouvelle opportunité de course. La piste est très glacée, bosselée, c'est la préparation de piste la plus difficile que j'ai jamais connue ici à Kitzbühel.»
Test ultime pour les casse-cous
Cette descente de Kitzbühel, c'est le test ultime pour les casse-cous de la vitesse, avec des pointes à 140 km/h. Le long de l'exigeante Streif, «la ligne entre la gloire et la blessure est plus fine que nulle part ailleurs».
Ces mots sont prononcés par Larissa Hofer, skieuse italienne qui s'est essayée un temps au circuit de Coupe du monde, et est devenue la femme du descendeur autrichien Hannes Reichelt. «C'est la seule course où j'ai vraiment peur pour Hannes et où je suis juste contente qu'il atteigne la ligne d'arrivée en un seul morceau.»
Le Français Guillermo Fayed résume bien le sentiment partagé par les skieurs : «À Kitzbühel, on est toujours content d'arriver en bas! C'est un vrai combat, c'est stressant. Ce sont des pentes extrêmes, des virages à haute vitesse, tu n'es jamais sûr de sortir des virages. Le plus dur, c'est de se lancer. Après, une fois que tu es dedans, tu n'as plus le choix, il faut y aller.»
Derrière cette expression, comprenez dévaler en deux minutes à peine une piste de 3,3 kilomètres de long, avec une inclinaison maximale de 85 % atteinte dès les premiers mètres de course dans le redoutable «Mausefalle», qui oblige les descendeurs à négocier un saut de 80 mètres de long. Vertigineux.
«Ce qui est passionnant, c'est que pour un skieur normal, la Streif est "inskiable". C'est pour ça que les gens normaux ont envie de regarder les skieurs qui osent s'attaquer à cette piste», estime l'Autrichien Franz Klammer, sorti quatre fois victorieux de la légendaire descente dans les années 70-80.