«Pagnol, c'est l'auteur du sentiment, de l'émotion, mais aussi du bonheur de vivre», pense Danièle Lorain, qui joue le rôle d'Honorine, la mère de Fanny. «C'est proche de nous, aussi, parce que ça parle de la famille. On a ces mêmes valeurs, les gens se reconnaissent beaucoup dans cette oeuvre-là.»

Marius et Fanny: sous le soleil de Marseille

Une petite friture de poisson, un verre de rosé, un bord de mer et des joueurs de pétanque : il n'en faut pas plus à Danièle Lorain pour être heureuse quand elle rend visite à ses cousines dans le sud de la France. Dire que la comédienne se trouve en terrain connu pour interpréter Honorine, dans Marius et Fanny, va de soi. «C'est merveilleux de voir que ça existe encore, cette culture du Sud. C'est un grand bonheur chaque fois que j'y vais», raconte-t-elle.
Cet univers chaleureux sera à l'honneur à la salle Albert-Rousseau, le 16 mars, quelques jours avant l'arrivée officielle - et toute relative - du printemps. Le Théâtre du Rideau Vert amènera à Québec un peu du soleil de Marseille avec Marius et Fanny, un grand classique de Marcel Pagnol, mis en scène par Normand Chouinard.
La pièce est en fait le rassemblement des deux premiers volets de la Trilogie marseillaise écrite par Pagnol dans les années 30. Autant sur scène que sur grand écran, la trilogie a connu de nombreuses vies. Incidemment, c'est la mère de Danièle Lorain, Denise Filiatrault, qui avait mis en scène la plus récente production de Marius et Fanny au Québec, en 1993.
«Pagnol, c'est l'auteur du sentiment, de l'émotion, mais aussi du bonheur de vivre, de la gaieté, de toutes les choses simples de la vie, de la gourmandise», énumère Danièle Lorain. «C'est proche de nous, aussi, parce que ça parle de la famille. On a ces mêmes valeurs, les gens se reconnaissent beaucoup dans cette oeuvre-là», pense la comédienne.
Cette histoire de famille, c'est celle de César, propriétaire d'un restaurant au bord de la mer, dans le Marseille des années 20. Son fils, Marius, vit ses premiers émois amoureux avec Fanny, la fille de la marchande de poisson Honorine. Mais Marius refuse de se résoudre à passer sa vie derrière le comptoir du bar de son père. Il est torturé par un appel du large, qui l'obligera à abandonner Fanny derrière lui s'il s'y soumet...
«On parle bien sûr d'une autre époque, mais toute l'histoire d'amour autour d'un gars qui ne veut pas s'engager, qui veut vivre sa vie et aller découvrir, alors que la fille veut le garder près d'elle, c'est éternel et ça a toujours un écho», pense l'interprète d'Honorine.
C'est Rémy Girard qui prendra les traits de César, le père de Marius. «Je dois dire qu'il est vraiment fameux. Ça faisait très longtemps qu'il voulait jouer ça», raconte Danièle Lorain. «C'est un de ses personnages fétiches, et il a attendu d'avoir l'âge pour le jouer. On ne joue pas ça à 30 ou 40 ans. Il faut avoir la maturité et le vécu pour jouer toutes les gammes d'émotions, toutes les nuances qui vont avec ça», poursuit-elle.
Quant à son propre personnage, celui d'Honorine, la mère de Fanny, il n'est pas toujours reposant à interpréter, lance la comédienne. «C'est un personnage haut en couleur. C'est un peu une drama queen, rien n'est jamais simple avec elle. Elle est toujours excessive dans tout!» rigole Danièle Lorain. «C'est ce qui en fait un beau personnage aussi. C'est plaisant d'interpréter des personnages comme ça qui ont tout un tempérament.»
Danièle Lorain, qu'on peut voir dans le téléroman Unité 9, où elle joue l'infirmière de la prison de Lietteville, retrouve d'ailleurs un collègue de cette émission, M. Musique, alias Jean Marchand. Ce dernier se glisse dans la peau de M. Brun, le seul Lyonnais de la pièce, qui ne parle pas avec un accent marseillais.
Car le metteur en scène Normand Chouinard a fait le pari d'entraîner ses comédiens à parler avec l'accent chantant du Sud. Danièle Lorain pense que sans cet aspect, la pièce perdrait toute sa saveur. «Ce serait comme un spaghetti pas de sauce, juste des pâtes blanches. Ce serait dry un peu», illustre la comédienne. «Je pense aussi que les gens ont un certain attachement. Souvent, on trouve que l'accent français est un peu pointu, un peu sec, mais celui du Sud ne l'est pas du tout. C'est un accent chantant, plein de soleil, de couleurs. On dirait que c'est plus proche de nous», pense Danièle Lorain.
La troupe a reçu l'aide d'Arlette Sanders, Marseillaise d'origine (et conjointe du père de Danièle, Jacques Lorain, pendant 44 ans). La comédienne était de la mouture québécoise de la pièce, en 1993. Son aide a été précieuse pour tous, mais particulièrement pour les jeunes comédiens qui incarnent Marius et Fanny, François-Xavier Dufour et Marie-Pier Labrecque, raconte-t-elle. «Moi, j'ai été entourée de gens du sud de la France toute ma vie. C'est un accent qui a été très facile à prendre pour moi. Je n'ai pas de mérite», rigole Danièle Lorain.
<p>Rémy Girard (à gauche) rêvait depuis longtemps de jouer César. «C'est un de ses personnages fétiches, et il a attendu d'avoir l'âge pour le jouer», raconte Danièle Lorain.</p>
De comédienne à politicienne
L'histoire est peut-être passée un peu loin de nos radars, mais la comédienne Danièle Lorain a tenté une aventure politique l'an dernier, lors des élections municipales. Elle s'est présentée à la mairie du Plateau-Mont-Royal sous la bannière du parti Vision Montréal. Même si elle s'est inclinée devant son adversaire Luc Ferrandez, elle retire beaucoup de positif de cette expérience.
«J'ai appris énormément. Je me suis engagée très sincèrement, parce que c'est mon quartier de Montréal depuis maintenant presque 37 ans. Je voulais vraiment changer des choses, apporter un nouveau souffle, raconte-t-elle. J'ai trouvé ça très enrichissant. J'ai rencontré des gens fabuleux qui ont participé à la course avec moi, des gens disponibles et généreux de leur temps et de leurs connaissances. On pense que les gens sont cyniques et blasés de la politique, mais ce n'est pas vrai», plaide-t-elle.
Et que pense-t-elle de son nouveau maire, Denis Coderre? «J'étais loin de le sous-estimer. Je trouve qu'il fait un excellent travail, jusqu'à maintenant, et ça ne me surprend pas. Ça fait longtemps qu'il voulait ce poste, il a travaillé fort pour l'obtenir et ce qu'on peut voir en ce moment, ça me donne confiance. Je crois que Coderre risque de remettre Montréal sur les rails, et je le souhaite! lance-t-elle. Je pense que jusqu'à maintenant, les Montréalais sont agréablement surpris», conclut la comédienne.
À l'affiche
Titre : Marius et Fanny
Texte : Marcel Pagnol
Mise en scène : Normand Chouinard
Interprètes : Rémy Girard, François-Xavier Dufour, Marie-Pier Labrecque, Manuel Tadros, Danièle Lorain, Jean Marchand, Frédéric Desager, Sophie Faucher, Denis Harvey et Julien Hurteau
Lieu : salle Albert-Rousseau
Date : 16 mars
Synopsis : Sous le soleil marseillais des années 20, Marius, fils de César, un restaurateur, vit ses premiers émois amoureux avec Fanny, la fille de la poissonnière Honorine. Marius est toutefois déchiré par l'appel du large, qu'il suivra en abandonnant derrière lui Fanny.