Mario Jean: je, me, moi

Mario Jean a beau être humoriste, c'est un gars ordinaire : il ronfle, il adore les chips, il passe ses vacances dans le Sud, il trouve que le temps passe trop vite, il critique sans trop se mouiller nos politiciens. Pas de quoi nourrir une heure et demie de blagues, pensez-vous? C'est pourtant là, pas trop loin de son propre nombril, qu'il a puisé l'essence de son nouveau spectacle, Moi Mario.
Les soirs se suivent mais ne se ressemblent pas à la salle Albert-Rousseau. Mercredi, l'humoriste François Bellefeuille présentait un premier solo assis sur une proposition originale et un personnage singulier. Jeudi, le vétéran Mario Jean est débarqué avec un cinquième spectacle (mis en scène par Pierre-François Legendre) pivotant autour de sa propre personne et d'un bouquet de lieux communs. Deux générations, deux langages humoristiques, deux publics distincts, aussi, selon ce qu'on a pu voir hier.
Avec cette nouvelle tournée, qui s'est officiellement mise en branle à Québec, Mario Jean abandonne ses personnages et se fait le miroir d'une tranche de la population : ce monsieur Tout-le-Monde baby-boomer et banlieusard, pas trop sorteux, nostalgique du bon vieux temps et surtout pas trop pressé de vieillir. Il parle du temps qui se traîne les pieds quand on est jeune et qui dégringole quand on vieillit, des ados qui ne font rien et des cégépiens qui font encore moins, de l'urgence dictée par la vie moderne, des désagréments des voyages en avion (s'étonne-t-on encore, en 2014, de se faire saisir son coupe-ongles à l'aéroport?), des tabous qui évoluent, des rides qui se creusent dans le visage de madame, de la silhouette ondulée de monsieur... Mieux vaut se reconnaître dans le portrait pour trouver à rire dans ce nouveau texte voulu rassembleur, mais loin d'être surprenant.
Le segment inspiré de son ascension du Kilimandjaro s'avère le plus réussi et a au moins le mérite d'offrir un récit qui sort de l'ordinaire. Et si l'idée de bâtir un numéro autour de l'entracte dans un spectacle qui n'en comporte pas était plutôt originale, on ne peut pas dire que le résultat a été concluant : gageons que de nombreux spectateurs auraient préféré se dégourdir les jambes ou aller en griller une... même dans le froid hivernal.
Mario Jean s'est installé à la salle Albert-Rousseau jusqu'à samedi. Il y est aussi attendu le 15 mars.