En 2012, Mario Leclerc avait découvert une façon de fabriquer des semi-conducteurs en plastique (comme ceux qui sont imprimables) pour une fraction du prix et de manière beaucoup plus écologique.

Mario Leclerc: chercher, un maillon à la fois

PrésentationLauréat : Mario Leclerc, chercheur en chimie de l'ULOccasion : Il a reçu une des prestigieuses bourses Killam ce mois-ci.
Assembler des morceaux est comme une seconde nature pour le chercheur en chimie de l'Université Laval Mario Leclerc, lui qui étudie depuis 30 ans les polymères, ces molécules en forme de «chaîne». Et cela tombe bien, puisqu'il vient de recevoir deux gros maillons à mettre ensemble...
M. Leclerc a en effet gagné l'une des cinq bourses Killam, parmi les plus prestigieuses en sciences au Canada. Lui et quatre autres récipiendaires se partageront 700 000 $ pour étudier diverses questions. Et dans le cas de M. Leclerc, il s'agira de rapprocher deux pans de son programme de recherche.
En 2009, le chercheur avait réussi à battre le record d'efficacité pour un «panneau» solaire fait de plastique, transformant 6,1 % de l'énergie du Soleil en courant électrique, alors que la précédente marque était de 5 %. À vue de nez, ce ne sont pas là des performances extraordinaires, puisque les panneaux rigides dernier cri dépassent souvent les 30 % d'efficacité. Mais ceux-ci sont faits à base de silicium (le principal composant du sable) et sont nécessairement rigides, ce qui en limite les applications. Avec des plastiques, des chercheurs comme M. Leclerc peuvent dissoudre leurs matériaux de base et, littéralement, les imprimer sur du tissu - ce qui permet, par exemple, d'imprimer un circuit sur un parasol et de recharger son cellulaire sur une terrasse, ou encore de plaquer une «pile» sur un étui d'ordinateur portable.
En 2012, M. Leclerc avait par ailleurs découvert une façon de fabriquer des semi-conducteurs en plastique (comme ceux qui sont imprimables) pour une fraction du prix et de manière beaucoup plus écologique. Les plastiques sont en général des isolants électriques et ne peuvent par conséquent pas servir à faire des piles solaires. Pour en faire des semi-conducteurs, c'est-à-dire des matériaux à mi-chemin entre les isolants et les bons conducteurs, il faut habituellement recourir à des procédés onéreux et polluants - et M. Leclerc est parvenu à éliminer les pires étapes dans cette production.
Faire le pont
Sa bourse Killam l'aidera maintenant à faire le pont entre ces deux découvertes, à tester et à raffiner la méthode de production qu'il a mise au point en 2012.
Pour M. Leclerc, il s'agit là, pour ainsi dire, du dernier maillon dans la longue chaîne qu'est sa carrière en chimie des polymères. Né à Trois-Rivières en 1961, il a déménagé à Québec à 15 ans, et a eu la piqûre de la chimie dès le secondaire. «C'était M. Dubé, de la polyvalente de L'Ancienne-Lorette. [...] Et puis, je ne suis pas particulièrement concret, j'aime bien les choses abstraites, et la chimie est un beau mélange d'abstraction et de choses concrètes. On dit souvent que les chimistes créent leurs objets d'étude. Il y a un côté créatif en recherche, et particulièrement en chimie.»
Après avoir décroché un bac en chimie en 1984 à l'UL, puis un doctorat en 1987, M. Leclerc a fait ses études postdoctorales à l'Institut national de la recherche scientifique - Énergie et Matériaux, à Varennes, puis à l'Institut Max Planck pour la recherche sur les polymères, en Allemagne. Il a ensuite décroché un poste de professeur à l'Université de Mont-réal en 1989, avant de revenir à Québec en 1998. «C'était pour toutes sortes de raisons, mais il y avait une masse critique de chercheurs dans le domaine des polymères à Québec, et ça, ça compte. C'est important parce qu'on peut partager des équipements, des cours, etc.», explique-t-il.