Julie Le Breton joue la blonde de Martin Matte et Charles William Ross et Émilie Bierre, leurs enfants.

Martin Matte: les plaisirs du malaise

Le malaise est l'un des sentiments que j'apprécie le plus en comédie. J'ai adoré Curb Your Enthusiasm, la série de Larry David, qui les collectionnait. Et je risque de suivre Les beaux malaises, la nouvelle comédie de Martin Matte, qui exploite ce filon à merveille.
On va si à fond dans le malaise que TVA a logé l'émission le mercredi à 21h, une case tardive rarement attribuée à une comédie sur ce réseau. Suivie à 21h30 d'Un sur 2, qui change d'horaire, Les beaux malaises affrontera donc Trauma à partir du 22 janvier.
Vous n'y verrez à peu près pas Martin Matte dans son personnage arrogant qui se croit au-dessus de tout. Même qu'il ne se donne pas le beau rôle ici. On n'est plus sur scène, mais dans le salon et la cuisine, où il apparaît comme un être vulnérable, imparfait, pas aussi amoureux de sa blonde qu'il le devrait, du moins en apparence.
L'humoriste joue donc son propre rôle, et Julie Le Breton, celui de sa blonde, qui décide au premier épisode qu'ils iront suivre une thérapie de couple pour se rapprocher. Leur psy, joué par Alexis Martin, leur demande s'ils se masturbent et de lui décrire leurs fantasmes.
Bien sûr, vous vous demanderez souvent quelle est la part de vérité dans cette fiction. Lui-même auteur de la série, Martin Matte affirme s'être inspiré de faits réels pour créer ses intrigues, d'épisodes précis de sa vie quotidienne, mais sa mère dans la série (Michèle Deslauriers) n'est pas la transposition de sa vraie mère, pas plus que sa blonde et que ses enfants.
Déjà, les trois épisodes montrés aux journalistes lundi manifestent une certaine audace, mais on annonce que les malaises n'iront qu'en augmentant au fil de la saison. À certains moments, Matte s'adresse directement à la caméra pour parler au téléspectateur, un procédé dont je ne suis pas friand outre mesure. On traite de thèmes aussi profonds que l'intimidation et l'éducation des enfants, et d'autres complètement futiles comme tout le deuxième épisode, savoureux, consacré au grille-pain défectueux que Martin s'entête à vouloir faire réparer.
Réalisme des situations
Collaborateur de Martin Matte depuis 20 ans et coauteur de la série, François Avard insiste sur le réalisme des situations, malgré leur aspect comique. «Les malaises les plus efficaces sont ceux qui peuvent vraiment se produire dans la vie», plaide-t-il. Même ancrée dans la réalité, la comédie touche ici et là à l'absurde, comme lorsque Normand L'Amour vient chanter Le grille-pain, un moment de grâce.
Rafraîchissant d'entendre autant de répliques aussi peu politiquement correctes sans être forcément obscènes. Par exemple: «Les enfants, c'est une vraie petite usine à divorces.» Lorsqu'il refuse de donner un acompte pour la réparation de son grille-pain, l'électricien lui répond: «Quand je suis allé voir votre spectacle, moi, j'ai payé d'avance.»
Matte s'engage sur un terrain glissant lorsqu'il cite des sujets aussi graves que l'holocauste et la pédophilie. «C'est avec une attitude comme la tienne qu'il y a eu le génocide juif», lance-t-il gratuitement au commis d'un magasin joué par Adib Alkhalidey. Du pur Martin Matte, qui défie ses fans «en les enrageant ou en les provoquant, sans un fond de méchanceté», affirme François Avard.
Tout n'est pas prétexte à la rigolade, même que certaines scènes sont très touchantes. Dans le troisième épisode consacré à la notoriété, Martin rend visite à un adolescent à qui il ne reste que trois mois à vivre, un épisode qu'il a réellement vécu. Bien d'autres se sont adonnés à l'autofiction, comme la gang de Tout sur moi et les gars de 3 x rien, mais c'est surtout l'Américain Louis C.K. qui a inspiré Martin Matte. «Il a été une révélation pour moi», dit-il.
L'humoriste souhaitait une facture visuelle soignée - et c'est réussi -, de là l'apport du réalisateur Francis Leclerc. Celui-ci vient du cinéma, mais prend goût à la télé de plus en plus, n'ayant jamais autant tourné depuis quatre ans, avec Apparences, Les rescapés et Mon meilleur ami.
La diffusion en primeur de trois épisodes de la série sur Club à volonté a déjà ouvert l'appétit des abonnés de ce service de Vidéotron. Il y en aura 10 cet hiver, et Martin Matte a déjà complété deux épisodes d'une possible deuxième saison, qui en comportera 12. La musique a été confiée à Fred Fortin.
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Départ modeste pour C'est ma toune!
La première de C'est ma toune! a été vue vendredi soir par 682 000 curieux sur ICI Radio-Canada Télé. C'est moins que Du talent à revendre, qui en a rallié 688 000 à TVA. Marie-Ève Janvier et Jean-François Breau ne sont pas les animateurs du siècle, mais il y avait une ambiance du tonnerre sur ce plateau, tout à fait comparable à celle de La fureur. Il faudra cependant repenser certains jeux, pas tous intéressants.
Dimanche à TVA, le gala Célébration 2014 a attiré 1 532 000 téléspectateurs, et l'émission spéciale Ça commence bien l'année, 1 077 000. À Télé-Québec, 215 000 autres ont regardé le documentaire Lise Payette : un peu plus haut, un peu plus loin, qui sera rediffusé en mai à TVA.
La cérémonie des Golden Globes a été suivie par 228 000 amateurs sur CTV.