Pauline Marois à son arrivée au parlement, mercredi matin

Marois lance la campagne électorale... et ignore les micros

Pauline Marois «innove». Au jour 1 de la campagne électorale qu'elle vient de déclencher, la première ministre sortante a décidé de ne répondre à aucune des questions de la presse parlementaire qui suit la caravane du Parti québécois.
Pendant la journée de mercredi, à ses trois sorties pour rencontrer un candidat de son équipe - Hugues Genois, dans Portneuf, Patrick Lahaie, dans Maskinongé, et Alexis Deschêsnes, dans Trois-Rivières -, Mme Marois a choisi d'ignorer les micros.
À l'inauguration du local de campagne de M. Lahaie, un de ses conseillers politiques qui tente sa chance pour devenir député, elle a laissé tomber «qu'on ne fera pas d'entrevues, les amis. Plus tard, plus tard», répondra-t-elle. À son arrivée, elle n'a pas réagi lorsque interrogée à la sortie de son autobus de campagne.
De mémoire de journaliste, jamais un chef de parti ne s'est lancé en campagne électorale sans se prêter chaque jour à des points de presse, encore moins lors du déclenchement du scrutin. En 2007, le libéral Jean Charest avait provoqué des remous en limitant les journalistes à deux questions.
Au fédéral, en 2011, le conservateur Stephen Harper a effectué ses visites dans la région de Québec en n'accordant qu'à trois journalistes de médias nationaux la possibilité de l'interroger. Le privilège était donné à un seul représentant d'un média dit régional.
Alexis Deschênes, lui-même un ancien courriériste parlementaire de TVA, s'est porté à la défense de sa chef. «Vous aurez l'occasion de poser plusieurs questions à Mme Marois tout au long de la campagne», a-t-il répondu.
Pauline Marois a accordé une longue entrevue à deux journalistes de Trois-Rivières, a-t-il noté. «Je sens que ça provoque un peu de sensibilité chez la presse parlementaire», a-t-il glissé en ne pouvant réprimer un sourire.
«C'est votre opinion, mais je ne la partage pas», a rétorqué le candidat-vedette dans Trois-Rivières quand il s'est fait signaler que le comportement de Pauline Marois envers les médias ressemble à celui du premier ministre du Canada. Il n'a pas été possible de savoir si le conseiller spécial Yves Desgagnés, homme de théâtre, a proposé cette stratégie.
«Blocage de l'opposition»
C'est peu après 10h, mercredi, que Pauline Marois a officiellement lancé le Québec en élections. Parce que «libéraux et caquistes n'ont qu'un seul but : bloquer le gouvernement». Curieusement, dans sa déclaration, elle a oublié de placer le fil d'arrivée au 7 avril.
Devant ses ministres, soigneusement placés en rang derrière elle, Mme Marois a dressé le bilan de ses
18 mois au pouvoir. Elle est revenue sur le budget qu'a présenté son ministre des Finances, Nicolas Marceau. Un «budget responsable», a-t-elle insisté.
Or, le Parti libéral du Québec et la Coalition avenir Québec «avaient décidé de le bloquer avant même de le lire», a-t-elle déclaré. «C'est tout le Québec que l'opposition vient freiner, a-t-elle plaidé. Il faut mettre fin à ce blocage de nos oppositions.
«C'est à vous, les Québécois et les Québécoises, de trancher. Vous connaissez mon équipe, solide, qui a fait ses preuves. Vous me connaissez. Je n'ai pas peur de prendre des décisions. Tout ce dont nous avons besoin, c'est d'avoir les moyens d'agir.» Le principal moyen est de sortir du contexte de gouvernement minoritaire dont le chef du PQ a hérité, en septembre 2012.
Après sa rencontre avec les médias, Pauline Marois a aussitôt effectué la traditionnelle visite au lieutenant-gouverneur Pierre Duchesne qui a seul le pouvoir constitutionnel de dissoudre l'assemblée parlementaire et déclencher le scrutin pour en former une nouvelle.
Et l'Oscar de la mise en scène va à... Yves Desgagnés!
Rien n'a été laissé au hasard pour la photo de famille du Conseil des ministres entourant Pauline Marois proclamant le lancement de l'élection. Avant l'entrée en scène de la chef du gouvernement, un scripteur désignait la place que chacun devait occuper dans le portrait. Un conseiller politique a confirmé que cela n'est pas étranger à la présence d'Yves Desgagnés dans l'entourage de la chef. Le metteur en scène et comédien a «gagné la confiance de Mme Marois». Et le revoilà conseiller spécial pour la tournée, comme en 2012.
Le Soleil a révélé, en novembre, qu'Yves Desgagnés a touché 30 000 $ en fonds publics pour ses services d'«analyste-conseil» pour Mme Marois, de janvier à août 2013. De plus, l'artiste a signé le documentaire La première, qui décrivait l'accession au pouvoir de Mme Marois et montrait des scènes entourant l'attentat du Métropolis, au soir du 4 septembre 2012. L'oeuvre a été jugée élogieuse et peu critique pour la chef du Parti québécois. Yves Desgagnés est chargé à titre de consultant de la mise en scène d'événements spéciaux qui ponctueront le parcours électoral de Pauline Marois.