Marois est en feu!

On peut aimer ou ne pas aimer Pauline Marois, on peut apprécier ou non ses politiques, il faut lui concéder une chose : elle est en feu ces temps-ci lorsqu'il s'agit de défendre les décisions de son gouvernement. On en a eu un autre exemple mercredi lorsque François Legault, qui s'y connaît en affaires et en chiffres, a lancé une offensive bien sentie contre le projet de cimenterie à Port Daniel en Gaspésie.
Tous ceux qui ont en souvenir la déconfiture de Bernard Landry dans le projet de la Gaspésia, sont perplexes devant la décision du gouvernement Marois de mettre autant d'argent dans un projet de cimenterie. «C'est plus de 1 millions $ par emploi» a fait valoir Legault.
Mais la première ministre a défendu l'investissement avec aplomb. Notez bien que ses réponses sont essentiellement politiques, du genre : «Avez-vous quelque chose contre la Gaspésie?» Mais c'est le ton et sa conviction qui surprennent. Elle défend son parti, comme une ourse, ses petits. Remarquez qu'on aimerait avoir des réponses plus détaillées ou documentées. Mais en campagne électorale, dans les clips de 20 secondes à la télé, la capacité de convaincre tient rarement aux détails. Elle tient davantage à la capacité d'aller chercher les émotions des gens.
Il faut être convaincu pour être convaincant, et c'est là que la chef péquiste se démarque. C'est un changement radical par rapport aux hésitations et aux reculs qui ont marqué sa première année de pouvoir.
L'attitude de Pauline Marois est importante : c'est son gouvernement qui sera sous attaque pendant la campagne électorale. On a bien compris, hier encore, la stratégie de Philippe Couillard qui exige le dépôt d'un budget avant les élections.
Mme Marois affirme que les données économiques n'ont pas changé depuis la présentation de la mise à jour des finances du Québec en novembre dernier. On ne la croira pas s'il n'y a pas de budget. Pire encore, le gouvernement serait en sérieuses difficultés s'il fallait que les agences de notation révisent la cote de crédit du Québec en pleine campagne électorale.
On sait aussi que la Coalition avenir Québec trime dur depuis des mois sur un projet de réduction des dépenses et de baisse du fardeau fiscal. La charte de la laïcité passionne attise peut-être les passions, mais on n'échappera pas au débat sur l'économie et les finances publiques.
Et puis il y a Stephen Harper... Hier, le Globe and Mail nous a appris que la compagnie Chrysler demande 700 millions $ aux gouvernements fédéral et ontarien, pour le maintien de ses opérations à Windsor et à Brampton. Vous pensez qu'il va dire non, le premier ministre Harper? Il va peut-être attendre après les élections au Québec, mais il pensera ensuite à sa campagne électorale de l'automne 2015.
En attendant, c'est pitoyable d'entendre les explications du ministre fédéral Denis Lebel concernant l'octroi, dans le budget de mardi, de 500 millions $ de plus au Fonds d'innovation pour le secteur automobile ontarien. Des milliers de Québécois ont des emplois liés à cette industrie, a-t-il déclaré.
C'est vrai, mais pas dans l'assemblage! Il y aurait autant d'emplois dans la vente et la réparation des autos au Québec si les véhicules étaient importés du Japon ou des États-Unis. L'assemblage et la production de pièces automobiles, c'est 115 000 emplois au Canada anglais, principalement dans le sud-ouest de l'Ontario.
On aura beau parler d'économie en campagne électorale, le gouvernement Marois aura toujours matière à faire porter le blâme aux politiques du gouvernement fédéral. Là dessus, les péquistes sont beaucoup plus à l'aise que les libéraux, et Pauline Marois n'aura aucune difficulté à se passionner.