Mario Bédard n'est plus à la barre de J'ai ma place depuis six mois

Le comptable Mario Bédard n'est plus président de J'ai ma place. À la suite d'une plainte à son ordre professionnel, il a dû prendre ses distances avec la Ville de Québec.
Le fondateur de l'organisation qui a mené la campagne de financement et d'achat de sièges pour l'amphithéâtre a dû abandonner ses fonctions de président du conseil d'administration, il y a six mois, à la suite d'une plainte déposée à son ordre professionnel.
L'ex-conseiller municipal André Letendre a déposé en 2009 une plainte à l'Ordre des comptables agréés du Québec contre la firme comptable Mallette à laquelle est associé M. Bédard ainsi que deux de ses collègues, Alain Martineau et Jean-Guy Poulin. M. Letendre estimait que les professionnels étaient trop étroitement liés à la Ville de Québec. M. Bédard était trésorier de la Société du 400e anniversaire de Québec et dirigeait les destinées de J'ai ma place, alors que M. Poulin était représentant officiel du parti du maire, Équipe Labeaume. Par ailleurs, Mallette est chargée de vérifier les états financiers de la Ville.
Conflit d'intérêts
La syndic de l'Ordre a conclu que les trois hommes n'ont pas enfreint leur code de déontologie. Mais elle a adressé des mises en garde. Mario Bédard en garde d'ailleurs une certaine amertume. «C'est comme s'ils te disent: "Si tu veux continuer à gagner ta vie, arrête de faire du bénévolat. Moi, je vais résumer ça comme ça. Mes implications faisaient en sorte que je pouvais me retrouver, selon eux, dans des positions de conflit d'intérêts".»
Selon le comptable, l'Ordre considérait J'ai ma place comme un organisme qui tentait d'obtenir des subventions de la Ville. «On ne quête pas de l'argent à la Ville. On va remettre de l'argent à la Ville», précise-t-il, en référence aux 18 millions $ (voir plus bas) qui ont été amassés par J'ai ma place jusqu'à maintenant et qui seront remis en septembre 2015 à la Ville de Québec.
Mario Bédard a donc décidé de quitter ses fonctions, à quelques mois de la passation des pouvoirs à Québecor qui prendra en charge la gestion des sièges réservés en septembre. Sur le site Internet de l'organisme, il est maintenant identifié simplement comme fondateur de J'ai ma place.
«Ce n'est pas bien grave, parce que c'est presque fini, J'ai ma place, et je reste toujours pas loin des gens qui sont là. Mais il était préférable que je ne sois plus le président.» C'est l'avocat Luc Paradis qui a pris la relève. Celui-ci est impliqué au sein de l'organisme depuis ses débuts.
Confiant pour le retour des Nordiques
Le fondateur de J'ai ma place est plus certain que jamais qu'une équipe de la Ligue nationale de hockey s'installera à Québec juste à temps pour l'ouverture de l'amphithéâtre, en septembre 2015.
Il y a eu beaucoup de rumeurs par les années passées sur le retour d'un club dans la capitale. Mais ce printemps, les choses ont été plutôt tranquilles sur le front de la Ligue nationale de hockey (LNH). «C'est drôle parce que c'est probablement là qu'on est le plus proche d'avoir un club. Je suis très confiant. Ça va être comme à Winnipeg : quand il n'y avait plus de signaux, le club est arrivé», croit fermement Mario Bédard.
Même s'il a quitté la présidence de J'ai ma place, il n'a pas perdu son inaltérable optimisme. «Je ne tomberais pas en bas de ma chaise si en 2015 il y avait une mise au jeu à l'amphithéâtre et que les Nordiques étaient revenus.» La construction de l'amphithéâtre achevée, les chances de Québec de tomber dans les bonnes grâces du commissaire de la LNH, Gary Bettman, vont grandement augmenter, estime M. Bédard.
«Je pense que M. Bettman, c'est un homme d'affaires et s'il pense que Québec doit être dans le marché de la Ligue nationale, il va mettre un club.»
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Tout près de l'objectif de 21 millions $
J'ai ma place a amassé près de 18 millions $ en dons et en droits pour des sièges de l'amphithéâtre et a reçu 2,3 millions $ de plus en engagements d'achat. On est près du 21 millions $ qu'il faudrait à la Ville pour éviter un déficit annuel sans équipe de la Ligue nationale.
La Ville de Québec a évalué en 2011 qu'elle devrait payer 600 000 $ par année pour l'amphithéâtre, advenant l'éventualité où les Nordiques ne viennent pas y élire domicile. Ce scénario tenait compte d'une contribution de 13 millions $ de la part de J'ai ma place dans le montage financier de 400 millions $.
Étant donné que les coûts annuels de l'emprunt de 187 millions $ par la Ville s'élèvent à 8,34 millions $ et qu'ils surpassent les revenus évalués à 7,74 millions $, la municipalité anticipait devoir piger chaque année dans ses poches pour assumer la différence, soit 600 000 $.
Mais la firme comptable Mallette avait calculé que si J'ai ma place arrivait à amasser 21 millions $, ce déficit serait effacé. C'est presque chose faite, affirme le nouveau président de J'ai ma place, l'avocat Luc Paradis, rappelant que les fonds iront entièrement à la Ville, en septembre 2015.
«Nous avons actuellement 17,907 millions $ dans nos coffres et 2,330 millions $ à recevoir suivant des engagements d'achat signés», soutient-il. Si les engagements se confirment, on en serait à 20,2 millions $. Il souhaite que la population et les entreprises privées donnent un «dernier grand coup avant le transfert à Québecor».
Privilèges garantis
En effet, le futur gestionnaire de l'amphithéâtre doit prendre la relève dans la gestion des droits sur les sièges et les loges corporatives le 15 septembre prochain. Présentement, J'ai ma place a vendu près de 5000 sièges et 66 salons corporatifs. Pour atteindre l'objectif de 21 millions $, elle aimerait vendre les droits sur quelque 200 sièges supplémentaires.
M. Paradis ne sait pas encore ce que Québecor fera une fois qu'elle aura pris le contrôle. Poursuivra-t-elle la vente? «Je ne pense pas qu'ils vont refuser de vendre, parce que ça leur fait des clients.» Une chose est certaine, les détenteurs de place ont leurs privilèges garantis, dit-il. Soit l'assurance d'avoir leur abonnement de saison et la priorité sur l'achat de billets de spectacles.
Le droit sur un siège est un actif qu'on peut vendre, céder ou léguer par testament, rappelle-t-il. «Tous les membres de J'ai ma place sont des VIP. Pour les 30 prochaines années, ils ont la priorité pour les spectacles.» Les dons de plus de 20 $ permettent également d'obtenir une inscription au nom du donateur ou d'une personne désignée dans le nouvel amphithéâtre.